Une Vie Axée sur Le Coran et La Sunna

Nov 25, 2015 par

Une Vie Axée sur Le Coran et La Sunna

L’alternative face à la crise des modèles de société….

 

La volonté divine  (Murâd-ı ilâhî)

La Majesté divine (Cenâb-ı Hak) créa l’homme au Paradis.

Cependant, Adam et Ève (sur eux la paix) tombèrent dans le piège de Satan et chutèrent pour n’avoir pas obéi à Allah.

Le Créateur voulut ainsi que l’humanité descendît ici-bas en guise d’épreuve à la fin de laquelle ses membres iront au Paradis, soit en Enfer.

En d’autres termes, l’homme ne peut prendre conscience de la valeur du Paradis et de ses bienfaits qu’à travers sa descente dans un monde de souffrance.

Le Prophète Muhammad (), le leader de tous les Prophètes, le guide des saints, la Fierté de l’univers, décrit la vie d’ici-bas des Prophètes  et de leurs héritiers (les rapprochés d’Allah) d’une si belle manière :

« Je suis comme le voyageur qui se repose à l’ombre d’un arbre, puis qui se relève et poursuit son chemin. » [1]

Le hadith suivant explique clairement la nature de la relation qu’entretiennent le Messager d’Allah () et les sincères avec ce bas-monde :

« On offrit un jour un verre de jus de miel à Abû Bakr (ra). Mais quand ce dernier l’approcha de sa bouche, il se mit à pleurer. Les Compagnons (qui se tenaient près de lui) ne purent également retenir leurs larmes. Quand on lui en demanda la raison, Abû Bakr donna la réponse suivante :

˵ (Un jour), j’étais en compagnie du Messager d’Allah () quand celui-ci se mit à répéter :

˵ Eloigne-toi de moi ! Eloigne-toi de moi ! ˶ tout en essayant de chasser quelque chose qui se trouvait (apparemment) près de lui. Pourtant, je ne vis rien. Voulant comprendre ce qui venait de se passer, je questionnai le Prophète () à ce sujet :

˵ Le monde s’est présenté à moi avec tous ses biens. (Il voulait me tenter et me dominer). Je lui ai dit de s’éloigner de moi. Il s’éloigna, mais un son s’éleva alors, disant :

˵ Je jure devant Allah que même si tu te sauves et te protèges de moi, ceux qui te succèderont ne pourront m’éviter ! ˶

Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) conclut ainsi :

˵ Par conséquent, (devant ce verre), j’ai eu peur de succomber à ce monde et je me suis mis à pleurer ˶. »[2]

Ils étaient conscients d’une vérité qui les faisait trembler :

La conscience que chaque être humain aura à rendre des comptes sur les bienfaits dont il jouissait ici-bas. Ce peut être un verre de jus de miel, ou un verre d’eau, voire même chacune de nos inspirations. À quelles fins ces bienfaits ont-ils été dépensés ? Avons-nous été bien reconnaissants ? Avons-nous partagés ces bienfaits avec les démunis ?

Un verset coranique nous met en effet en garde :

« Puis, assurément, vous serez interrogés, ce jour-là, sur les délices. »[3]

Nous devons être conscients que les biens de ce monde constituent une épreuve, que notre âme ne doit pas être attachée à de telles tentations, que nous sommes de passage ici-bas et que la véritable vie se trouve dans l’au-delà.

Ce monde est un terrain d’épreuves qui a été créé afin de distinguer les prétendants au Paradis de ceux qui tombent dans les plaisirs et les conforts mondains. C’est la raison pour laquelle ce monde a reçu un souffle de charme.

Les Prophètes, cependant, nous ont invités à ne pas se laisser envoûter mais à emprunter le chemin du paradis avec sincérité. Ils nous ont rappelés que la vie véritable se trouve dans l’au-delà (l’Ultimité). Ils nous ont mis en garde contre la paresse et l’insouciance dans ce monde qui ne constitue qu’une étape.

L’histoire de l’humanité est faite de ces peuples qui ont tantôt accepté tantôt rejeté l’invitation des différents Prophètes  (que la paix soit sur eux)…

Les tribus et nations qui ont accepté l’invitation des Prophètes  ont gagné la satisfaction du Créateur et emprunté ici-bas la voie de la droiture. Elles sont en conséquence devenues des communautés d’Allah (jama’a-ullah) qui, individuellement et collectivement, ont goûté ici-bas à la paix paradisiaque et ont été accepté au Paradis dans l’au-delà.

À l’inverse, les tribus et nations qui n’ont prêté aucune attention à l’invitation des Prophètes se sont en réalité opposées à la Volonté divine. Elles ont été affligées dans les deux mondes par l’obscurantisme, la laideur et l’angoisse.

Les Prophètes ont apporté la paix et le bonheur à l’humanité. Quant à ceux qui retombent dans l’ignorance et rejettent les Prophètes, ils ne font que conduire l’humanité vers la dépression et la misère. Ce ne sont que des….

… GUIDES CORROMPUS.

À côté des Prophètes et de leurs héritiers (les rapprochés d’Allah), il y a en effet une multitude de philosophes, penseurs et hommes d’État qui sous prétexte de promouvoir le « bonheur de l’humanité » développent des théories et des systèmes de pensée.

Certains de ces « guides » ont même été suivis par de nombreux adeptes. Ils ont ainsi gagné de la puissance, du prestige et ont élargi leur champ d’action. Cependant, ils n’ont jamais apporté la paix à l’humanité. Et quand bien même ils le voudraient, ils ne le pourraient pas.

Le communisme qui promettait l’égalité et le bien-être matériel  – et qui pour réaliser son objectif a exécuté plus de 20 millions de personnes – a fini par être abandonné et critiqué pour sa misère matérielle et spirituelle.

Sous prétexte d’apporter le bonheur à leur propre « race », le fascisme et le nazisme ont oppressé les autres nations et fait couler le sang et les larmes de millions d’êtres humains.

Le capitalisme qui promet la fortune et le bien-être individuel n’a fait que rendre le riche plus riche, le pauvre plus pauvre, et a finalement transformé l’être humain en un robot consommateur. Ce système s’enfonce aujourd’hui dans une crise sans issue….

Le libéralisme et sa philosophie du « laisser-passer, laisser-faire », qui jamais ne se préoccupe des démunis, promeut les instincts les plus sordides en renversant toutes les valeurs religieuses, morales, légales et traditionnelles. Il enferme l’âme et le cœur de l’homme et les livre au bon vouloir de la nafs (l’âme instigatrice) et de Shaytan (Satan). La conséquence de ce modèle est la destruction de la famille et le mépris de toute forme d’éthique. Le rappel du bien est une vertu abandonnée. À ceux qui courent vers l’égarement, il leur est dit « tu es libre ! ». À ceux qui recommandent le bien et condamnent le mal, il leur est dit « n’oppresse pas dans mon quartier ! ». Necip Fazıl résume bien la situation quand il dit : « «taşlar bağlandı, köpekler serbest bırakıldı» ; « Ils ont attaché les pierres (inoffensives) et relâché les chiens (enragés)… »

Epicure expliquait le bonheur par le « plaisir » quand Freud y voyait la « luxure ». Or, de tels philosophes ne sont jamais parvenus à résoudre la souffrance de l’homme. Pire, ils ont accru sa douleur et sa peine. L’esprit aride de ces livres philosophiques qui trainent sur les rangées poussiéreuses de nos bibliothèques écœure nos âmes.

Depuis hier jusqu’à aujourd’hui, les plus grands témoins de cette vérités sont ces chouettes du passé qui pour clamer leurs chants ont abandonné leurs ruines.

Dans de nombreuses régions du monde, les ruines de villes antiques, les décombres de civilisations disparues sont accessibles et ouverts à tous. Fouillant la terre, la boue, les mers, les archéologues et les historiens en découvrent de nouvelles chaque année. Des centaines de milliers de touristes s’amassent devant ces nouvelles découvertes pour y contempler avec curiosité la faillite des cités passées.

Ainsi donc, Allah le très-Haut nous invite dans le Saint Coran à considérer la faillite des puissances qui nous ont précédés et à en tirer les leçons (nécessaires) :

« Avant vous, certes, beaucoup d’événements se sont passés. Or, parcourez la terre, et voyez ce qu’il est advenu de ceux qui traitaient (les prophètes) de menteurs. »[4]

 

VOYAGE ET OBSERVE

L’histoire ressemble à une pièce de théâtre sans cesse représentée. Bien que les comédiens changent, le scénario reste le même. Le sort d’Abû Jahl et d’Abû Lahab qui ont insulté et oppressé le Fierté  de l’univers, le Prophète Muhammad (), ressemble de près à celui de Nemrod et de Pharaon qui ont rejeté et désavoué Ibrâhîm (Abraham) et Mûsâ (Moïse) – sur eux la paix. Ainsi, les adversaires du Créateur subiront demain le même sort. Pour reprendre une expression populaire turque, « tellâklar değişse de hamam, aynı hamam » ; « même si le masseur change, le hammam lui reste le même ». En d’autres termes, l’épreuve reste la même.

« Donc, ton Seigneur déversa sur eux un fouet du châtiment »[5]

À ceux qui interrogent l’avenir, le Saint Coran éclaire le passé :

Par conséquent, aux matérialistes et capitalistes qui se basent sur la puissance technique et matérielle pour mieux opprimer les faibles, il leur rappelle le sort des peuples de ‘Ad et de Thamūd qui transformaient les montagnes en palais prestigieux :

« « Et le Cri saisit les injustes. Et les voilà foudroyés dans leurs demeures. »[6]

Le Saint Coran présente encore le sort de l’orgueilleux et tyran Pharaon qui transformait les hommes en esclaves… Il connut la défaite face à un homme qui n’avait comme biens uniquement ce qu’il portait sur lui : Moïse (sur lui la paix). Il mourut noyé, dans les profondeurs des eaux de la Mer Rouge…

Le sort de Qarun qui tomba dans l’arrogance en prétendant acquérir la Royauté et la Richesse d’Allah le Très-Haut…

« Nous fîmes donc que la terre l’engloutît, lui et sa maison. »[7]

Le sort de la tribu de Nûh (Noé) qui tournait en dérision la religion, l’Envoyé et la colère d’Allah le Très-Haut :

« Et ils le traitèrent de menteur. Or, Nous le sauvâmes, lui et ceux qui étaient avec lui dans l’arche, et noyâmes ceux qui traitaient de mensonges Nos miracles. C’étaient des gens aveugles, vraiment. »[8]

Le sort de la tribu de Lût (Lot) dont la perversité causa sa perte :

« Et, lorsque vint Notre ordre, Nous renversâmes [la cité] de fond en comble, et fîmes pleuvoir sur elle en masse, des pierres d’argile succédant les unes aux autres. »[9]

Le sort des Gens du Samedi (Ashab al Sabt) est un autre exemple pour les peuples qui se soumettent aux corrompus et ne réprimandent pas le mal :

« Puis, lorsqu’ils oublièrent ce qu’on leur avait rappelé, Nous sauvâmes ceux qui (leur) avaient interdit le mal et saisîmes par un châtiment rigoureux les injustes pour leurs actes pervers. Puis, lorsqu’ils refusèrent (par orgueil) d’abandonner ce qui leur avait été interdit, Nous leur dîmes : « Soyez des singes abjects ». »[10]

Ou encore dans le verset suivant :

« Ensuite, Nous envoyâmes successivement Nos messagers. Chaque fois qu’un messager se présentait à sa communauté, ils le traitaient de menteur. Et Nous les fîmes succéder les unes aux autres [dans la destruction], et Nous en fîmes des thèmes de récits légendaires. Que disparaissent à jamais les gens qui ne croient pas ! »[11]

Tous ces modèles de société s’étaient éloignés de la spiritualité. Cet éloignement causa leur perte et leur destruction.

 

CEUX QUI NE PERÇOIVENT PAS LE SENS DE LA VIE…

Ces systèmes de pensée partagent plusieurs points communs. Ainsi, chacun d’eux est composé de matérialistes et d’opportunistes qui ont tourné le dos à la Révélation. Bien qu’elles semblent s’opposer, toutes ces idéologies se rejoignent dans leur oppression et leur injustice… Le communisme, le capitalisme, le nationalisme…

Le communisme et le socialisme clament que « la richesse appartient au peuple ». Cependant, au nom de ce même peuple un petit groupe vole la richesse des riches et se l’accapare. Les valeurs de justice, de pitié et de miséricorde que renferme la foi en Allah et au Jour Dernier ne se retrouvent pas dans leur foi pour le peuple.

Le capitalisme clame que « la richesse appartient à l’individu » ; « la concurrence des hommes au sein du libre marché ». Cependant, faute de n’avoir pas promu les valeurs de miséricorde et de partage, ce système s’est enfoncé dans les abimes de la crise économique et sociale. La compétition, la concurrence qu’il encourage n’a eu pour effet que d’écraser les faibles.

Enfin le nationalisme clame que « la richesse et la domination revient à une race unique ». Cette idéologie s’est ainsi présentée comme le point de jonction entre l’arrogance et l’oppression.

Aucune de ces idéologies n’a été capable d’affirmer :

« La souveraineté (la richesse et la législation) appartient à Allah le Très-Haut. L’humanité se doit de gouverner et d’administrer selon les lois divines. Allah le Très-Haut met à l’épreuve les adorateurs et les peuples à travers leurs différences et la répartition inégale des biens et des opportunités. De fait, il existe une épreuve insurmontable entre riches et pauvres, enrichis et démunis, intégrés et rejetés, savants et ignorants. Néanmoins, chaque individu qui détient un type de richesse est responsable de celui qui en est privé. Nous sommes tous solidaires, tous responsables des uns des autres. »

Pour pouvoir affirmer une telle chose, il faut partager des va        leurs spirituelles telles que la clémence, le sacrifice, l’empathie, la générosité ; il faut progresser dans la spiritualité, parfaire les traits de l’âme, renforcer la foi qui bat dans la poitrine de chacun de nous.

La civilisation islamique a connu l’émergence de telles conditions spirituelles à plusieurs moments de son histoire, à un tel point où les riches ne trouvaient aucun pauvre à qui donner la zakat. Ainsi, les riches se rapprochaient du mode de vie des pauvres de par leur sobriété et leur haine du gaspillage. La condition des pauvres se rapprochait de celle des riches de par leur liberté d’opinion, leur indépendance et leur contentement. La civilisation de la zakat, de la miséricorde et du waqf[12] combattait sans relâche les problèmes rencontrés au sein de la société. Grâce à une conscience fraternelle vécue, et non seulement théorique, les gens partageaient leurs soucis matériels et spirituels. L’amour les engageait ; ils constituaient une communauté unie tel un mur solide.

Comment cette communauté a-t-elle pu atteindre un tel statut à plusieurs moments de son histoire ?

 

DE L’IGNORANCE À L’ÂGE DU BONHEUR…

Il y a environ 14 siècles, une lumière prospère a surgi de l’obscurité et de la sécheresse. Cela faisait un long moment qu’aucun prophète n’était venu au monde. L’humanité attendait avec impatience la venue du Messager (). Cette époque était celle de l’ignorance…

Notre Prophète () vint avec un message qui lui fut révélé en 23 années. Il inaugura ce que les historiens appelleront « la Période du Bonheur », grâce à sa personnalité exemplaire, son comportement sublime, le message du Coran et de la Sunna qu’il a transmis, l’éducation des Compagnons, la fondation d’une civilisation de vertu et la fin de la Jahiliya (l’Époque de l’Ignorance).

Avant l’arrivée du Prophète Muhammad (), le monde connaissait un état similaire à celui d’aujourd’hui, avec une variété d’idéologies qui se faisaient concurrence. Parmi celles-ci se trouvaient le droit romain, la civilisation byzantine, la philosophie grecque, le zoroastrisme iranien et la religion  juive déformée de son message originel. L’Islam, grâce à l’action efficiente de la lumière divine, a éclairé toutes ces idéologies et en a révélé la vraie nature.

L’un des théoriciens (penseurs) de la Révolution Française, le marquis de Lafayette, déclara au sujet du Prophète Muhammad () : « Ô homme illustre ! L’admiration que t’accordent les hommes n’est rien en comparaison à la justice que tu leur as offerte ! Jusqu’à aujourd’hui personne n’a pu atteindre la justice que tu as instaurée). »[13]

Un autre penseur occidental, Thomas Carlyle, révéla des propos similaires : « Aucun roi couronné n’a égalé celui qui ne portait aucun accoutrement, Muhammad, en termes de réputation et de dignité. »

Ce Prophète béni qui a conquis les cœurs des non-musulmans est celui qui a éduqué et purifié le cœur des hommes.

Parmi eux ses Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux). Ces derniers ont voyagé de l’Océan Atlantique jusqu’aux confins de l’Inde et de la Chine afin de disperser l’obscurantisme de la Jahiliya et de répandre la lumière de la foi.  Le résultat est frappant. Sur les trois continents (Afrique, Europe, Asie), un auguste Islam, une civilisation de vertu a régné pendant des siècles, à l’image de hommes et de femmes particulièrement éminents tels que ‘Umar ibn ‘Abdulaziz, Alparslan, Salahaddîn Ayyubî, Kılıçarslan, Muhammad al Fatih, Yavuz Selim et Suleymân Kanunî.

Pourtant, en s’éloignant de la lumière prophétique, ces peuples musulmans sont retombés progressivement dans la noirceur de la Jahiliya. Aujourd’hui, leur environnement est de nouveau la victime d’idéologies rationalistes et confuses qui font les louanges des passions et de l’âme instigatrice (nafs). Les musulmans, malheureusement, sont influencés par de telles idées.

Depuis la période des Tanzimat [14]jusqu’à nos jours, les jeunes sont envoyés en Europe pour apprendre les « sciences positives ». Certains reviennent au pays la tête remplie d’idées positivistes et regardent l’oumma (la communauté musulmane) d’un mauvais œil. Ils finissent par devenir les ennemis de leurs frères musulmans. Par le biais de leur pensée libertaire, ils prétendent « sauver » et réformer les codes religieux et moraux de la société. Fruit d’une compréhension matérialiste et capitaliste du monde, ils ont fini par concevoir la richesse, les femmes et le statut social d’une façon grossière.

Ils ont renversé le concept de famille et affaiblit l’esprit de fraternité. Ils ont attaqué le concept même de miséricorde. Puis, alors que la colonisation se répandait sur les trois continents, seule la Turquie parvint à rester indépendante et à limiter les drames de l’occupation. À cet égard, les guerres de Çanakkale[15] et d’Indépendance[16] ont été gagnées par des héros qui plaçaient Allah, le Coran, la religion, la vertu, la patrie et l’unité au centre de leurs préoccupations.

Ceux qui nient cette évidence ne réalisent pas que :

Les enfants de la Fatiha ont été touchés de plein fouet par des idéologies qui leur sont étrangères. Ce phénomène est encore plus répandu aujourd’hui qu’auparavant, il est tel un cancer silencieux ;

 

INSIDIEUSEMENT…

Au coin de la rue, dans le quartier, dans notre conscience, dans notre cœur, il y a aujourd’hui un appel insidieux et menaçant…

Un appel qui prend de l’ampleur à mesure que les moyens de communication se répandent : la télévision, l’internet, les films, les séries… Sous des apparences culturelles et artistiques, de nouveaux instruments de propagande attisent les désirs charnels des hommes et des jeunes en particulier.

À quoi les appellent-ils ?

Ils les appellent à dépenser leur vie – c’est-à-dire leur seule chance de gagner la satisfaction divine – dans une liberté sans limite, dans le mépris de la frontière entre le halal et le haram, dans un savoir aride dénué de spiritualité, dans des idéologies erronées, dans le péché et la fitna (division), dans le jeu et le divertissement.

Ils appellent à la grossièreté.

Ils appellent aux passions et désirs charnels.

Ils appellent à l’arrogance, à l’égocentrisme, à l’ostentation.

Ils s’acharnent à transformer la vie des enfants musulmans en une vie dénuée de mosquée, d’adhan (appel à la prière), de foi, d’adoration, de conscience et de considération pour le divin. À côté de leurs parents biologiques, ils veulent offrir à cette génération des compagnons maléfiques. Ils veulent qu’Iblis soit l’associé de leurs affaires et de leurs enfants. Ils veulent faire croire que le cri satanique qui étouffe est au contraire la mélodie de l’amusement et du divertissement. En d’autres termes, ces instruments de propagande harcèlent les jeunes de promesses et d’illusions vides de sens.

Tout le monde souffre de ce courant négatif…

Même les enfants de familles pieuses sont tentés par cet appel.

En effet, la télévision, ses milliers de chaînes et leur propagande vident l’âme des maisons ; l’internet piège toutes les régions indépendamment de ceux qui reçoivent le réseau ou pas. L’absence de spiritualité est une gangrène qui se développe dans nombre de cœurs…

En résumé, le monde actuel fait face à une inquiétante réalité :

 

LA RÉSURGENCE DE LA JAHILIYA…

Comme hier, la lumière de l’Islam est le remède contre la Jahiliya. Il s’agit de se laisser guider par le Coran, de se ressourcer à la faveur de l’enseignement spirituel de la Fierté de l’Univers (), de s’immerger dans son état et de diffuser sa Sunna autour de soi.

Énumérant les maux qui allaient surgir à la fin des temps, le Messager d’Allah () alerta sa communauté en ces termes :

« Je vous lègue deux choses. Tant que vous vous y tiendrez fortement vous ne tomberez pas dans l’égarement : le Livre d’Allah (le Saint Coran) et la Sunna de son Messager. »[17]

Les enfants retenaient particulièrement l’attention du Messager d’Allah (), car ils représentaient l’avenir de la communauté :

« Eduquez vos enfants dans trois domaines : l’amour pour le Prophète, l’amour pour ahl al-bayt[18] et la récitation du Coran… car les huffaz (ceux qui ont mémorisé le Coran par cœur) se trouveront sous l’ombre du Trône en compagnie des prophètes et des purifiés (c.-à-d. les Amis d’Allah qui ont attient la purification) lors du Jour du Jugement où aucune autre ombre ne sera disponible. »[19]

Les effets négatifs de cette période (la fin des temps) sont tristement inévitables.

Néanmoins, si nous parvenons à équiper nos enfants d’un bagage matériel et spirituel sain, à leur faire aimer le bien et à leur faire détester le mal, il est possible de les protéger de ce fléau même lorsqu’ils le rencontreront par défaut, si Allah en donne la permission (bi-ithnilah).

De la même façon, le prophète Yûsuf (Joseph – sur lui la paix), alors loin de ses parents, n’a pas succombé à la proposition malicieuse de la femme dont il était pourtant l’esclave. Cet homme qui avait reçu l’éducation prophétique perçut à travers elle l’épreuve divine et réussit à rejeter la proposition.

Bien que vivant sous la Jahiliya, le Messager d’Allah () parvint à repousser le mal. Lui aussi était éduqué par le Seigneur (ar-Rabb, l’Enseigneur) et jouissait d’une ouverture du cœur extraordinaire.

Il est ainsi important de transmettre à nos enfants cinq choses :

  1. La conscience (crainte révérencielle) d’Allah et l’amour pour Lui ;
  2. La conscience d’être constamment filmé par les caméras divines ;
  3. La foi en la vie après la mort, c’est-à-dire la conscience que le moindre de nos comportements est enregistré et recevra une récompense ou une punition au Jour du Jugement ;
  4. Les conditions pour préserver une fitra (nature) propre et innocente ;
  5. La purification du cœur, les preuves spirituelles qui soutiennent l’Islam, l’enseignement du Coran, de l’adoration ainsi que la fréquentation des discussions religieuses (sohbah) et de la mosquée.

Avec la permission d’Allah, nos enfants trouveront la paix du cœur et seront protégés du mal. Ils possèderont un cœur droit, propre et suivant la direction divine. Ils réaliseront le parfait équilibre entre la vie ici-bas et la vie dans l’au-delà, telle l’expression soufie «el kârda, gönül yârda !» ; « la main dans le profit, le cœur dans le rappel d’Allah ». Telle une lampe qui se trouve à l’intérieur d’une niche[20], ils illumineront leur entourage tout en protégeant la lumière de leur cœur.

Par ailleurs, les Compagnons qui ont parcouru le monde entier pour transmettre le message prophétique ont croisé nombre de mauvais comportements, de défenseurs du rationalisme, d’obscurités du cœur et de l’âme. Cependant, ils avaient été fortifiés par l’éthique coranique enseignée par le Prophète (), par le sommet de la spiritualité et de l’éthique prophétique.

Ces étoiles du comportement arrivaient à débattre et à déconstruire les thèses de leurs contradicteurs. Ils ont rallié nombre d’adeptes en promouvant le bien et le Vrai. Incarnant la sincérité, la beauté et la perfection de l’Islam, ils ont invité l’humanité à la vérité divine, au Coran et au Prophète ().

Ils étaient en effet immergés par la vérité (haqiqat) coranique et prophétique. Non influencés par les éléments extérieurs, ils reflétaient chaque aspect de la miséricorde divine ?

Le Prophète () nous explique comment atteindre les sommets de la foi :

«  Celui qui apprend le Coran durant son enfance, le Coran se diffuse dans sa chair et dans son sang. »[21]

Nous pouvons interpréter la diffusion du Coran dans la chair et dans le sang de l’homme comme la pénétration du Livre dans l’âme et l’existence de l’homme. Il est possible aussi que ce soit une image afin de désigner la foi et l’amour pour le Coran.

En d’autres termes, il ne faut pas perdre de vue que l’adoration se réalise du berceau au tombeau, c’est-à-dire jusqu’au dernier souffle. Il est donc nécessaire d’enseigner aux enfants comment protéger leur cœur de l’insouciance et de l’obscurantisme.

À tout âge, à toute époque, l’homme a l’obligation de fuir la Jahiliya et de migrer (hijrah) vers le Prophète ().

 

IMPOSSIBLE SANS MIGRATION (HIJRAH) !

Les Compagnons ont abandonné leurs biens et leurs épouses – de même les femmes croyantes relativement à leurs biens et conjoints – pour migrer vers le Prophète () et ainsi pouvoir vivre leur religion. De la même façon les croyants et les croyants d’aujourd’hui doivent être prêts à sacrifier et à abandonner leurs biens afin de s’approcher d’Allah le Très-Haut. Ils doivent incarner le renoncement du confort et la conscience de l’au-delà.

Cette migration doit être d’autant plus consciencieuse dans le domaine de l’éducation.

Le croyant ne doit donner aucune valeur aux institutions scolaires qui se tiennent loin de la spiritualité et propagent des discours matérialistes et libertaires. Ce type d’établissement sans âme empoisonne le cœur de l’enfant. À l’inverse, nous devons nourrir notre cœur avec l’amour du sacré et de la spiritualité. Nous ne devons pas tomber dans l’insouciance et suivre les adresses troubles.

En résumé, nous devons employer le terme « nous » dans l’éducation de nos enfants. Le Coran et la Sunna doivent orienter le contenu des actions qui nous caractérisent, c.-à-d. nos paroles, nos activités, les livres que nous lisons, les méthodes que nous suivons.

Les Ahl al-dunya (les Gens du monde d’ici-bas) promeut un sentier qui mène au Feu, avec un « marché libre » fait de charme et de paillettes. C’est la raison pour laquelle nous nous devons de chercher, de trouver et d’appliquer les plus belles méthodes afin de transmettre à nos enfants l’amour de la seule voie qui puisse mener au bonheur et à la paix véritable dans ces deux mondes, à savoir l’Islam.

Si nous réussissons à transmettre à nos enfants la beauté de la chasteté, la richesse de la réflexion, la noblesse de l’humilité, le goût délicat de la persévérance, le plaisir de la générosité, le délice de la clémence, dès lors les charmes serviles et éphémères de ce monde ne les atteindront pas. Si nous réussissions à leur faire comprendre que la soumission à Allah et les sacrifices consentis pour Lui protègent de l’asservissement au faux (batil)… que l’accomplissement de notre mission et de notre responsabilité apporte la paix de l’esprit ainsi que le goût de la victoire…

 

Mehmet Akif composa à ce propos ces quelques vers :

Doğrudan doğruya Kurandan alıp ilhâmı,

Asrın idrâkine söyletmeliyiz İslâm’ı.

De la droiture vers la droiture, prenons notre inspiration (ilham) du Coran,

Faisons comprendre la valeur de l’Islam et sa réalisation à notre temps.

Nous devons saisir toutes les opportunités pour transmettre une belle éducation à nos enfants. Nous devons particulièrement concentrer nos efforts lorsque ces derniers ont du temps libre, lors des vacances d’été par exemple.

Bien sûr, les trois ou cinq semaines de vacances d’été[22] ne suffisent pas pour celui qui veut axer son éducation sur le Coran et la Sunna. Cette éducation doit s’étaler sur toute la période de l’enfance et de l’adolescence. À vrai dire, les personnes qui n’ont pas l’occasion de donner une telle attention à leurs enfants pour une raison ou pour une autre savent qu’ils doivent profiter des vacances d’été. D’autant plus si la période estivale correspond au mois de Ramadan comme c’est le cas ces dernières années.

Par conséquent, la chaleur de l’été ne doit pas être une excuse pour sombrer dans la léthargie, le relâchement et la paresse. Le Coran, en effet, répondit aux hypocrites qui voulaient rompre avec les musulmans lors de la Campagne de Tabūk (630 – 7AH) prétextant la forte chaleur :

 

LE FEU DE L’ENFER EST PLUS INTENSE EN CHALEUR.

Les préparatifs de la Campagne de Tabūk avaient été rendus difficiles à cause de la chaleur écrasante de l’été et des efforts consentis pendant la récolte des dattes. Les hypocrites en profitèrent et utilisèrent ces données pour mieux masquer leur paresse et leur peur. Ils commencèrent à mentir. C’est dans les termes suivants qu’un verset coranique nous informe de cet évènement :

« Ceux qui ont été laissés à l’arrière se sont réjouis de pouvoir rester chez eux à l’arrière du Messager d’Allah, ils ont répugné à lutter par leurs biens et leurs personnes dans le sentier d’Allah, et ont dit : « Ne partez pas au combat pendant cette chaleur!  » Dis : « Le feu de l’Enfer est plus intense en chaleur. » – S’ils comprenaient! »[23]

 

 

SI SEULEMENT ILS COMPRENAIENT…

Ne pas être conscient du risque d’une affaire est le plus grand danger pour la purification de notre nafs et l’éducation de nos enfants et élèves.

Par conséquent, nous devons bien comprendre que le premier pas dans l’éducation est la prise de conscience.

Nos enfants doivent être les représentants de la religion et de l’autre monde. Leur sincérité doit se refléter dans leurs actions vertueuses. Ils doivent être capables de percevoir les beautés du Paradis et d’en ressentir les délices. Dès que le mal s’approche d’eux, ils doivent pouvoir ressentir la chaleur de l’Enfer.

Un récit décrit l’éducation extraordinaire qui régnait à l’époque de Fatih (Sultan) Mehmet. Un récit tel qu’il formait des caractères chastes et héroïques :

Les prêtres à cette époque s’interrogeaient sur le degré de spiritualité répandu au sein de la société ottomane. Après quelques observations, ils décidèrent d’envoyer le soir deux jeunes filles dans les madrasas afin de tester la chasteté et la pureté des jeunes étudiants.

« Le soleil s’est couché et nous avons perdu notre chemin. Pouvez-vous nous héberger pour la nuit ? Nous sommes désespérées… » dirent-elles une fois arrivées devant la madrasa.

Après réflexion, les étudiants déplacèrent leurs affaires et offrirent leurs chambres aux deux jeunes filles. Ils tirèrent un rideau pour préserver leur intimité et restèrent éveillés devant un feu de bois jusqu’au matin. Les jeunes filles reprirent leur chemin à l’aurore.

À leur retour les prêtres questionnèrent les deux jeunes filles, car ils étaient curieux de connaître le comportement des étudiants. Elles expliquèrent ainsi l’évènement :

« Ils ont séparé leur chambre en deux parties et se sont regroupés dans l’extrémité de cette dernière. Ils ont allumé un feu et ont tendu leurs mains au-dessus des flammes. Ils ne se sont pas retournés une seule fois vers nous. Ils se répétaient avec effroi :

« Que notre Seigneur nous protège du châtiment de l’Enfer ! Qu’Il ne fasse pas de nous des idiots qui ruinent leur avenir sur le coup d’une passion furtive ! »

En effet, le feu de l’Enfer est plus violent et douloureux que n’importe quel feu de ce monde. Il n’y a pas de meilleure conscience que celle-ci… face à cette conscience, ni les tentations sensuelles, ni les chuchotements de Satan, ni les invitations de la nafs n’ont d’emprise sur le croyant.

La vérité la plus saisissante que le croyant peut acquérir avec cette conscience est la compréhension du silence de la mort. Garder en mémoire que la mort attend chacun de nous et méditer sur elle à l’aurore. Nous ne serons pas seuls dans notre tombe. Nous serons accompagnés des sadaqa jariya (aumônes continues) réalisées par nos enfants et nos œuvres pies. De là, les objectifs les plus importants reposent sur le fait d’encourager les hommes au bien et de les prévenir du mal.

 

Ô Seigneur ! Fais de nous des adorateurs conscients ! Ne nous sépare pas de l’abondance et de la spiritualité de notre bien-aimé Prophète Muhammad (). Ne nous laisse pas tomber sous le charme des fleurs artificielles, des essences corrompues, des fausses dorures (de cette vie) ! Fais de nous des adorateurs pieux qui se soumettent à Allah et dont le cœur Le reflète !

Protège-nous et notre descendance des fitân (divisions) de la fin des temps ! Protège-nous du Dajjal (l’Antéchrist) qui voudra faire passez l’Enfer pour le Paradis et le Paradis pour l’Enfer !

Maintiens-nous sur la voie droite (sirat al-mustaqîm)… Et place-nous parmi les pieux lors de la Résurrection !

Amin !

 

Osman Nûri Topbaş

 

 

[1] At-Tirmidhî, Zuhd, 44/2377.

[2] Abû Nu’aym, Hilya, I, 30-31.

[3] Sourate at-Takathur (la course aux richesses), v.8.

[4] Sourate Al-Imran (la Famille d’Imran), v.137.

[5] Sourate al-Fajr (L’Aube), v.13.

[6] Sourate Hud, v.67.

[7] Sourate Qassas, v.81.

[8] Sourate al-A’raf, v.64.

[9] Sourate Hud, v.82.

[10] Sourate al ‘Araf, v.165-166.

[11] Sourate al-Mu’minun (Les croyants), v.44.

[12] Dans le droit musulman, œuvre charitable d’utilité publique. NdT.

[13] Kâmil MİRAS, Tecrîd-i Sarîh Tercemesi, IX, 289.

[14] Terme qui désigne l’époque des réformes militaires, administratives, éducatives, politiques et économiques qui eurent lieu dans l’Empire ottoman de 1839 à 1876. NdT.

[15]  Terme employé par les Turcs pour désigner la bataille des Dardanelles qui eut lieu du 25 avril 1915 au 9 janvier 1916 dans l’actuelle Turquie (à l’entrée du détroit des Dardanelles dans la région de Canakkale). L’Empire ottoman fait alors face à la coalition des forces britanniques, françaises et russes. Selon les historiens, les pertes humaines varient entre 300 000 et 500 000 de part et d’autre. NdT.

[16] Nom donné par les historiens turcs aux conflits qui opposèrent la résistance nationale aux forces alliées de la Première Guerre mondiale de 1919 à 1922. Cette guerre déboucha sur la reconnaissance de l’indépendance de la Turquie sous ses frontières actuelles par le traité de Lausanne (24 juillet 1923). NdT.

[17] Muwatta’, Qadir, 3.

[18] Littéralement « le peuple de la maison », ce terme désigne plus généralement la famille du Prophète Muhammad (). NdT

[19] Münâwî, I, 226.

[20] L’auteur fait sans doute référence au célèbre verset de la Lumière : « Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un (récipient de) cristal et celui-ci ressemble à un astre de grand éclat; son combustible vient d’un arbre béni : un olivier ni oriental ni occidental dont l’huile semble éclairer sans même que le feu la touche. Lumière sur lumière. Allah guide vers Sa lumière qui Il veut. Allah propose aux hommes des paraboles et Allah est Omniscient. » Sourate 24, v.35. NdT.

[21] Kenzu’l ummâl, I, 532.

[22] Dans le contexte de la Turquie. En France, par exemple, les vacances d’été durent presque deux mois. NdT.

[23] Sourate At-Tawba (Le Repentir), v.81.

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