Comment tirer profit des Réseaux Sociaux ?

Jan 27, 2021 par

Comment tirer profit des Réseaux Sociaux ?

Mehmet Dinç*

*      Né à Istanbul, il acheva ses études de licence dans l’université de Marmara, obtint son Master en éducation à l’université de RMIT, et son master comme psychologue de clinique à l’université d’Okan. Il poursuit actuellement ses recherches en doctorat dans l’université de Marmara.

Magazine-Islam: De nos jours où la consommation d’informations évolue très rapidement, il existe une réalité appelée les réseaux sociaux. Ses effets sur les individus, les familles et la société sont débattus depuis longtemps et est considérés comme un élément indispensable de la vie par de nombreuses personnes. Dans cette rubrique, nous avons souhaité échanger avec vous sur les effets néfastes des réseaux sociaux sur la famille ainsi que sur la jeunesse en général. Nous essayerons de nous entretenir largement sur les mesures à prendre contre les aspects négatifs des réseaux sociaux et tenter de dispenser des solutions allant dans le sens de l’utilisation conforme et bénéfique de ceux-ci. Mais de prime abord, pourriez-vous émettre votre point de vue général en ce qui concerne les réseaux sociaux ?

Mehmet Dinç : De nos jours, il faut préalablement percevoir les réseaux sociaux comme un moyen qui facilite notre existence et se trouve au centre de nos communications. Actuellement, mener une vie en aparté des réseaux sociaux représente sans doute une impossibilité pour la jeunesse, voire même un choix décent. Au lieu d’adopter une attitude carrément opposée aux réseaux sociaux, nous devons plutôt nous attarder à enseigner les méthodes liées à une bonne utilisation active de ceux-ci. De ce point de vue, tout comme nous laissons la communication, le transport et les autres moyens technologiques prendre place dans notre vie, il est amplement normal et même nécessaire que nous en fassions de même avec les réseaux sociaux. Toutefois, nous devons définir une limite à l’influence des réseaux sociaux sur notre vie et nous en servir dans la mesure du nécessaire. Et dès l’instant que nous constaterons que ceux-ci commencent à nous rendre la tâche pénible et à compromettre notre mode de vie, il va nous falloir trouver nécessairement une autre alternative. Car, l’élément essentiel ici, c’est notre bien-être et non notre dépendance aux réseaux sociaux.

L’utilisation que nous faisons des réseaux sociaux ne doit pas avoir pour but d’être une détente et un passe-temps mais elle doit être ciblée et répondre à un besoin. Nous devons pouvoir nous demander: quel est le plus simple et juste procédé pour combler mon besoin, l’environnement de la vie normale ou les réseaux sociaux? S’il s’avère que l’utilisation des réseaux sociaux demeure la voie juste et confortable, alors je m’en sers et à contrario je remédie à mon souci par le procédé normal. Mais, il ne nous serait pas bienséant d’être  à l’encontre des réseaux sociaux; nous devons plutôt maintenir avec eux des rapports sains et contrôlés.

Coup porté à la communication

Magazine-Islam: Quelles sont vos plaintes à l’encontre des réseaux sociaux ? Quelles sont les principales conséquences fâcheuses qui résulteraient d’une utilisation abusive de ceux-ci ? 

Dinç : Il en découle deux problèmes majeurs que j’ai pu observer. Eu égard aux recherches qui ont été faites à ce sujet, l’un d’eux est très sérieusement souligné. La plus grande plainte qui pourrait résulter de l’utilisation abusive des réseaux sociaux demeure le choc qu’ils créent dans les rapports sociaux. En effet, ils empêchent les hommes de nouer avec leurs proches des relations plus concrètes et approfondies. Qui sont-ils ? L’épouse, les enfants, la mère ainsi que le père. Lorsque ceux qui abusent négativement des réseaux sociaux se réunissent avec leurs familles, proches et amis, ils ne peuvent s’empêcher de délaisser ces réseaux sociaux et établir ainsi une relation physique. Afin que les relations soient profondément consolidées, les personnes doivent se fréquenter physiquement, en dehors des réseaux sociaux. Car l’homme désire naturellement qu’on lui accorde de l’attention, de la considération et du respect. Lorsque vous êtes en face d’une personne et que vous vous occupez à manipuler incessamment votre téléphone portable, celle-ci pourrait se sentir sous-estimée. Aux Etats-Unis, des études approfondies sont menées à ce sujet. D’après les résultats communiqués après l’une de ses études, les réseaux sociaux représentent l’une des cinq raisons récurrentes pour lesquelles un couple divorce. Ce n’est pas à cause de l’infidélité, de la jalousie ni de l’accomplissement du mal, mais régulièrement à cause de l’utilisation abusive des réseaux sociaux que la plupart des mariages débouchent sur des divorces.

Magazine-Islam: On peut donc admettre l’ambivalence des réseaux sociaux ; tout comme ils rapprochent à la fois les personnes éloignées les unes des autres, ils sont aussi à même d’éloigner ceux qui sont proches.

Dinç : En réalité, rendre très proche la personne éloignée est également un problème. Préalablement, l’homme doit s’évertuer à renforcer ses relations et échanges avec ses proches et par la suite, il établira une relation distante et suivie avec les personnes qui lui sont éloignées. S’il procède contrairement à cet ordre, cela engendrera inéluctablement des conséquences inattendues.

De nos jours, nous constatons de sérieux problèmes dans les rapports de l’homme avec ses proches. Certes, l’homme se rend chez lui et retrouve sa conjointe, ses enfants, ses parents, ses frères et sœurs mais il ne parvient pas tout de même à nouer des liens solides avec ces derniers.

Lorsqu’il les rencontre, il ne se contente que de leur demander : « Comment vas-tu ? Est-ce que tout va bien ? As-tu mangé ? Comment les choses évoluent-elles ? ». Et ainsi l’entretien avec eux prend fin.

Après cela, toute conversation se déroule sur les réseaux sociaux. Lorsque l’homme perd ses relations profondes avec ses proches, alors il cherche à combler par d’autres moyens l’amour, l’affection, la chaleur, la tendresse et la considération dont il a naturellement besoin.

Magazine-Islam: L’homme ressent donc le besoin de tisser des relations profondes.

Dinç : Bien évidemment, l’homme doit établir des liens consolidés avec ses proches. Nous ressentons l’envie de partager nos problèmes, nos pensées, nos besoins, nos soucis, au pire des cas, notre vécu. Si ce besoin n’est pas satisfait par l’environnement proche, alors d’autres moyens entreront en jeu. A ce stade, les gens comblent ce vide généralement sur les réseaux sociaux. C’est donc pour cette raison qu’il a été admis que les réseaux sociaux demeurent l’une des causes principales de dislocation de l’environnement proche.  

Choisir le cadre de la relation

Magazine-Islam: Vous précisez que le fait de ne pas pouvoir nouer avec nos proches des rapports solides relèvent déjà d’un problème énorme.

Dinç : Tout à fait. Lorsque nous n’approfondissons pas nos rapports avec notre environnement proche, de même que quand nous ne parvenons pas à maintenir à un niveau conforme nos relations avec les personnes éloignées de nous, nous serons inéluctablement confrontés à un problème énorme.

En ce qui concerne le second problème que les réseaux sociaux nous font vivre, c’est qu’ils constituent un obstacle à la réussite individuelle. En s’intéressant beaucoup trop aux réseaux sociaux, on ne parvient pas à s’organiser dignement pour nos projets et notre bien-être personnel. En effet, si nous parvenions à consacrer tout le temps que nous consacrons aux réseaux, pour nous-mêmes et nos aspirations, nous accéderions sans nul doute à la réussite d’une vie familiale, professionnelle et sociale. 

Il nous faut nous attarder sur l’absence de nos projets personnels à ce niveau de notre entretien.

En fait, lorsque l’homme s’engage dans la vie active, il doit pouvoir se questionner:

« Sur quel plan pouis-je être profitable ? »

« Qu’est-ce que je veux faire ? » ;

“À quoi est-ce que j’aspire ? » ;

« Quels sont mes objectifs ? ».

Mais ce ne sont là que des points d’actualité.

Être une personne utile : d’accord, mais comment ?

Que devons-nous faire aujourd’hui pour accéder à cette visée ?

Dès à présent, quelles opportunités pouvons-nous saisir pour ce faire?

Lorsque nous ne définissons pas de tels objectifs quotidiens fragmentés, les objectifs généralisés ne peuvent pas nous motiver, en l’occurrence, ils ne peuvent pas agir. Puisque nous ne passons pas à l’acte et étant donné que nous avons du temps libre, nous consacrons naturellement ce temps aux réseaux sociaux. Nous utilisons ce temps pour chercher à savoir tout ce qui se passe à travers le monde en pensant que cela est utile. Alors, effectivement, les réseaux sociaux représentent de nombreux avantages, mais cela est comme manger de la caroube. Tout comme l’inutilité de consommer de la caroube en grande quantité pour obtenir un gramme sucre, il est en de même pour les réseaux sociaux. Il est dont inutile de passer des heures pour n’obtenir que peu d’informations utiles. Bien qu’il existe des sources fiables d’informations, il est nécessaire de s’en servir.

J’observe que  certaines personnes en suivent 1.000 autres sur les réseaux sociaux. Comment une personne peut suivre un tel nombre ? Quelle en est la nécessité ? Pourquoi l’homme veut-il être informé de toute l’actualité ?

Telles sont ces questions fondamentales que nous devons longuement et nécessairement nous poser en ce qui concerne notre relation avec les réseaux sociaux, car l’être humain a une capacité limitée. Cette capacité ne peut contenir toutes ces informations ni toutes ces paroles. Celles inutiles et redondantes empêchent celles qui sont utiles. Ainsi, tous se confond dans l’esprit. Alors que les réseaux sociaux constituent d’un grand nombre de personnes et d’informations dont la capacité humaine est en mesure de les supporter.

Cela dit, si nous faisons bon usage des réseaux sociaux, nous en tirerons des bénéfices énormes. A titre d’exemple, un utilisateur suit un nombre défini de personnes qui possèdent les mêmes caractéristiques que lui et interagit avec eux. Aucun inconvénient jusqu’ici. Mais cependant, dès lors qu’il décide à vouloir échanger avec tout le monde, à véhiculer des informations à tous, à répondre à toutes les questions qui lui sont posées, à comprendre tout ce qui se passe à travers le monde, cela le confrontera bien évidemment à d’énormes problèmes. En effet, en cherchant à s’intéresser à tous ces détails, une vie en ta possession sera ignorée, qui donnera l’accès à ces questions : « Que va devenir mon existence ? » ; « Que vont devenir mes objectifs, mes souhaits ? » ; « Suis-je venu dans ce monde pour suivre l’actualité d’autrui ? Observer leurs actes ? Répondre à toutes leurs questions ? ». Il serait bienséant que nous rappelions ici cette belle phrase d’Ahmet Hamdi Tanpınar: « L’être humain doit le plus souvent se confronter à lui-même durant son existence ». Autrement dit, il doit s’asseoir, discuter et partager ses opinions avec lui-même et veiller à s’isoler pour se soumettre lui-même à un interrogatoire. Cette attitude sera largement suffisante. Si l’être humain peut appliquer cette méthode dans son quotidien, il n’aura ni le temps ni la possibilité d’accorder son temps à l’utilisation abusive et incontrôlée des réseaux sociaux. Mais comme la plupart des gens ne passent pas leur quotidien en étant conscients de cette réalité, ils s’occupent logiquement à suivre exagérément les programmes sur les réseaux sociaux. Voilà en bref, un autre problème colossal de l’utilisation abusive et démesurée des réseaux sociaux.

Nous sommes responsables de chaque seconde que nous vivons et nous devrons en rendre compte.

Il nous sera demandé comment nous avons passé notre vie et il ne sera pas séant de répondre : « J’ai passé ma vie à faire ce que faisaient les autres » ou « J’ai passé ma vie à suivre les autres dans les autres dans leurs déplacements. »

De telles réponses ne seront rien d’autre que la manifestation d’une existence gaspillée alors qu’il nous incombe de ne pas dilapider le temps de vie qui nous est imparti.

Pour résumer il n’est pas question de décréter que l’utilisation des medias sociaux est une erreur, il n’y a aucune sentence qui décrète que l’utilisation des médias sociaux n’est pas bonne mais il y est question de dire qu’il y a une utilisation erronée des médias sociaux et que cela n’est pas séant.

Cadre de relation qui se rétrécit

Magazine-Islam: Avec l’expansion de l’Internet à l’échelle mondiale, nous sommes tous en proie au fléau de la communauté du net et il est très difficile pour nous de pouvoir nous en sortir. De ce fait, pourrons-nous admettre que nous sommes face à un danger de dépendance ? S’il en existe, quelles sont les raisons psychologiques qui nous poussent à ce réseau sans issue ?                                 

Dinç : L’être humain est une créature de très haut rang. Par conséquent, il serait impossible d’analyser le problème de l’homme sans prendre en compte sa dimension élevée dans la création. Si l’homme se retrouve confronté à un problème, il est fort probable que ce problème ne soit pas lié qu’à une seule cause. L’une des causes principales de l’utilisation abusive du net, c’est le chamboulement extraordinaire du mode de vie communautaire durant ces cinquante dernières années. Focalisons-nous par exemple sur un individu; il est certes important qu’un individu se fixe des objectifs, mais il est encore plus important que ces objectifs soient menés à la vie sociale et qu’ils soient facilités, soutenus et encouragés par celle-ci. En fait, l’une des raisons capitales qui poussent à l’utilisation abusive des réseaux sociaux, c’est que chaque jour qui passe les hommes tentent à paraitre peu dans la communauté et dans leur environnement proche; leurs rapports avec leurs proches se détériorent progressivement. Auparavant, les hommes avaient pour habitude de partager leurs vécus quotidiens avec la grande famille. La grande famille était composée de plusieurs membres; et au-delà des membres, il y avait les voisins, les amis du quartier et de la vie quotidienne. Et c’est ainsi que les hommes vivaient en harmonie dans une intense relation fraternelle et amicale. Ils pouvaient donc satisfaire leur besoin au soin, à l’attention, à la considération et pouvaient s’exprimer, se définir et nouer aisément des relations. Ils débattaient sans cesse sur des sujets intéressants. Mais lorsque nous analysons notre cas aujourd’hui, nous détenons certes toutes les informations sur le monde, nous maitrisons tous les sujets dans les moindres détails; toutefois, le nombre de personnes que nous fréquentons dans notre environnement proche est très restreint. Nos demeures se sont réduites et continuent d’en être ainsi. Le pis, ce n’est pas seulement nos demeures qui sont réduites; nos rapports avec nos proches le sont aussi. Les interactions entre nous perdent leur intensité. Les opérations sur le net s’intensifient au détriment des opérations physiques. Et c’est ainsi que nous tissons des relations avec autrui sans même l’avoir vu et connu sa moralité.

D’autre part, tel que nous le constatons aujourd’hui, les rapports entre voisins n’existent plus. Aucune activité commune n’est organisée à l’échelle du quartier; tout se passe discrètement dans les maisons. Les membres de la grande famille ne se fréquentent que rarement. Toute notre existence est limitée qu’à la petite famille. La fréquence des relations avec nos proches a chuté et la piété filiale a perdu de sa valeur au point que certains même ne connaissent pas leurs oncles, tantes, cousins et cousines bien qu’ils soient de la même famille. La négligence des liens de parenté est un facteur qui encourt la pauvreté et divers problèmes. En effet, l’homme est de nature à vouloir nouer des relations, paraitre, être accréditer et considérer, échanger et s’épancher. Il aspire, de temps en temps, à la rencontre de nouveaux visages.

Rafraichissons-nous la mémoire avec cette anecdote: “Il y avait deux vendeurs ambulants d’eau qui se promenaient pour vendre leur eau. Un jour, ils se croisèrent et s’adressèrent le salut. L’un d’eux dit à l’autre: “Peux-tu m’offrir un verre d’eau? “ Il lui répondit: “Pourquoi t’offrirai-je un verre d’eau? Puisque toi-même tu es un vendeur d’eau et que tu transportes à présent de l’eau; bois donc de ton eau. “ L’autre lui fit cette réplique: “J’en ai ras-le-bol de mon eau. Je souhaiterais vraiment gouter à ton eau. “  Eh bien, il peut t’arriver par moment que l’homme s’en lasse de lui-même, qu’il soit dégouté des mêmes réalités qu’il vit au jour le jour et qu’il ait envie de rencontrer de nouvelles personnes et vivre de nouvelles aventures. Dans ces circonstances, un pas vers la rencontre avec un nouveau visage pourrait le soulager largement. Ce nouveau visage peut être un proche dans la grande famille, un ami à un parent; tel était le cas dans le passé. Mais au jour d’aujourd’hui, l’homme parvient difficilement à jouir d’une telle opportunité car cette réalité n’existe plus comme auparavant. Nous assistons généralement aujourd’hui à des relations limitées entre l’homme, son père et mère, son épouse, ses enfants et les membres de sa fratrie. Et pourtant, nous rencontrons un nombre pléthorique de personnes à longueur de journée; de nombreux contacts se retrouvent dans notre répertoire téléphonique; mais avec combien de personnes entretenons-nous réellement des rapports consolidés et fiables. Qu’est-ce qui ne va pas donc? Nos relations se multiplient, mais malheureusement ne s’approfondissent pas. Nous sommes en interaction avec plusieurs personnes sans entretenir avec eux des rapports en due forme. Nous sommes informés de la situation de bon nombre de nos semblables, toutefois nous n’entretenons que des relations à distance avec eux. Nos rapports sont dépourvus de nobles valeurs telles l’affabilité, l’assistance mutuelle, le partage, la compassion et la probité. Tous ces éléments sont des facteurs qui compromettent le bien-être individuel car, c’est avec les autres que l’homme est ce qu’il est et progresse.

Nous perdons de vraies valeurs

Au nombre des facteurs qui nous poussent à l’utilisation abusive des réseaux sociaux, il y a le fait que notre époque relève d’une époque de précipitation, de plaisir et de facilité. En effet, nous sommes animés par le désir de vouloir acquérir tout, et ceci dans un temps record. Bien évidement, cette phrase résume toutes les dimensions de la triste réalité que nous traversons dans notre époque. Nous voulons immédiatement tout avoir sans vouloir patienter. Nous perdons le sens et l’énergie de la patience. De même, il s’ajoute à cette réalité le fléau du gain facile. En effet, nous souhaitons tout posséder sans fournir des efforts, sans consentir des sacrifices. Nous avons perdu le sens de l’effort et du sacrifice, alors que nos aspirations sont insatiables. Nous n’avons plus de notion du contentement; nous acquérons toujours plus mais nos biens ne nous sont d’aucun profit. Telle est la destination vers laquelle les réseaux sociaux nous ont trimballés; ils ont développé en nous le sens de la facilité, de l’égocentrisme; et c’est ainsi que nous entretenons aussi nos rapports sociaux sans faire montre d’abnégation et de générosité.

Face à cette réalité fastidieuse, la vie bat son plein, le monde évolue comme si de rien n’était. Et pourtant, nous menons une existence dont nous sommes responsables et nous rendrons compte de celle-ci. Sachons qu’au nom de nos rapports sociaux, nous sommes appelés à faire preuve de patience, de probité et d’abnégation afin que ceux-ci soient solidement noués. Sachons qu’il ne nous est pas demandé  l’impossible; nous devons juste fournir le nécessaire à la mesure de nos possibilités. Etant donné que les réseaux sociaux nous s’offrent des opportunités illimitées, à quoi est-ce que nous assistons donc aujourd’hui? Nous assistons à une situation dans laquelle les gens se demandent où est la nécessité de patienter, de fournir des efforts colossaux, de se contenter de ce qu’on a, puisque les réseaux sociaux nous permettent d’acquérir toujours plus et d’accéder à nos aspirations de façon aisée, rapide et illimitée. Par conséquent, si nous nous aventurons dans le monde de ces réseaux alors que notre moralité et nos valeurs intrinsèques ne sont pas suffisamment hautes, nous serons bien évidemment en proie à une utilisation abusive, dépendante et incontrôlée des réseaux sociaux. Nous penserons nous en servir d’eux dans l’intention de suivre des programmes à même de nous procurer du plaisir, de nous détendre et de nous faire passer du bon temps. C’est ainsi que nous sommes aussi tentés de publier et partager des images et propos d’aucun profit car, nous voyons les autres le faire et voudrons les imiter naturellement. On voudra que les autres aiment et commentent nos publications. Parfois, nous publions des choses que nous-mêmes sommes conscients de leur absurdité; toutefois, il y a des personnes qui les aiment et les apprécient. Nous postons ce qu’autrui dit et fait; nous partageons ce que les autres ont publié, alors que nous ignorons le sens. En bref, nous publions des choses seulement pour que les visiteurs de notre page puissent aimer et commenter car nous en prenons plaisir. Cette posture justifie une défectuosité au niveau de nos valeurs fondamentales. C’est pour cette raison que si nous ne voulons pas être un addictif des réseaux sociaux ou si nous souhaitons être du nombre des utilisateurs raisonnables et bénéfiques de ceux-ci, nous devons rester intègres et renforcer nos valeurs intrinsèques. Savons-nous que le gain des biens profitables exige une part d’abnégation, de sacrifice, de labeur et de patience? Avons-nous le sens du contentement? Menons-nous une existence fondée sur ces valeurs fondamentales, ou les bafouons-nous en nous laissant aller à la facilité?

Sans ces principes de vie, nous serons certainement des utilisateurs abusifs des réseaux sociaux. Bien que les réseaux sociaux fussent à l’origine du divorce de certains, ils ne s’en veulent même pas pour cela. Et pourquoi? En effet, ils pensent avoir encore plusieurs opportunités de se retrouver un autre compagnon sur le net. En vérité, il ya effectivement bon nombre d’alternatifs qui conduisent l’homme à l’illicite. Telle est la vision de l’homme lorsqu’il est dépourvu de valeurs, lorsque sa vie n’est pas fondée sur des principes essentiels ou lorsque sa moralité ne se limite qu’à ses mots. Il culpabilise les autres et les rend responsables de tout; il pense que c’est son conjoint ou proche parent qui est à l’origine de son mal car, sa nature saine est corrompue. Si nous sommes en réalité des personnes de bonne moralité, on n’offensera ni ne lésera jamais notre époux ou épouse pour une personne à l’identité inconnue que nous avons rencontrée sur les réseaux sociaux. On ne violera pas non plus les droits de nos enfants et ne maquera pas de vouer du respect, de l’intérêt et de l’assistance à nos parents pour cette personne inconnue du net. Ceci dit, nous devons préserver nos valeurs; sinon, nous serons des utilisateurs dépendants et malheureux des réseaux sociaux.

Comment profiter des réseaux sociaux

Magazine-Islam : Comment pouvons-nous mieux utiliser les réseaux sociaux ?   

Dinç : Evidemment, nous devons évoquer la problématique de l’utilisation avantageuse des réseaux sociaux. C’est un point fondamental. Pouvons-nous admettre que les réseaux sociaux ne sont d’aucun profit? Non, pas du tout car, ceux-ci regorgent d’innombrable bienfaits que nous pouvons énumérer. Premièrement, un groupe de personnes animées d’une intention probe peuvent se retrouver sur le net, faire connaissance et organiser ensemble grand nombre de projets bénéfiques. Il est très important d’avoir une visée lorsqu’on se retrouve sur le net. L’utilisation à visée doit justifier notre présence sur les réseaux sociaux. Et que signifie l’utilisation à visée? Quand nous programmons de passer du temps sur le net, il faut que nous puissions ajouter quelque de profitable à notre vie ou donner quelque de bénéfique aux autres. On ne doit pas se rendre sur les réseaux sociaux pour chercher à connaitre la vie quotidienne des autres. On planifiera plutôt d’obtenir quelque chose de nouveau qui nous permettra de progresser ou de véhiculer aux utilisateurs ce qui leur sera utile. On cherchera à organiser des programmes instructifs, à partager des écrits et œuvres émanant de notre savoir-faire et nos expériences personnelles. Aussi, s’en servira-t-on du net pour promouvoir le bien et tout ce qui participe au bien-être de la communauté.

En fin de compte, nous réalisons qu’il est possible de se servir fructueusement des réseaux sociaux. Tout est une question de bon sens. Il suffit seulement que nous ayons un but précis quand nous allons sur le net, quand nous manipulons nos téléphones mobiles. On doit se poser la question à savoir en quoi et comment  notre temps écoulé sur les réseaux sociaux nous a été bénéfique à nous ou aux autres. Si nous ne gagnons rien et ne donnons rien, c’est que notre présence sur le net n’est que pur gâchis de notre précieux temps. L’homme éprouve naturellement le besoin de se détendre de temps en temps; et pour satisfaire ce besoin, quelques minutes lui sont largement suffisantes. Mais il n’est pas question de passer des heures en détente, sinon nous négligerons obligatoirement l’accomplissement de certaines tâches qui nous sont fondamentales. Or, nous sommes responsables de ce que nous négligeons ou dilapidons. Il faut donc que nous soyons conscients de cela.     

Faire attention à quatre confidentialités

Magazine-Islam: Notre actualité est beaucoup animée par le sujet des réseaux sociaux et la vie privée des individus. Car ses limites ne sont pas connues. Quels sont les inconvénients que vous auriez vus et entendus à ce sujet ? 

Dinç : Cette problématique est d’une importance capitale car, il est question ici du droit à l’intimité de tout un chacun. Il serait peut-être nécessaire de s’attarder sur les sous-titres autour de cette problématique.

De prime abord, il faut signaler que lorsque nous évoquons le thème de l’intimité, il ne s’agit seulement que du moi. En effet, quand nous publions la photo d’une personne, il pourrait s’agir d’une photo qui est censée restée en famille; donc cette publication peut être à l’origine de bon nombre de problèmes. Se permettre de poster les images d’une personne sans son autorisation est une violation de ses droits et cela pourrait engendrer des situations fâcheuses inattendues. Publier les images d’un enfant inconscient de toute réalité relève d’une violation de droit. Les images constituent l’intimité physique d’un individu; on ne doit pas donc violer cette intimité.

Deuxièmement, il y a l’intimité verbale et qu’est-ce que l’intimité verbale? Il s’agit ici de tenir des propos mesurés, de ne pas proférer des paroles portant atteinte à la vie privée et au bien-être d’autrui. Nous constatons que l’intimité verbale est généralement bafouée sur les réseaux sociaux. Les hommes s’adressent les uns aux autres de façon démesurée et compromettante. Il existe plusieurs procédés par lesquels on s’adresse aux autres. Il peut s’agir d’un procédé décent, particulier, grossier, injurieux, offensant. Ceci dit, nous devons faire très attention à l’intimité verbale. Il serait bienséant qu’on ne publie pas sur les réseaux sociaux les échanges verbaux qu’un homme entretient discrètement avec une personne qui lui est très proche. Nous sommes appelés à préserver nécessairement l’intimité verbale.

En outre, nous avons aussi la vie privée même de l’individu. Nous voyons certaines personnes sur les réseaux sociaux qui postent elles-mêmes tout ce qui est en rapport avec leur vie privée, leurs souvenirs et relations personnelles. D’autres mêmes vont jusqu’à publier les détails sur les rapports intimes qu’ils entretiennent avec une autre personne qui sûrement n’apprécierait pas de se voir être l’objet d’une telle indiscrétion sur les réseaux sociaux. Nous devons faire très attention à cela et à la rigueur solliciter l’autorisation d’une personne avant de poster quelque chose en rapport avec sa vie privée. Sinon, le mieux serait de ne même pas s’aventurer à la publication de telles choses. En effet, il n’est pas question que les autres connaissent notre vie privée; notre vie privée ne concerne que nous-mêmes et nous devons donc la préserver. 

Enfin, nous ne pourrons manquer d’évoquer aussi l’intimité dans nos pensées et aspirations. En fait, nous ne sommes pas dans l’obligation de faire savoir à tout le monde ce que nous pensons, de partager avec quiconque nos idées et projets. Certains se permettent de publier et partager indiscrètement leurs plans; or, il n’est pas bienséant de divulguer et de partager n’importe comment nos idées et visées. Car, si nous prenons l’habitude d’agir indiscrètement dans notre façon de vivre, on finira par être indiscret sur certains secrets de notre vie. En vérité, nous ne pouvons savoir comment réagira celui d’en-face lorsqu’il prendra connaissance de nos idées.

C’est pour cela qu’il nous faut vaille que vaille mesurer nos propos, limiter nos écrits et faire le tri entre ce qui doit être partagé ou pas avec les autres.

Jusqu’à où pourront aller nos écrits et paroles que nous proférons?

Quelle influence auront-ils sur les récepteurs?

Il peut arriver que nous tenions des propos et véhiculions des messages avec une bonne intention, mais qui malheureusement seront mal compris ou auront des effets négatifs sur nos interlocuteurs.

Par conséquent, il est d’une importance capitale que nous fassions très attention à ces quatre confidentialités lorsque nous nous retrouvons sur les réseaux sociaux. Ici, il est question de la problématique du procédé que nous devons adopter quand nous allons sur le net.

En effet, après qu’il ait atteint une certaine maturité, l’homme doit partager ses idées et véhiculer ses messages sur les réseaux sociaux d’une façon convenable. Il doit publier à la mesure du nécessaire les aspects instructifs et positifs de sa vie. Tout ce que nous faisons sur les réseaux sociaux doit être fait de façon contrôlée, limitée et conforme. Si nous parvenons à faire attention à ces détails, loin de nous détruire et assujettir, les réseaux sociaux nous profiteront et construiront; loin de nous appauvrir intellectuellement et spirituellement, ils nous enrichiront; et loin de limiter et compromettre nos rapports sociaux, ils les solidifieront et amélioreront.

Magazine-Islam: Cher Professeur nous vous remercions beaucoup

Dinç : Je vous en prie. C’est moi qui vous remercie.

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