L’histoire d’un jardin…

Jan 30, 2013 par

L’histoire d’un jardin…

Il était une fois un jardinier habile, maîtrisant bien son travail. Il décora chaque coin de son jardin avec des fleurs exposant la beauté, le plaisir, l’expertise de sa maison  de palais. Beaucoup de ces fleurs étaient cultivées dans des caboches et des cloisons privées.

Cependant, il n’avait encore rien semé dans cette partie de jardin. Disons qu’il l’avait laissée en friche.

Un jour pourtant, il se dit que « le temps était venu de s’occuper de cette partie du jardin ». Avec soin, il versa de la terre sur cette zone et prépara tout ce qu’il fallait pour effectuer la culture des fleurs et des plantes qu’il avait en tête de réaliser. C’est ainsi qu’il se mit à arroser. L’art et la manière avec lesquels il disposa ses fleurs attirèrent pour ainsi dire la convoitise et la jalousie de ses voisins.

« Cette terre, dirent ces derniers, regorgent de nombreux mélanges de graines. On verra bien demain si elle sera recouverte de végétaux. Les buissons, les épines occuperont le milieu dans peu de temps… »

« Moi, je connais mon travail, répondit le jardinier. Ce jardin sera tellement magnifique que vous contemplerez mon art et finirez par reconnaître mon talent. »

Le jardinier enfonça un plant en terre. Après cela, il se retira du jardin et fit comme celui qui ne s’y intéressait plus. Peu de temps après, le petit plant commença à germer.

Dans le jardin, le petit plant n’était pas seul, il y avait aussi toutes sortes de variétés de plantes, d’herbes, d’épines, de buissons qui commencèrent à s’exposer. Le jardinier,  pour une raison bien déterminée, ne s’ingéra pas dans les herbes séparées. On dirait qu’il était en train d’éprouver le jardin, voir même de se faire un concurrent. C’était comme s’il voulait que les fleurs de sélection se montrassent eux-mêmes et grandissent malgré tout. Il arrivait pourtant par moment qu’il inclinait vers ses sentiments de miséricorde, ayant arraché et jeté le buisson envahissant qui enveloppait le petit plant. En dehors de cela, son seul contact avec la terre était simplement de l’arroser pendant des intervalles bien définis.

Il  demeura dans l’attente de voir comment les fleurs en caboche allaient fleurir, s’attendant à voir apparaître de magnifiques fleurs.

Par la suite, le petit plant grandit et des branches poussèrent à vue d’œil. Avec le temps, quelques épines et quelques ramures poussèrent parallèlement. À un moment donné, les giroflées dans les caboches, les pervenches roses violettes furent confuses.

« Ah quelle ingratitude ! critiquèrent les voisins, ce plant n’a aucune différence avec les herbes et les buissons qui demeurent aux alentours ! »

Mais le jardinier fit comme si de rien n’était, comme si rien de dramatique ne s’était produit. De temps en temps, il nettoyait les foliations et arrosait le jardin ainsi que le plant.

Pendant ce temps, tout comme il l’avait planifié, la chaleur des jours de printemps  commença à poindre. Cette chaleur abondante commença naturellement à atteindre l’ensemble du jardin, resté recouvert de buissons et d’herbes. Quant à notre petit plant, il s’était transformé en arbuste. Sur les branches de cet arbre qui jusqu’à présent n’avait jamais connu que la présence de feuilles et d’épines, des petits bourgeons commencèrent à se manifester. Les paysages dans les caboches s’ouvrirent comme un augure de pierre. Et la tulipe, tout en se balançant, chuchota la venue du printemps dans l’oreille de l’orchidée, ce qui laissa les lys sans voix.

Le jardinier eut également un autre sourire sur son visage. Le moment était venu pour le plant de produire ses fleurs. Désormais, les fleurs dans les caboches étaient   devenues moins jalouses et désormais prêtes à accorder le droit de fleurir à la plus belle et dernière (fleur du plant). Mais la floraison de l’arbre ne devait pas s’avérer aisé, car les premiers bourgeons ne pourraient pas résister longtemps. Le jardinier les élagua conjointement avec leurs branches. Une fois son ouvrage terminé, le jardinier ne pouvait dire ni aux graines des pervenches qui courraient ni aux tulipes qui pleuraient de douleur que le petit plant était en train de solidifier son tronc. Et pour la dernière fois, il décida de porter secours à l’arbre ; c’est ainsi qu’il plaça une baguette à côté de son tronc qui avait du mal à supporter les bourgeons qui se multipliaient et qui devenaient lourds. À chaque fois que l’arbre s’adosserait à  la baquette, il sera ainsi en mesure de transférer toute sa vigueur à ses fleurs.

Puis, en un rien de temps, comme si un ordre leur était parvenu, les boutons floraux auxquels le jardinier donna le nom de « roses » commencèrent à s’ouvrir et sur plusieurs parties de l’arbre, de minces roses fleurissaient. En plein centre et au sommet de l’arbre, telle une couronne, apparut le plus beau et le plus gros des bourgeons. Tout ce jardin fut saturé de cette belle fragrance. L’éclosion de cette belle rose, tout comme le lever du soleil, éclaira le jardin et attira tous les regards sur elle. Sa manière d’être, sa forme, tout ce qui émanait d’elle et surtout l’affection que lui témoignait le jardinier faisaient souffler à l’intérieur du jardin toutes sortes de sensations. Tout le règne animal et minéral environnant n’avait d’yeux que pour elle, en passant par les rossignols éperdus d’amour, aux tulipes rivales, folles de jalousie et dont les cœurs noircis brûlaient de ne pas être à la hauteur de cette rose flamboyante.

Une telle fleur fit son apparition dans le jardin et déjà toutes les fleurs voulaient lui ressembler. Les pervenches s’étalèrent sur son chemin. L’amour du vin que portaient les tulipes se présenta à elle. Le chèvrefeuille, le basilic et la lavande quémandèrent la protection de son merveilleux parfum.

Autour de cette honorable rose, les herbes ne purent résister ; épuisées par la jalousie, elles finirent par se faner. Le jardinier les déposa derrière le jardin et, à la place, il cultiva des fraîches fleurs de campagne : notamment de merveilleuses marguerites qui se regroupèrent autour de la rose.

Toute chose existant dans ce jardin était un miroir où s’étaient exprimé le plaisir, la beauté, la vigueur, l’art du jardinier. Et son œuvre perdurera tant que le jardinier le désirera.

Mustafa Küçükaşcı

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