Préférer l’au-delà à ce bas monde

Nov 30, 2012 par

Préférer l’au-delà à ce bas monde

Tout croyant, en recevant d’autrui un bienfait, ne peut que, de part sa nature, lui être reconnaissant, le remercier et faire des invocations en sa faveur. Même un verre d’eau servi avec gratitude mérite par politesse un remerciement.

 

Un verset coranique vient corroborer ce point :

 « Et si vous comptez les bienfaits d’Allah, vous ne saurez pas les dénombrer. Car Allah est pardonneur et miséricordieux. » (An-Nahl,  16 : 18)

Nul doute que la foi fait partie des plus grandes grâces accordées. Chaque grâce a une équivalence et une contrepartie, et la contrepartie du don qui est la foi est de rendre gloire, remercier, évoquer avec dévotion et piété le Seigneur en ayant une vie spirituelle harmonieuse.

Le croyant, à qui on a octroyé toutes sortes de bienfaits et spécialement celui de la foi, se trouve dans l’obligation de remercier et de s’acquitter de cette reconnaissance envers son Seigneur, car s’il ne s’acquitte pas de cette obligation en tentant de revendiquer pour soi cette possession, il aura  alors commis une infamie.

La foi est par conséquent la plus grande des bénédictions divines que l’homme a reçue. L’épreuve est l’une des faveurs qui permet de mesurer à quel point on peut s’adjuger ce bien, et ce que l’on attend des croyants dans ce monde en perpétuel changement c’est qu’ils demeurent patients et soumis en préservant leur foi, ceci étant le prix nécessaire pour pouvoir parvenir à la récompense divine.

Ainsi il est dit dans le verset coranique suivant :

« Certes, Allah a acheté les croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis…. » (At- Tawba, 9 : 111)

Le temps que l’on passe sur terre ne peut être comparable au plaisir de l’éternité de l’au-delà, car le résultat des épreuves subies sur terre définira l’endroit où nous vivrons éternellement, soit donc un bonheur éternel dans l’au-delà qui est le Paradis, soit une souffrance éternelle dans ce lieu que l’on nomme l’Enfer. La direction et le chemin que le serviteur empruntera définiront une préférence soit pour l’au-delà soit pour le monde d’ici-bas ; à cet égard, faire montre d’inconscience dans le choix de la vie future ne peut être qu’associé à de l’incrédulité puisque le temps que l’on passe sur terre ne représente en fin de compte qu’un court instant.

Les rapprochés du Seigneur ont su être éveillés en étant proches de la lumière d’Allah et en lisant le livre de l’univers avec sagesse car, pour eux, la formation de l’univers s’est faite dans un but précis où chaque chose ou chaque être ne reste pas sans signification ou inutile. Ils sont conscients que chaque jour qui passe rapproche de plus en plus l’homme de la tombe ; alors quel est donc le sens de la vie, son but ? Pourquoi le monde a-t-il été créé pour les humains ? D’où sommes-nous venus et où allons-nous ? Voilà les questions qu’ils se posent, réfléchissant et méditant sur le sens de la vie en vivant leur propre vie dans un climat de sensibilité et de plénitude.

Le signe d’un cœur saint

Le jour du Jugement dernier, la chose dont on aura le plus besoin nous est dévoilée ainsi par le Seigneur :

« Le jour où ni les biens, ni les enfants ne sauront d’aucune utilité sauf celui qui vient à Allah avec un cœur saint. » (Ash-Shuara, 26 : 88-89)

Avoir un cœur pur est associé au fait qu’il faille se préparer au voyage qui nous emmènera dans la vie future avant que la tombe ne nous appelle ; c’est à cause de cela qu’il faut bannir les choses qui nous éloignent de notre Seigneur, c’est-à-dire purifier son cœur, l’affiner et considérer tous les bienfaits qui nous ont été octroyés ici-bas comme un salut et un bonheur offerts par Allah le Très-Miséricordieux.

Les rapprochés du Seigneur ont défini les deux principaux attributs que doit posséder un cœur pur :

– N’offenser personne et n’être offensé par personne étant donné que le cœur est le lieu de la contemplation du Seigneur.

– Lorsque les occupations du monde d’ici-bas et de l’au-delà se côtoient et que le choix se fait pour celles de l’au-delà. 

Les croyants qui ont atteint la perfection en ayant un cœur pur et une bonne morale auront conscience d’être au summum parce qu’ils seront toujours avec Allah. Ils sentiront toujours le fait d’être en Sa présence sous Ses caméras invisibles. Et à chaque instant ils penseront à ces versets :

« (…) et Il est avec vous où que vous soyez. (…) »  (Al-Hadid, 57 : 4)

« (…) et Nous sommes plus près de lui que sa veine jugulaire. » (Qaf, 50 : 16)

C’est parce que les rapprochés du Seigneur sont au summum de cet état de piété et qu’ils prennent au sérieux la véracité de l’au-delà qu’ils poursuivent avec droiture leur voyage dans ce monde. Ils préfèrent renoncer à tous les intérêts temporels de ce monde que de faire subir un quelconque préjudice à leur vie future.

Si l’on nous donnait le monde, on ne pourrait l’échanger contre une bonne action dans l’au-delà

Lorsque le prophète Moïse (Mûsâ, sur lui la paix), qui vivait dans l’abondance dans le palais de Pharaon, apprit la nouvelle que ce dernier voulait l’assassiner, il prit immédiatement la direction de Madyan sans aucune provision. Il marcha pendant huit jours entiers sans manger ni boire jusqu’à ce que, harassé et épuisé, il se trouva devant la citadelle de Madyan. Il était dans un tel état d’impuissance qu’il se réfugia en son Seigneur :

« Seigneur, j’ai grand besoin du bien que tu feras descendre vers moi. » (Al-Qasas, 28 : 24)

Sans connaître qui elles étaient, il aida les filles du prophète Shu’ayb (sur lui la paix) à abreuver leurs moutons. Lorsque Shu’ayb entendit cette nouvelle, il voulut honorer ce grand homme en l’invitant à un repas. Bien qu’il n’eût point avalé quoi que ce soit depuis huit jours, Moïse ne tendit pas la main vers les mets qui étaient pourtant placés devant lui. Il s’adressa à Shu’ayb en ces termes :

« Nous, nous venons d’une telle famille que si l’on nous donnait le monde, nous ne l’échangerions pas contre une bonne action dans l’au-delà. »

Shu’ayb (sur lui la paix) fut très satisfait de cette réponse et lui répondit :

« Ce repas ne t’est pas servi à cause de l’assistance que tu as apportée à mes filles, mais parce que tu es un invité d’Allah. »

Sur ce, Moïse (sur lui la paix) accepta l’offre. Voilà donc l’exemple de ce que peut être l’au-delà, un exemple qui se répercute sur la conduite. Savoir que l’on a plus d’énergie ici-bas à cause de la faim et porter la connaissance qu’une bonne action peut être accomplie pour l’au-delà, cela en effet ne peut être échangé pour rien au monde.

Vasile ibn Eska (qu’Allah l’agrée) représente un exemple probant de cette maturité spirituelle, il raconte ainsi :

C’était un jour où l’on devait partir pour la campagne de Tabuk (pour y participer, je ne possédais ni force physique ni monture, et pour ne pas rester en retrait par rapport à la bataille annoncée). Sur la grande place de Médine, je m’exclamais ainsi devant mes frères musulmans :

« En échange de ma part de butin, qui veut bien me prendre sur sa monture ? »

Un vieil homme parmi les Ansars me proposa de monter sur sa monture à tour de rôle et de m’emmener au combat. Je fis donc le chemin avec ce pieux personnage. Par la suite, Allah nous accorda un butin et ma part échu fut un certain nombre de chameaux que j’emmenai à ce vieil ami qui me dit :

« Prends tes chameaux et emmène-les. »

« Selon l’accord que nous avons eu, ces chameaux t’appartiennent » dis-je, mais il refusa et ajouta :

« Oh mon ami ! Prends ton butin, moi je n’ai voulu aucune part terrestre. (Moi je t’ai emmené jusque là-bas parce que je pensais à la rétribution que ma bonne œuvre me rapporterai dans l’au-delà en espérant qu’Allah soit satisfait de moi.) (Abû Dawûd, Jihad, 113 : 2676)

Cet honorable Ansar préféra ainsi obtenir la récompense qui était prête à lui être accordée dans l’au-delà plutôt que de posséder un troupeau de chameaux qui, à cette époque, était un bien particulièrement considérable ; ainsi pour pouvoir faire une bonne action au nom du Seigneur, il a été dans la capacité de renoncer à un bien matériel aussi précieux.

À un rapproché du Seigneur, on demanda s’il était déjà resté sous l’emprise d’un évènement marquant dans sa vie et cette honorable personne raconta ceci :

« Lorsque j’étais à La Mecque, j’avais perdu ma bourse et j’étais dans le besoin. J’attendais de l’argent en provenance de Bassora, seulement il ne me parvenait pas. Mes cheveux et ma barbe ayant poussé je me suis rendu chez un barbier et lui ai demandé :

« Je n’ai pas d’argent, puisse Allah être satisfait de toi, peut-être pourrais-tu arranger mes cheveux ? »

À ce moment-là le barbier était en train de raser une personne, malgré cela, il me montra tout de suite une chaise inoccupée tout en me disant : « Assieds-toi aussi » et il s’occupa de moi en faisant attendre son client. Il commença par me raser et lorsque le client se mit à contester, le barbier lui répondit ceci :

« Pardonnez-moi monsieur, moi je vous rase en contrepartie d’une somme d’argent, cependant, cette personne a voulu que je la rase en disant « qu’Allah soit satisfait de toi ». Le travail fait au nom du Seigneur passe toujours en premier et n’a aucune compensation matérielle. Le croyant ne peut savoir et ne peut payer la valeur d’un travail fait au nom du Seigneur. »

 

Après le rasage, le barbier me remit avec insistance quelques pièces d’or, disant :

 

« Avec ceci tu pourras subvenir à tes besoins de première nécessité, je ne puis t’en offrir davantage et te prie de m’excuser. »

 

Quelques jours plus tard, l’argent que j’attendais de Bassora arriva. J’emmenai au barbier une bourse remplie d’or, mais ce dernier me dit :

 

« En aucune façon je ne puis l’accepter, car la valeur du travail fait au nom d’Allah, aucun croyant n’aura la force de le payer. Va et continue ton chemin, que le salut d’Allah soit sur toi. »

 

Nous prîmes congés l’un de l’autre et cela fait quarante ans maintenant qu’à chaque aurore je fais des invocations en sa faveur. »

 

Voilà la vertu d’une bonne action faite au nom d’Allah que l’on ne peut échanger pour rien au monde… Voici l’exemple d’un comportement qui montre la perfection d’un homme qui évalue la vie de façon claire et objective, en ne courant pas avec acharnement derrière ses ambitions et en ne voyant plus les limites du haram-halam (illicite-licite). C’est le type de comportement que nombre d’esprits peu évolués ne comprendront jamais…

 

 

Qui est le vrai sage ?

 

La logique veut que l’on doive changer volontiers les petits intérêts passagers contre les grands. Allah le Très-Miséricordieux nous dit :

 

« La présente vie n’est que jeu et amusement. La demeure dans l’au-delà sera meilleure pour ceux qui sont pieux. Eh bien, ne comprenez-vous pas ? » (Al-An’am, 6 : 32)

 

Dans le hadith suivant, le vrai sage est décrit de cette façon :

 

« Le sage est celui qui sait contrôler son âme et se remettre en question en travaillant pour l’au-delà ; l’insensé est celui qui se soumet à ses envies en espérant un bien d’Allah. » (Tirmidhî, Qiyâma, 25 : 2459)

 

Voilà en conséquence la présentation d’une personne saine d’esprit et définie selon la lumière de la réalité. La caractéristique d’un esprit sain est de choisir ce qui est durable à ce qui est éphémère.

 

Notre Prophète () a dit :

 

« Le statut de la vie dans l’au-delà est lié à la vie d’ici-bas, c’est comme quelqu’un qui plongerait son doigt dans la mer et qui le ressortirait aussitôt. Ce qui en est ressorti représente ce qu’est le monde d’ici-bas par rapport à l’au-delà. » (Hakim, Mustadrak,4 : 319)

 

Lorsqu’ils étaient sous l’oppression, la persécution et l’embargo des idolâtres, les Compagnons du Prophète () se disaient les uns les autres :

 

« Pour être de bons serviteurs, nous sommes prêts à nous soumettre à toutes les souffrances et aux idolâtres qui se rebellent contre Allah et qui se promènent dans ce monde avec aisance en utilisant toutes les opportunités à leur convenance. »

 

Sur ce, notre Seigneur ordonna aux croyants de choisir l’au-delà à ce bas monde :

« Que ne t’abuse point la versatilité [pour la prospérité] dans le pays, de ceux qui sont infidèles. Piètre jouissance ! Puis leur refuge sera l’Enfer. Et quelle détestable couche ! Mais quant à ceux qui craignent leur Seigneur, ils auront des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, pour y demeurer éternellement, un lieu d’accueil de la part d’Allah. Et ce qu’il y a auprès d’Allah est meilleur, pour les pieux. » (Al-Imran, 3 : 196-198)

En conséquence, lorsqu’on regarde par une fenêtre de l’au-delà, on peut constater que les aisances et les jouissances de ce monde ne découlent que de petits intérêts. Si pour Allah le Très-Miséricordieux le monde d’ici-bas avait de la valeur, Il aurait fait en sorte que les prophètes, Ses serviteurs les plus aimés, puissent vivre dans des palais et dans la prospérité jusqu’au jour du Jugement dernier. Seulement, notre Seigneur a montré à ses prophètes et à ses rapprochés le vrai visage éphémère de ce bas monde en dirigeant leurs cœurs vers un endroit plus bénéfique qui est en réalité l’au-delà.

D’ailleurs notre Prophète () nous ordonne ceci :

« Moi je n’ai aucune attache avec ce monde. Ma situation dans ce monde ressemble à un voyageur qui se repose à l’ombre d’un arbre et qui ensuite continue son chemin. » (Tirmidhî, Zuhd,44)

Les Compagnons du Prophète () ont été éduqués et formés par le Prophète lui-même () et leur mode de vie représente pour nous un exemple incomparable. Leur nostalgie de l’au-delà et leur désir de devenir des martyrs demeurent légendaires.

Lorsque les jeunes Compagnons du Prophète () se présentaient devant les rois, ils étaient capables avec la force de leur foi de lire la lettre d’invitation à l’islam qu’avait fait rédiger le Prophète d’Allah () tout en sachant que des bourreaux étaient prêts à leur trancher la tête. Mais leur courage était tel que tout ce qui appartenait à ce monde n’avait aucune signification à leurs yeux, tant les cellules de leurs corps étaient remplies de l’amour d’Allah et de son Prophète () ; ils le chérissaient tant que si un danger se présentait devant eux avec un risque de mort probable, ils seraient encore prêts à proclamer :

« Ô Prophète ! Agis comme bon te semble, ordonne-nous, nous, nous sommes avec toi. Pour Allah qui t’a envoyé, si tu plonges dans la mer, nous plongerons avec toi et aucun de nous ne restera en arrière ! (Ibn Hisham, II,253-254)

Pendant son califat, ‘Omar (qu’Allah l’agrée) demanda à Khabbab ibn al-Arat (qu’Allah l’agrée) qui était un des premiers musulmans convertis :

– Peux-tu nous dire quelque chose sur les tortures endurées au nom d’Allah ?

Sur ce, Khabbab répondit :

– Commandeur des croyants ! Regarde !

Quand ‘Omar regarda son dos, il déclara stupéfait et étonné :

– Je n’avais jamais vu de ma vie un dos qui a subi autant de tortures.

Khabbab (qu’Allah l’agrée) continua ainsi :

–  (Pour me torturer) les idolâtres allumaient un feu, puis ils me déshabillaient et m’allongeaient sur des braises. Le feu ne s’éteignait que lorsque la peau de mon dos fondait. (Ibn-i Esir, Üsdü’l-Gabe, II 115)

Dans les premières années de l’islam, les idolâtres faisaient subir de réelles tortures aux croyants, mais ils n’arrivaient jamais à leur fin (en voulant entendre des paroles blasphématoires), car l’émotion de vivre la foi mettait de côté toutes les souffrances de ce monde.

Aujourd’hui, le souhait et la préoccupation des gens de ce monde, c’est de vivre une vie plus paisible alors que la génération des Compagnons désirait quitter ce monde avec honneur, la conscience en paix et le cœur pur.

Un jour, Ibn Mas’ûd (qu’Allah l’agrée) dit à ses compagnons de façon naturelle :

– Vous, vous jeûnez encore plus que les Compagnons du Prophète, vous vous efforcez de faire de bonnes actions, cependant eux étaient plus pieux que vous.

En entendant cette remarque, ses compagnons lui demandèrent :

– Comment se fait-il ?

Ibn Mas’ûd :

– Ils ont renoncé au monde plus que vous et étaient plus soucieux de l’au-delà que vous. (Hakim, Mustadrak, 4 : 135)

La génération des Compagnons du Prophète () était dévouée au Seigneur et forte dans la foi ; une même occasion s’était produite pendant la bataille de Çannakale (en Turquie) où les Mehmetçiks se battirent avec la même force que leur procurait leur foi.  Ainsi, pour eux, la défense de la nation était perçue comme un devoir sacré qu’ils devaient accomplir sans hésitation en mettant même leur vie en jeu.

Comme les Compagnons du Prophète l’ont fait (), nous aussi, en tant que membres de sa communauté, nous avons le devoir de suivre les traces laissées par sa lumière.

Notre Prophète () répéta à différentes occasions et avec insistance :

« Mon Dieu ! La vraie vie est seulement celle de l’au-delà ! » (Bukharî, Riqaq,1)

Membres de la communauté du Prophète (), nous sommes dans l’obligation d’imprimer ce principe dans nos cœurs et dans nos âmes. Et lorsque nous recevons n’importe quel don du ciel, nous devons rendre grâce à Allah en disant : « Mon Dieu ! La vraie vie est seulement celle de l’au-delà ! » en sachant remercier le vrai propriétaire de ces bénédictions et en se préservant d’être vaniteux, inconscients et insouciants, car les personnes qui sont dépourvues de cette sensibilité oublient toute reconnaissance envers leur Seigneur, comme Lui-même nous a informés :

« Allah étend largement Ses dons ou [les] restreint à qui Il veut. Ils se réjouissent de la vie sur terre, mais la vie d’ici-bas ne paraîtra que comme une jouissance éphémère en comparaison de l’au-delà. » (Ar-Rad, 13 : 26)

En tant que croyants, quand nous rencontrons n’importe quel malheur ou indulgence ou quand notre patience est à bout, nous nous disons : « Mon Dieu ! La vraie vie est seulement celle de l’au-delà ! » en dévoilant avec fermeté notre consentement, notre soumission, notre patience et notre résignation face à ces évènements tout en tâchant de préserver notre équilibre psychologique. Nous devons perpétuellement nous réfugier en notre Seigneur en développant une vie spirituelle harmonieuse.

« (…) mais la vie future est meilleure pour quiconque est pieux (…) » (An-Nisa, 4 : 77)

Voici un verset du Coran qui nous rappelle que vivre cette vie de façon grossière en s’imaginant qu’elle ne se terminera jamais n’est qu’une illusion alors qu’en réalité la vie ici-bas découle d’un court instant :

« Le jour où ils la verront, il leur semblera n’avoir demeuré qu’un soir ou un matin. » (An-Naziate, 79 : 46)

C’est à cause de cela que durant notre brève existence la chose la plus intelligente à faire c’est d’être un pieux serviteur d’Allah. Mais comme tous les bienfaits, ce bien qui est la vie est un bien précieux : tant que l’on n’a pas rendu l’âme, il ne peut être imperceptible. Ce distique de Necip Fazil  nous rappelle l’ultime moyen de ne pas s’égarer dans l’insouciance du temps et de méditer sur la mort :

Le temps est une camisole dont la déchirure est la mort,

La mort est monolithique, ni interruption ni fraction…

C’est à cause de cette vérité que nos prédécesseurs, dont le cœur fut rempli de foi et pétri dans un univers de savoir, nous parlent même jusque dans les cimetières : lieu qui nous rappelle le côté éphémère de ce monde d’ici-bas et les cyprès qui ne perdent jamais leurs feuilles et qui symbolisent la vie éternelle.

La recommandation de Lokman Hekim sur la conscience de la vie future est très importante :

« Mon enfant ! Sacrifie la vie d’ici-bas pour l’honneur de la vie future, tu gagneras les deux, mais ne sacrifie pas la vie future pour le monde d’ici-bas car tu perdras les deux. »

Véritablement la vie future et le monde d’ici-bas ressemblent aux deux plateaux d’une balance. Si nous donnons du poids à l’un des côtés, l’autre deviendra plus léger. Un croyant sain d’esprit doit toujours avoir son âme inclinée vers l’au-delà. En conséquence, si une personne est heureuse en étant soumise à ses envies passagères et à ses jouissances incertaines, elle ne pourra trouver dans son cœur l’amour et la pensée de l’au-delà. Quand l’invitation pour l’au-delà est établie dans nos cœurs, l’idée d’une invitation de ce bas-monde demeure insignifiante.

Le remède des cœurs mélancoliques

De nos jours, la plupart des malaises vécus, les tourments de l’âme et la mélancolie des cœurs ont pour support l’oubli de l’au-delà et les soucis de la vie d’ici-bas. À tel point que lorsque des pauvres veulent devenir riches et des riches veulent devenir encore plus riches, combien cela peut tourmenter rigoureusement leurs âmes ; personne ne pense réellement d’où ni comment l’argent est gagné et le désir qu’offre ce bas monde se pare de tous ses atouts, mais on oublie une chose très importante, c’est que la vraie richesse consiste à se contenter de ce que l’on possède.

Notre Prophète () a dit :

« Si le désir d’une personne est dirigé vers l’au-delà, Allah mettra dans son cœur la richesse et sa vie sera bien ordonnée, enfin c’est le monde qui viendra à ses pieds. Mais si ce désir est dirigé vers le monde d’ici-bas, Allah mettra entre ses deux yeux la pauvreté et sa vie sera désordonnée. Et pour finir, il n’aura entre ses mains que ce qui a été prévu à son attention, ni plus ni moins. » (Tirmidhî, Qiyâma, 30 /2465)

Voilà l’ordonnance d’un cœur épanoui et d’une conscience sereine…

Notre Prophète  () a dit aussi (en rapport avec le verset coranique suivant) :

« Et puis, quiconque Allah veut guider, Il lui ouvre la poitrine à l’Islam. » (Al-An’am, 6 : 125) Lorsqu’on lui demanda ce que le mot « sharh /ouvrir » signifiait, il répondit :

« Quand la lumière (nur) entre dans le cœur, la poitrine s’élargit pour la recevoir. »

Y a-t-il un présage ? lui demanda-t-on.  Ce à quoi le Prophète () répondit :

« Oui il y a un présage, c’est de se détourner de cette vie d’ici-bas (de ne pas accorder d’importance aux envies et aux jouissances superflues de ce monde) et de faire de bonnes actions en orientant sa vie vers l’au-delà tout en étant préparé lorsque la mort viendra frapper à la porte. » (Ihyâ, 406-7)

Dans un autre hadith, notre Prophète () a dit :

« Si quelqu’un choisit le monde d’ici-bas au monde futur, Allah le Très-Miséricordieux l’exposera à trois mal-êtres : un cœur rempli de tourments, une pauvreté dont il ne peut échapper et une ambition démesurée. » (Ihyâ, IV, 411)

L’imperfection n’est pas dans le monde mais dans celui qui s’abuse…

 

Notre Seigneur nous montre en réalité que les intérêts de ce monde, que l’âme apprécie tant, représentent chacun une épreuve pour nous. Se laisser duper revient à ressembler à un poisson pris par un hameçon ; le poisson voyant le ver au bout de l’hameçon se laisse duper facilement (puisqu’il ne voit que le ver et non l’hameçon qui le retient). Voilà donc le sort de ceux qui ne voient pas le piège et qui ne peuvent s’échapper. Pour réussir à passer les épreuves divines avec succès, sans faire de faux-pas ou perdre la maîtrise de soi, il faut entrevoir les manigances de ce monde et y percevoir « le secret de l’épreuve ». Pour acquérir cette vertu, il ne faut pas se laisser prendre par les attractions attirantes de ce monde que sont la richesse, la luxure ou la renommée, être alerte quant à ces pièges et à chaque instant préférer le salut qu’offre la vie future. Ceci est vraiment une condition primordiale.

 

Le Seigneur nous interpelle ainsi :

 

« Mais, vous préférez plutôt la vie présente, alors que l’au-delà est meilleur et plus durable. » (Al-A’la, 87, 16-17)

« (…) Vous voulez les biens d’ici-bas, tandis qu’Allah veut l’au-delà. Allah est Puissant et Sage. » (Al-Anfal, 8 : 67)

La richesse amassée sur terre ne pourra accompagner son possesseur que jusqu’à la tombe. Ce que l’homme ne peut emporter de la vie jusqu’à sa tombe n’est en apparence que son linceul ; et il n’entrera dans sa tombe qu’avec sa foi et ses actions (bonnes ou mauvaises). En conséquence, il ne faut pas compter sur les richesses inconstantes de ce monde et se laisser abuser par les jouissances passagères.

D’après ce que l’on dit, Zulkarneyn (paix sur lui) prit la possession de toute la terre grâce aux différentes batailles qu’il livra et, juste avant sa mort, il légua le testament suivant :

« Lavez-moi et enveloppez-moi dans mon linceul, ensuite mettez-moi dans un cercueil et sortez seulement mes bras à l’extérieur. Que mes serviteurs me suivent derrière et chargez mes richesses sur des mulets. Peuple ! J’étais au summum de la splendeur de mon règne et je possédais toute la richesse de ce monde, mais voilà, je pars les mains vides en laissant mes serviteurs et ma richesse dans ce monde. Que le peuple voit donc. Qu’il ne se laisse pas aveugler par ce monde éphémère et plein d’illusions. »

Les savants expliquent ce testament de la façon suivante :

« Le monde du début à la fin était entre mes mains. J’ai eu en ma possession un nombre considérable de richesses, mais ces richesses ne sont en aucune manière constantes,  comme vous le voyez, je m’en vais vers la tombe les mains vides ! Ce qui appartient à ce monde reste à ce monde. Vous, occupez-vous des affaires qui vous seront utiles dans l’au-delà ! »

À nous, son peuple, le Prophète d’Allah () nous présente quelques sages recommandations :

« Je vous lègue cinq vertus pour qu’Allah vous aide à atteindre la perfection : Ne collectez pas des choses que vous ne pourrez jamais manger.  Ne construisez aucune habitation dans laquelle vous ne pourrez jamais habiter. Ne vous querellez pas pour des choses que vous allez laisser. Ayez la crainte d’Allah parce que vous allez Le rejoindre et que vous vous rassemblerez en Sa présence. Prenez des dispositions concernant l’endroit où vous allez vous rendre et restez-y éternellement. » (‘Ali al-Muttaqî, Kanzu’l Ummal, hd. n° 1363)

En résumé, lorsque l’homme en expirant réalise qu’il a été dupé, il ne lui sera d’aucune utilité d’accuser le monde. En poursuivant les bienfaits de cette terre et en refusant de la remplir de foi et de vertu, l’homme ne peut que se faire du tort. Gâcher son au-delà pour des ambitions qui ne finissent pas, des amours passagers et des saveurs éphémères, n’est que pure tristesse et amertume. Il faut bien réfléchir au fait que sur terre il n’y a ni moment ni lieu où l’on peut échapper à la mort et, dans la tombe, avoir une occasion de retourner en arrière, enfin il n’y aura aucun refuge pour s’abriter de l’intensité du jour du Jugement dernier.

Seigneur, protège-nous des épreuves de ce monde. Fais de nous des serviteurs pieux remplis de foi, intuitifs et prévoyants ! À Tes serviteurs justes Tu leur as montré le vrai sens de cette vie sur terre et celui de l’au-delà, montre-nous aussi son vrai visage ! Par Ta bienveillance et Tes bienfaits, dirige nos cœurs vers l’au-delà !

Amin !

Osman Nûri Topbaş

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1 Commentaire

  1. Se la fait oublier les jouissances de ce bas monde sa ma vraiment servis

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