Quelques Sagesses de L’Imam Abû ‘Alî Al-Juzjanî

Nov 25, 2015 par

Quelques Sagesses de L’Imam Abû ‘Alî Al-Juzjanî

Le chemin le plus sûr menant à Allah

 

L’imam Abû ‘Alî al-Juzjanî :

Son nom est Hasan ibn ‘Alî, alias Abû ‘Alî, connu sous le nom de Juzjanî. Il fait partie des pieux qui ont grandi dans le Khorasan. Il participait aux discours de Mihammad ibn Fadhl al Balkhî, élève du juge at-Tirmidhî. C’était le compagnon d’Abû Bakr al Warrâq et du cheikh Ibrahîm de Samarkand. Un auteur qui s’intéressait contre la nafs (l’âme investigatrice) et à l’ascétisme, dont les œuvres étaient pleines de ma’rifatullah[1] et de sagesse. Il était devenu maître de la science exotérique (alim) et ésotérique (sufi). La date de son décès n’est pas connue de façon certaine.

Il parlait de la vertu et de l’impiété des actions humaines. Il expliquait la nature du bonheur et de la corruption sur terre. Ainsi disait-il : « Le plus grand bonheur qui soit accessible à l’homme consiste à adorer Allah et à s’y soumettre avec facilité ; à suivre la Sunna dans toutes ses affaires ; à nourrir une affection sincère pour les pieux ; à maîtriser son comportement, quelle que soit la situation ; à donner de l’importance aux affaires des musulmans ; à ne pas perdre son temps dans des activités inutiles. »

Selon lui, le fait d’expliquer les comportements mauvais et grossiers à une large audience, de révéler au grand jour des péchés qu’Allah le Très-Haut avait pourtant cachés, constituait une grave erreur.

Au sujet des masses, il fit la réflexion suivante :

« Les masses se précipitent vers l’insouciance (ghaffah) et s’y arrêtent. Pourtant chacun de ses membres croit en sa propre opinion et s’y accroche. Bien qu’ils (les membres) ne fassent pas partie des bien-aimés et de ceux qui détiennent un savoir à transmettre, ils parlent sans cesse, ouvertement. »

L’homme, par nature, est attiré par l’illusoire et est soumis aux passions de son ego. Un peuple peut être ignorant, il va se considérer comme pur et sage. Ainsi, de la même façon que les savants (‘ulamā‘) et gnostiques (‘arifîn) sont aimés et demandés, les ignorants et les bruts sont rejetés et discrédités.

Voici les conseils du cheikh au sujet du contentement :

« Le contentement (ridha) ne constitue pas seulement une adoration (‘udûbiyyah), mais représente bien l’école de l’adoration (kulluk yurdurur). Sa porte est la patience (sabr) et sa chambre est l’abandon d’Allah et la totale confiance en Lui (tawakkul). »

Généralement, une personne qui souhaite entrer dans une maison frappe d’abord à la porte, attend qu’on lui ouvre pour pouvoir pénétrer à l’intérieur. De la même façon, une personne qui souhaite entrer à l’école du contentement frappe à la porte et demande la permission d’entrer à l’aide de ses actions et actes d’adoration. Après avoir ouvert la porte de la patience, elle pénètre à l’intérieur de l’école du contentement et de là se dirige vers la chambre de la confiance en Allah, où elle pourra vivre en paix.

―  Quel est le chemin le plus sûr qui conduise à Allah ? » lui a-t-on demandé.

Il donna la réponse suivante :

―  Le chemin le plus sûr, c’est le fait de se tenir loin du douteux et de la perversion en toute circonstance ; c’est le fait de s’accrocher à la Sunna avec une foi ferme et une intention solide, que ce soit dans ses paroles ou dans ses actes. Allah le Très-Haut a en effet promis : « Et si vous lui obéissez, vous serez bien guidés[2]. »

―  Quelle est la voie qui mène au respect de la Sunna ? demanda un élève.

Le cheikh répondit ainsi :

―  C’est de fuir les innovations blâmables (bida’at) et de suivre la voie tracée par les savants de la première génération de musulmans ; c’est de rester loin des controverses inutiles de savants du kalam (‘ilm-ul kalam)[3] tout en suivant la voie des ‘ulamā(fr. oulémas) de ahl-sunna wa jama’ah[4]. Allah le Très-Haut enseigna au Prophète ( ) : « Puis Nous t’avons révélé : “Suis la religion d’Abraham qui était voué exclusivement à Allah et n’était point du nombre des associateurs[5]”. »

 

LE PEUPLE DU PRODIGE ET LE PEUPLE DU DROIT CHEMIN

Al-Jusjanî prêchait l’appartenance au peuple du droit chemin (ahl al-istiqamah) et non à celle du prodige (ahl al-karamat). « Adhérez à la famille de l’istiqamah et non à celle de la       karamat ». Car c’est ta nafs (âme investigatrice) qui te conseille de suivre les karamat-s (prodiges), alors qu’Allah l’Exalté veut que tu suives le droit chemin (istiqamat).

Le cheikh discernait une relation entre la sainteté et l’extinction (fana). Il considérait même l’extinction comme un pilier de la sainteté :

« C’est parce que saint (ami d’Allah, wali) est un être mortel, en permanence dans la soumission et la contemplation d’Allah, recevant constamment une lumière divine, qu’il ne parle jamais de lui-même. Le saint ne peut supporter la présence d’un autre qu’Allah. Le sentiment qui le console est celui de l’apaisement divin (huzur ul-ilahi). »

Al-Jusjanî avait pour habitude d’évoquer trois aspects du tawhid (pure unicité divine) : la crainte, l’espoir et l’amour. La crainte s’implante dans le cœur du croyant lorsque ce dernier prend conscience de la menace divine pesant sur ses péchés. L’espoir s’enracine dans son cœur quand il saisit la promesse divine et sa récompense infinie en retour de bonnes actions. Enfin, l’amour émerge lorsque le croyant reconnaît les bienfaits que lui accorde son Seigneur et lorsque l’intensité de son dhikr (rappel du divin) s’accroît. Le cheikh al-Jusjanî rappelait l’importance de fuir le châtiment, de désirer la récompense et de se rappeler l’amour de l’Aimant. En d’autres termes, la crainte est un feu qui brûle, l’espoir est une liberté qui illumine et l’amour est la lumière des lumières.

Comme fondement de la marifatullah, Al-Jusjani décrit en fait toute personne qui est au service du peuple par pur amour pour son Seigneur, qui multiplie les bonnes pensées envers Allah et qui combat sa nafs.

Il explique le terme arabe « buhl » (avarice) lettre par lettre, le ba de buhl désignant « balwâ » (la difficulté, l’épreuve, la tribulation), le ha désignant « husran » (le manque) et le lam désignant « lawm » (le mal, la division négative). Ainsi, la personne avare se trouve en difficulté avec sa nafs (âme investigatrice), connaît le manque dans ses affaires et subit le discrédit de toute la société (à cause du mal et de la division engendrés par son avarice).

Le cheikh interprétait le terme coranique as-sabiqun (ceux qui devancent les autres) de la façon suivante :

« Le sens profond de « as-sabiqun » renvoie aux personnes qui connaissent Allah par le biais de la ma’rifah, qui agissent pour Lui avec sincérité (ikhlas), qui courent vers Lui avec envie et amour, qui ont un haut degré dans la science et une position élevée dans la spiritualité, qui conseillent les gens en tant que rapprochés d’Allah (muqarrabun). Allah les mentionne dans le verset 47 de la sourate Sad : « Ils sont auprès de Nous, certes, parmi les meilleurs élus[6]

 

À ceux qui critiquaient certaines élocutions et formules employées par Bayazid Bistamî, il leur formula la réponse suivante :

« Allah est le plus savant. Cela dit, il semblerait tout de même que Bayazid était lui-même gagné par des états spirituels lorsqu’il prononçait ces paroles. Ces mots furent la conséquence directe d’une ivresse spirituelle (sekr). Avant de questionner ses paroles, il serait mieux d’observer la façon dont il combattait sa nafs. Inutile de perdre son temps à débattre de ses propos tant que nous n’avons pas lutté comme lui à combattre notre propre nafs, connu les difficultés (épreuves) auxquelles il était confronté et goûté son ivresse spirituelle. »

Prof. Dr. Hasan Kâmil Yilmaz

 

Références bibliographiques :

Tabakatu’s-sufiyye, s. 246-248; Hılyetü’l-evliya, X, 350; Keşfü‘l-mahcûb, l, 359-360; Nefahatü‘l-üns (trc. Lamii Çelebi) s. 178; Şarani; l, 177; el-Kevakibu’d-dürriyye, II, 29; Tezkiretü‘l-evliya (trc. S. Uludağ) s. 595-596).

[1] Composé du schème arabe ف ر ع, qui signifie “savoir, connaître”, ma’rifa  renvoie dans la tradition islamique à la « connaissance infuse, expérimentale ». Différent du ‘ilm – le « savoir acquis » grâce notamment à l’intellect (‘aql)ma’rifa désigne la connaissance qu’Allah Lui-même dévoile dans le cœur (qalb) de l’aspirant serviteur. Pour plus d’informations, se référer à Renard J., Historical dictionary of Sufism, 2005, The Scarecrow Press, Oxford p.185; Topbas M., Sufism and Ma’rifa, 2013, Erkam publications, p.5. NdT.

[2] Sourate al-Nur (la Lumière), v.54.

[3] Il s’agit de la  science qui s’intéresse aux principes de la foi en Islam (unicité d’Allah, nature des attributs d’Allah, destin, libre action de l’homme etc.) NdT.

[4] Groupe de pensée majoritaire en Islam (près de 90% des musulmans dans le monde) qui concentre sa réflexion sur le Coran, l’exemple prophétique et le consensus des savants. Cf. Karaman H, Ali Bardakoğlu, Yunus Apaydin (dir.), İlmihal, iman ve ibadetler, Türkiye Diyanet Vakfı yayınları, 2002, Ankara, p.19-31.NdT.

[5] Sourate al-Nahl (Les abeilles), v. 123.

[6] Sourate Sad, v. 47.

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