La Sunna dans le Soufisme

Jan 10, 2022 par

/[Hasan Kâmil Yılmaz est né en 1952 à Karaabdülbaki dans la province d’Izmit. Il étudie à l’école primaire d’Akmeşe jusqu’en 1963 puis au lycée Imam Hatip d’Adapazarı dont il sort diplômé en 1970. La même année, il officie pendant trois mois comme imam et prédicateur dans le village de Sarımeşe dans la province d’Izmit. Il est diplômé de l’Institut de Hautes Études Islamiques d’Istanbul en 1974. Entre 1974 et 1977, il est enseignant de culture religieuse et de morale au collège Şenlikköy dans la ville de Bakırköy. Il officia également en tant qu’enseignant et directeur adjoint au lycée Imam Hatip de Gaziosmanpaşa. Il réussit en novembre 1976 les épreuves pour devenir assistant et enseigne le Soufisme et l’Histoire à l’Institut de Hautes Études Islamiques à partir du 1er février 1977. Il obtient le grade de Docteur en mai 1983 à la Faculté de Sciences Sociales de l’Université Marmara. Il obtient un poste de professeur assistant la même année à la Faculté de Théologie de l’Université de Marmara. De 1986 à 1987, il voyage en Égypte pour effectuer des recherches dans son domaine. Il devient Maître de Conférences en 1989 et Professeur en 1996. Le 30 Décembre 2010, après trente-quatre ans passés à la Faculté de Théologie de l’Université de Marmara, il rejoint le Ministère des Affaires Religieuses de Turquie (Diyanet). Le 12 janvier 2017, il devient Mufti d’Istanbul. Le 5 juillet 2019, ayant dépassé l’âge limite, il doit prendre sa retraite. Le 1er septembre 2019, il rejoint la Faculté de Sciences Islamiques de l’Université Sabahattin Zaim et en devient doyen le 20 septembre, fonction qu’il occupe toujours à l’heure actuelle. Il est marié et père de cinq enfants.]

Allah le Très-Haut dit à Son Prophète (r) :

« Dis : « Ô hommes ! Je suis pour vous tout le Messager d’Allah. »[1]

Nous apprenons, grâce à ce verset, qu’il est un prophète envoyé à l’humanité. Allah le Très-Haut (Y) témoigne également du fait qu’il montre la bonne voie dans le verset suivant :

« Et en vérité tu guides vers un chemin droit, le chemin d’Allah à Qui appartient ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre. »[2]

Dans un autre verset, Il (Y) précise que le Prophète (r) ne parle pas par orgueil ou par passion :

« […] et il ne prononce rien sous l’effet de la passion. »[3]

Allah le Très-Haut (Y) décrit de la sorte Son Prophète (r) :

« C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre (les Arabes) un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse, bien qu’ils étaient auparavant dans un égarement évident. »[4]

Le Prophète (r) nous récite Ses versets et nous enseigne le Livre (c’est-à-dire le Saint Coran) et sa sagesse. Cette sagesse englobe sa Sunna, ses bonnes manières, sa morale, son comportement général et les vérités qu’il (r) nous a enseignées.

Il (r) nous a transmis ce que le Seigneur (Y) lui a révélé et lui a demandé de transmettre.

Ainsi, Allah Tout-Puissant (Y) dit :

« Ô Messager, transmets ce qui t’a été descendu de la part de ton Seigneur. »[5]

Allah le Très-Haut ordonne à toute l’humanité d’obéir à Son Prophète (r) comme elle Lui obéit :

« Obéissez à Allah et obéissez au Messager. »[6]

« Quiconque obéit au Messager obéit certainement à Allah. »[7]

Allah Tout-Puissant a également ordonné d’accepter tout ce que le Prophète (r) a apporté comme le prouve le verset suivant :

« Prenez ce que le Messager vous donne. »[8]

Allah nous ordonne aussi de nous détourner de ce que le Prophète (r) a interdit :

« Et ce qu’il vous interdit, absentez-vous en. »[9]

Allah le Très-Haut déclare que le Prophète (r) montre le droit chemin à ceux qui le suivent :

« Et suivez-le afin que vous soyez bien guidés. »[10]

Il (Y) a également promis de guider ceux qui lui obéissent :

« Et si vous lui obéissez, vous serez bien guidés. »[11]

En outre, Il (Y) menace d’épreuves et de punitions douloureuses ceux qui s’opposeraient aux ordres du Prophète (r) :

« Que ceux, donc, qui s’opposent à son commandement prennent garde qu’une épreuve ne les atteigne, ou que ne les atteigne un châtiment douloureux. »[12]

Allah (Y) Allah nous dit que Son amour appartient aux musulmans ; et que pour cet amour se manifeste, les croyants doivent obéir au Prophète (r) comme l’indique clairement le verset suivant :

Dis : « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. »[13]

Il (Y) appelle par ailleurs les croyants à adopter les nobles manières du Prophète (r) et dit à ce propos :

« En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle. »[14]

De nombreux récits et informations concernant le Messager d’Allah (r) nous sont parvenus. Il est du devoir des musulmans de s’accrocher aux récits qui nous ont été transmis par des narrateurs fiables et d’agir selon les enseignements qu’ils contiennent.

En effet, Allah (Y) nous ordonne :

« Accomplissez la Salat, acquittez la Zakat et obéissez au messager, afin que vous ayez la miséricorde. »[1] [15]

Mais également :

« Tiens fermement à ce qui t’a été révélé car tu es sur le droit chemin. »[16]

Qu’il ait vu le Prophète (r) ou pas, ces versets nous montrent qu’il est du devoir de tout homme de le prendre comme exemple, de le suivre et d’obéir à ses ordres, et ce jusqu’à la fin des temps. C’est la raison pour laquelle les soufis se montrent particulièrement méticuleux à ce sujet.

Une personne qui suit le Coran sans suivre la Sunna du Messager d’Allah (r) s’oppose au Coran en ne suivant pas le Prophète (r). Le Prophète (r) étant un « bon exemple », cela implique de chercher sa voie et de lui obéir. Il est nécessaire de se conformer aux enseignements des récits qui nous parviennent concernant sa morale, ses faits et gestes, ses attitudes, ses ordres, ses interdictions, ses conseils, ses encouragements et ses menaces.

Les soufis sont des gens qui œuvrent afin de prendre le Messager d’Allah (r) pour exemple. Ils exaltent ce qu’il exaltait, n’accordent pas de valeur à ce qu’il jugeait sans importance. Ils jugent mauvais ce qu’il considérait comme mauvais et bon ce qu’il considérait comme bon. Ils aiment ce qu’il aimait et délaissent ce qu’il détestait. Ils patientent dans les mêmes circonstances que celles dans lesquelles il usait de patience. Ils sont les ennemis de ses ennemis et les amis de ses amis. Ils donnent de l’importance à ce qu’il valorisait et se tournent vers ce qu’il encourageait. Ils évitent ce qu’il évitait. Ils accordent de l’importance à sa Sunna et à l’ensemble de ses attitudes. Ils considèrent comme essentiel le fait de le suivre et comme une innovation et une faute le fait de s’en éloigner.

Soulignant que leur apparente condition dévoile leur condition intérieure, les soufis font preuve d’attention quant à leur apparence. Pour eux, le plus noble des comportements consiste à obéir pleinement au Messager d’Allah (r) dans leurs paroles, leurs actes, leurs attitudes et leurs manières, de telle sorte que les manières du soufi reflétassent son rang spirituel. Lorsque ses paroles, ses actes, ses attitudes et ses manières sont mesurées à l’aune de la Loi islamique (Chari’a), l’importance ou la légèreté de ses actes sont révélées. Ainsi donc, quiconque obéit à la morale apparente de l’Islam est considéré comme « soufi ». Ceux qui, au contraire, ne s’y conforment pas sont considérés comme des étrangers, quand bien même ils appartiendraient à une confrérie soufie.

C’est ainsi qu’Abû Muhammad Ruwaym a déclaré :

« Le soufisme est bâti sur les bonnes manières. »

Nous allons dans cet article commencer par exposer les avis des soufis des premiers temps de l’Islam à ce sujet, en se basant sur des œuvres considérées comme des classiques de la littérature soufie telles qu’Al-Luma’ d’Abu Nasr As-Sarraj, Ar-Risâlatu’l-Quchayriyya ou le Tabaqat d’Al-Sulamî. Nous nous contenterons des avis des guides spirituels de quelques confréries.

Sufyan ath-Thawrî a dit : « Seuls les actes accréditent les paroles. Par ailleurs, c’est l’intention qui détermine la droiture des paroles et des actes. Les paroles, les actes et l’intention ne sont justes que lorsqu’ils se conforment à la Sunna. »

Bayazîd Bastamî dit un jour à ses amis : « Allons donc ensemble rendre visite à telle personne reconnue pour être un saint (walî). »

C’était un pieux ascète vivant en périphérie de la ville. Lorsqu’ils arrivèrent chez lui, ils le virent cracher en direction de la qibla alors qu’il se rendait à la mosquée.

Bayazîd s’exclama : « Retournons-nous-en ! »

Il tourna les talons sans même saluer l’homme qu’ils étaient venus visiter et déclara : « Comment cet homme qui s’est détourné d’une des bonnes manières du Messager d’Allah pourrait-il être un saint et un véridique comme on le prétend ? »

Bayazîd Bistâmî avait coutume de dire : « J’ai songé à implorer Allah de me délivrer des tourments de la nourriture, de la boisson et des femmes, mais j’y ai renoncé. Comment aurais-je pu demander une telle chose alors que le Messager d’Allah s’en est abstenu ! Je me suis donc abstenu d’une telle requête. Allah le Très-Haut a cependant accordé à mes yeux la satiété concernant les femmes ; ainsi je n’ai jamais fait la différence entre les femmes que j’ai rencontrées et les murs. »

On interrogea un jour Bayazîd Bistamî quant à son « opinion sur ce qui est recommandé (sunna) et ce qui est obligatoire (fard) ».

Il répondit en déclarant : « Ce qui est recommandé, c’est l’abandon de ce bas monde et s’entretenir avec son Seigneur, voilà ce qui est obligatoire. En effet, tous les actes recommandés (sunna) reflètent l’abandon du monde. L’ensemble du Livre (le Coran) amène quant à lui à s’entretenir avec son Seigneur. Celui qui accomplit à la fois les actes recommandés (sunna) et les actes obligatoires (fard) atteint ainsi la perfection. ».

Bayazîd dit également : « Si vous voyez une personne marchant sur l’eau, assise dans les airs, ou bien volant tel un oiseau, ne croyez pas ses paroles avant d’être sûrs qu’elles se conforment à la Sunna concernant les obligations et les interdictions. »[2] 

Abî Tayyib Ahmad b. Muqatîl Aqqî raconte :

« J’étais avec Jafar al-Khuldî le jour de la mort d’Al-Chiblî. Bundar al-Dinawarî, qui était alors au service d’Al-Chiblî, vint nous voir pour nous annoncer sa mort.

Jafar lui demanda alors : “ Décris-nous son état au moment de rendre l’âme. ”

Bundar lui dit : “ Il était sans voix, son front était en sueur et il m’a ordonné de l’aider à prendre ses ablutions. Pendant que je lui faisais prendre ses ablutions, j’ai oublié de laver sa barbe. Il saisit alors ma main et la mit dans sa barbe. Que dire d’un homme préoccupé par le fait de ne pas oublier de laver sa barbe lors de ses ablutions alors qu’il est incapable de parler, en sueur et sur le point de rendre l’âme ?!” »

On demanda à Dhu’n-Nun : « Comment avez-vous atteint la connaissance de Dieu[3]  ? ».

Il répondit : « J’ai connu Allah grâce à Allah. La connaissance de Dieu n’est autre qu’une grâce qu’Allah m’a offerte. Quant au reste de la création, je l’ai connu grâce à l’Envoyé d’Allah. »

On lui demanda également : « Qu’est-ce que l’amour ? »

Il répondit : « C’est apprécier ce qu’Allah apprécie, de rester à l’écart de ce qu’Il honnit, de faire sienne toute bonne chose et de suivre le Prophète. »

Abû Sûlayman al-Daranî avait, quant à lui, coutume de dire : « Certaines connaissances font le siège mon cœur pendant quarante jours[4] . Mais je ne permets à aucune d’entre-elles d’entrer dans mon cœur sans deux témoins. Ces deux témoins sont le Coran et la Sunna. »

Ahmad ibn Abi’l-Hawarî a dit : « Les actes de ceux qui n’adhèrent pas à la Sunna sont nuls. Ils ne sont que peine et effort inutiles. »[17]

Harith al-Muhasibî dit également : « Celui qui nettoie son intérieur avec introspection et sincérité, Allah décore son extérieur par l’attachement au Jihad et à la Sunna. »

Junayd al-Baghdadî dit, quant à lui : « Le chemin vers Allah n’est ouvert qu’à ceux qui vivent comme le Messager d’Allah a vécu et gardent sa Sunna en vie. Car Allah dit :

« En effet, vous avez dans le Messager d’Allah un excellent modèle »[18]. »[19]

À une autre occasion, Junayd a déclaré : « Ceux qui ne se conforment pas au Livre et à la Sunna dans leurs paroles, leurs actes, leurs actions et leurs attitudes ne doivent pas être suivis. Cette science (le soufisme) est basée sur les hadiths du Messager d’Allah. »

Abû ‘Uthman Hîrî dit : « Celui qui peut commander la Sunna en paroles et en actes à son âme parle avec sagesse. Quant à celui qui tombe prisonnier en paroles et en actes des désirs et des passions de son âme, seule émane de lui l’innovation (bid’a). En effet, Allah le Très-Haut dit :

« Si vous lui obéissez, vous serez bien guidés. »[20] 

Sahl ibn ‘Abdullah al-Tustarî dit, quant à lui : « Les principes fondamentaux de notre voie sont au nombre de sept : 1) s’accrocher au Livre d’Allah, 2) suivre la Sunna du Messager d’Allah, 3) ne consommer que de la nourriture licite, 4) ne blesser aucune créature, 5) éviter le péché, 6) se repentir, 7) ne violer les droits de personne. »[21]

Sahl énonça également dans un de ses prêches la norme suivante : « Toute sorte d’extase et de découverte qui n’est pas acceptée par le livre et la sunna est fausse.

Bichr al-Hafî dit, semblant parler de notre époque : « Viendra un temps où les amis les plus rares seront le gain licite et les actes conformes à la Sunna… »

Abû’l ‘Abbas b. ‘Ata’ déclare : « Quiconque suit les bonnes manières de la Sunna, Allah rassérénera son cœur avec la lumière de la sagesse. Il n’y a pas de rang plus élevé que celui de ceux qui suivent le bien-aimé Prophète Muhammad. Nous devons connaître ses enseignements et son caractère et nous éduquer à travers eux. »

Abû’l-Qâsim Nasrabazî dit : « Le soufisme consiste à s’accrocher au Livre et à la Sunna et d’abandonner les passions et les innovations. C’est respecter ce que les savants ont interdit et s’accrocher fermement aux invocations. Et enfin, c’est cesser d’agir avec laxisme en suivant ses interprétations personnelles[5] . »[22]

Les soufis de l’époque des confréries ont suivi la voie de leurs prédécesseurs en continuant à se montrer méticuleux au sujet de la Sunna.

Voici les avis de certains guides spirituels à ce sujet :

Ahmad ar-Rifa’î, le chef spirituel et fondateur de l’ordre soufi Rifa’iyya déclare : « Le derviche est sur la bonne voie tant qu’il adhère à la Sunna. S’il s’écarte de la Sunna, ne serait-ce que d’un fil, il sera considéré comme égaré ».

Mawlânâ Jalâl ud-Dîn Rûmî, le guide spirituel des mawlawi déclare quant à lui :

« Tant que je vivrais, je suis l’esclave du Coran.

Je ne suis que poussière sur le chemin de Muhammad l’Élu.

Et si quelqu’un interprète mes paroles d’une autre manière,

Je désapprouve cette personne et je déplore ses paroles. »

Le maître spirituel des naqshbandîs, le Shah Naqshband dit enfin :

« Place en toute circonstance tes pieds sur le tapis de prière des prescriptions et des interdits. Cramponne-toi à la Sunna et accomplit les actes qu’elle commande, éloigne-toi des concessions et des innovations, et fais toujours des hadiths du Messager d’Allah ton guide. »

On retrouve des paroles et des comportements similaires chez tous les juristes soufis et les membres de confréries. En effet, le fondement de cette voie est de suivre la Sunna. Nous nous contenterons pour l’instant de ces paroles.


[1]    Sourate Al-A’râf (Les Murailles), 7 :158.

[2]    Sourate Ash-Shûrâ (La Consultation), 42 :52-53.

[3]    Sourate An-Najm (L’Étoile), 53 : 3.

[4]    Sourate Al-Jumu’a (Le Vendredi), 62 :2.

[5]    Sourate Al-Mâ’ida (La Table Servie), 5 :67.

[6]    Sourate An-Nûr (La Lumière), 24 :54.

[7]    Sourate An-Nisâ’ (Les Femmes), 4 :80.

[8]    Sourate Al- Ḥashr (L’Exode), 59 :7.

[9]    Sourate Al- Ḥashr (L’Exode), 59 :7.

[10]  Sourate Al-A’râf (Les Murailles), 7 :158.

[11]  Sourate An-Nur (La Lumière), 24 :54.

[12]  Sourate An-Nûr (La Lumière), 24 :63.

[13]  Sourate Al-‘Imrân (La Famille d’Imran), 3 :31.

[14]  Sourate Al-Aḥzâb (Les Coalisés), 33 :21.

[15]  Sourate An-Nûr (La Lumière), 24 :56.

[16]  Sourate Az-Zukhruf (L’Ornement), 43 :43.

[17] Al-Sulamî, p. 101.

[18] Sourate Al-Aḥzâb (Les Coalisés), 33 :21.

[19] Al-Sulamî, p. 159.

[20]  Sourate An-Nûr (La Lumière), 24 :54.

[21] Al-Sulamî, p. 210.

[22] Ibn al-Mulaqqin, p. 27.


 [1]Dans le texte original il est question du jeûne, ce qui n’est pas le cas dans le verset 24:56, la référence du verset n’est peut-être pas la bonne

 [2]Suya seccade salıp üstünde oturan, gökyüzünde bağdaş kuran, ya da uçan birini görseniz, sözlerine inanmayın; ta ki, emir ve nehy konusunda sünnet çizgisinde olup olmadığını görmedikçe

 [3]Ma’rifet-i ilahiyye

 [4]Hakîkate aid bazı keşfî bilgiler, kırk gün süreyle kalbimi sarar

 [5]Ruhsat ve te’vîlle amel etmeyi terktir

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