Le Temps de la Jeunesse

Nov 24, 2015 par

Le Temps de la Jeunesse

 

Allah le Très-Haut a accordé à l’homme d’innombrables bienfaits, à commencer par l’Islam, la foi et le Coran. En tant qu’humbles adorateurs, nous tenons à le prier et à le remercier sincèrement.

Que la Prière et la Paix soient éternellement sur cet adorateur à la personnalité exemplaire, sans égal, qui fut la cause du passage des hommes de l’obscurité de l’incroyance au bonheur éternel de la foi.

Que la Prière et la Paix soient éternellement sur la Fierté de l’Univers, notre plus grand maître, enseignant et guide, Muhammad Mustafa (ﷺ) ainsi que sur sa famille (Ahl al-Bayt) et sur ses Compagnons (as-Sahaba) !

En nous créant d’une façon parfaite, Allah le Très Haut nous a offert un immense bienfait. Il nous a en effet exposé à la vie après la mort, que cette dernière soit source d’un éternel bonheur ou d’une éternelle tristesse. À chaque instant où nous nous rappelons de l’au-delà, sa nature première nous vient à l’esprit : le bonheur infini ou l’absence de tout bienfait, à savoir le plongeon dans l’obscurité totale.

Ainsi, la plus grande mission de l’homme est de concevoir la vie éternelle à travers le Coran et la Sunna, en utilisant sa raison et sa conscience.

Cependant, si la vie d’ici-bas est une préparation pour ce voyage éternel, elle ne se présente pas à l’homme comme un bloc monolithique. Ainsi, parmi les saisons de la vie, celle qui est de loin la plus profitable est la jeunesse, car la jeunesse est la saison de l’effort, de l’énergie, du courage, de l’émotion, de la force de caractère et de la force physique. C’est la raison pour laquelle la jeunesse est la période la plus importante de la vie.

De plus, l’enfance et la jeunesse posent les fondements et délivrent la véritable saveur d’une vie qui durera en moyenne entre soixante-dix et quatre-vingts ans.

Tel le lit d’une rivière, la jeunesse symbolise le point de départ, l’orientation de la vie. C’est la saison qui façonne la personnalité première de l’individu en y semant ses qualités et sa moralité. Or, le fait de se détourner ne serait-ce que d’un centimètre du bien et de la droiture durant cette période pourrait entrainer la chute dans une vallée de perdition à l’âge adulte.

Cette réalité est joliment résumée par un proverbe traditionnel turc :

« C’est en prenant de l’âge que l’arbre se courbe. »

(“Ağaç yaş iken eğilir.”)

Par conséquent, il est de toute importance que les jeunes dépensent leur énergie dans la justice et le bien, qu’ils acquièrent au sujet du sens de la vie un discernement, une clairvoyance et une réflexion fine.

Mawlânâ Rumî évoque cette priorité de la façon suivante :

Ô combien est heureuse la personne qui est consciente du trésor de la vie durant sa jeunesse et paie ainsi sa dette d’adorateur envers Allah.

Ô combien est heureuse la personne qui remplit ses devoirs religieux et sociaux avec justice.

Ô combien est heureuse la personne qui s’acharne à rendre son droit de serviteur quand elle possède encore un corps en parfaite santé et un cœur vigoureux.

Certes, la jeunesse ressemble à un jardin frais et verdoyant, généreux en fruits.

La vieillesse, elle, s’apparente plutôt à la terre aride et misérable.

Aucune plante ne germe d’un champ aride.

D’un autre point de vue, la jeunesse est la période de la vie où l’âme est la plus excitée, où les désirs charnels atteignent leur sommet. Au contraire, des personnes âgées qui sont apaisées quant à leurs passions, les jeunes doivent se battre pour parvenir à vivre sur le droit chemin (siyat-u mustaqim). C’est la raison pour laquelle ils obtiennent un degré bien plus élevé auprès du Vrai. En d’autres termes, ils sont récompensés d’avoir franchi des obstacles tranchants pour finalement atteindre la sagesse. La valeur de la récompense est en quelque sorte proportionnelle à la victoire obtenue sur la force physique.

Cependant, la majorité des jeunes se trouvent dans l’insouciance. ‘Alî (qu’Allah l’agrée), l’un des jeunes les plus précieux et distingué de toute l’histoire de l’humanité, évoque la situation comme suit :

Il y a deux choses qui – avant qu’on ne les perde de vue – ne sont pas appréciées à leur juste valeur : la santé et la jeunesse.

Malheureusement, seulement une minorité d’entre nous arrive à percevoir la véritable valeur des bienfaits se trouvant entre leurs mains. Ainsi, quand les jeunes gâchent leur vitalité dans la grossièreté, l’ignorance et les désirs mondains, les personnes âgées – qui sont dépossédées de cette énergie – comprennent le sens de la vie et regrettent leurs actions passées. Un proverbe turc nous enseigne d’ailleurs :

« Ah ! Si seulement les jeunes pouvaient savoir et si seulement les anciens pouvaient agir ! »

(“Âh keşke gençler bilebilse, ihtiyarlar yapabilse !”)

Les hommes les plus intelligents et les plus heureux sont ceux qui sont parvenus durant leur jeunesse à apprécier leur puissance à sa juste valeur, avec maturité. De nombreux hadiths évoquent ce sujet :

« Allah le Très-Haut aime le jeune qui abandonne les comportements enfantins ainsi que les désirs charnels, qui accourt vers le bien et adopte une maturité noble. »

D’un autre point de vue, le mot « jeune » désigne aussi « trésor » en farsi (jawan). Ainsi, nous pouvons en déduire que la jeunesse est le trésor de la vie. Cependant, selon la compréhension de chacun, cette merveille peut soit constituer une richesse généreuse soit symboliser l’affliction et la catastrophe.

Dans ce cas, nous devons constamment évaluer notre état spirituel et réfléchir sur notre avenir. Du berceau au tombeau, nous devons absolument méditer sur cette terre vallonnée qu’est la vie, remplie de surprises et d’aventures périlleuses. Nous ne devons à aucun moment oublier ce que signifie une vie d’insouciance, à savoir une enfance passée dans les jeux, une adolescence passée dans les désirs charnels, un âge adulte passé dans l’oubli, une vieillesse passée dans la rancœur et la nostalgie.

L’important pour l’avenir des nations n’est pas tant les prodiges et les prédictions que la détention du savoir et des idées. Or, pour discerner la capacité d’une nation à se développer, il suffit d’observer les lieux où la jeunesse dépense son énergie.

Quelle que soit l’époque, la jeunesse qui réussit à acquérir les bonnes manières et le bon enseignement est celle qui choisit de marcher sur le droit chemin (sirat al-mustaqim). Or, le choix qu’effectue la jeunesse reflète l’avenir de toute une nation, tel un miroir. Si la jeunesse dépense son énergie et son attention dans le bien, la spiritualité et la vertu, c’est alors une belle promesse pour l’avenir de la nation tout entière.

L’exemple le plus frappant est celui de Çannakale et de l’armée de défense nationale ottomane dont la force spirituelle prit le dessus sur la force matérielle de l’adversaire[1]. Le monde entier a alors été témoin de cette génération qui parvint à vaincre par la force de sa foi et le contenu de son cœur des ennemis supérieurs matériellement.

En revanche, si les jeunes se perdent dans la grossièreté de leurs passions, ils ne pourront qu’être les partisans de la chute de la nation tout entière. De nos jours, le monde occidental symbolise la satisfaction des envies mondaines à travers le bien-être matériel de millions d’hommes et de femmes. Cependant, ces mêmes personnes ne parviennent pas à panser les blessures profondes de leur âme. La proportion d’hommes et de femmes confrontés à l’épreuve de la prostitution, de l’alcool et de la drogue a atteint un niveau inégalé dans l’histoire de l’humanité. L’extrême misère spirituelle dans laquelle sont plongées ces sociétés en est le principal signe. Quelles que soient les satisfactions matérielles, la pauvreté de l’âme et le peu d’estime donnée à l’homme ne font qu’alerter sur l’état terrifiant d’un monde matérialiste, avant-garde de l’industrie de l’armement. Un monde se dirigeant tout droit vers un terrible résultat, à l’image de ce scorpion qui se pique pour mieux se donner la mort.

Malheureusement, la promotion du mode de vie occidental est un grave danger pour les jeunes musulmans. Leur cœur rempli de foi pourrait être obscurci par une philosophie où le bien-être matériel aliène l’esprit spirituel. C’est la métaphore d’une personne qui essayerait de rendre malade un homme en bonne santé !

Par conséquent, bien qu’elle ait pu être emportée par une tornade de mauvais sentiments, d’idées et d’actions, il est de notre devoir de sauver notre jeunesse. La première chose à faire est d’embrasser à nouveau nos nobles principes, de redécouvrir notre identité religieuse et nationale. En d’autres termes, il nous faut renouer avec le discernement et la clairvoyance et surtout profiter de notre propre histoire et expérience.

En effet, il faut savoir que l’histoire constitue la mémoire des nations, un ensemble d’expériences nationales. Ainsi, là où s’achève la connaissance du passé, la nation prend fin, l’homme se meurt et l’intelligence s’éteint. L’histoire compose la nation et si un peuple s’éloigne de la compréhension spirituelle et de la conscience historique, il se destine à sa propre perte.

Ô jeune homme !

N’oublie pas que tu es le descendant des tentes blanches de la Transoxiane[2], de peuples qui ont abandonné leurs premiers rites païens pour adopter l’honorable foi islamique; que tu hérites la noblesse d’un peuple puissant qui a distribué pendant près d’un millénaire la vérité et la justice, qui a vécu avec la constante préoccupation d’offrir la paix à travers tout son empire[3] !

N’oublie pas que les nouvelles œuvres et les nouvelles générations seront d’autant plus fortes, vivantes et prolifiques qu’elles se seront appropriées leur passé et en seront devenues un membre à part entière. La pérennité des nations n’est possible qu’à la condition que de nouvelles générations altruistes émergent et cultivent dans leur cœur le raffinement, le sentiment et le niveau spirituel de leurs ancêtres.

Des enfants bercés par des épopées telles que Çanakkale ne peuvent qu’acquérir la valeur de la religion, de la langue, de l’histoire, du drapeau, de la patrie, ainsi que toutes les valeurs matérielles et spirituelles qui constituent la nation.

Il est important d’éduquer avec délicatesse et effort le cœur des nouvelles générations afin que les jeunes puissent être imprégnés de la conscience nationale et spirituelle. Le poète Mehmet Akif Ersoy résume sublimement cette responsabilité :

Certes, sans garant, ma contrée se meurt,

Si tu deviens ce gardien, cette partie ne tombera jamais…

(Sahipsiz olan memleketin batması haktır,

Sen sahip olursan bu vatan batmayacaktır…)

De par leur force symbolique, de nombreux exemples historiques nous protègent contre la chute des valeurs nationales et spirituelles : Alp Arslan, qui par la grâce d’Allah a ouvert les portes de l’Anatolie aux musulmans avec la prise de Manzikert[4] ; Kılıç Arslan[5] dont les épiques campagnes militaires dans les plaines anatoliennes ont traversé l’histoire ; Çanakkale, région qui incarne la défense des frontières ottomanes au prix du sang de nos ancêtres. Si de tels exemples ne sont pas supprimés de nos mémoires, alors la conscience nationale ne pourra jamais s’effondrer !

Ô courageux !

Si tu possèdes en toi-même la conscience des grands hommes historiques, des héros du cœur, des dévoués à Allah tels Osman Gazi et ses successeurs,

Si tu possèdes en toi-même la conscience de ceux qui ont été dans l’histoire des exemples de la compréhension de la justice, tel Fatih qui se présenta devant la cour au même rang que ses sujets,

Si tu possèdes en toi-même la conscience de Kanuni Sultan Suleyman, dont la justice s’étendait jusqu’au droit des fourmis de la cour impériale[6],

Si tu possèdes en toi-même le cœur de ceux qui ont transmis la tendresse du Créateur à toutes les créatures, à l’image des maîtres de confréries et de leurs disciples, à l’instar de Rumî, de Yunus Emre, de Hüdayî, de Abdul Qadir al Jilanî, ou de Bahâ’uddin Shâh Naqshband,

Si le Coran retentit dans la poitrine de nos mères et qu’elles donnent naissance à de jeunes courageux au cœur de lion,

Si la vie d’ici-bas n’est à tes yeux plus si importante et que le bonheur de la vie d’après ainsi que la satisfaction d’Allah soient devenus tes plus grands objectifs,

Sache alors que tu es la continuité et le descendant d’une grande communauté !

Toi qui es devenu le successeur d’une civilisation pleine de vertu, qui es devenu le représentant contemporain de la gloire et de l’honneur passés, tu dois maintenant faire fleurir ton esprit de cette conscience et de cette dignité !

Ô jeune au discernement raffiné !

Tu dois apprendre à travers ta propre culture comment passer d’une obscurité sans fin à une vie belle et honorable, qui honore l’homme et l’embellit d’un amour propre.

Tu dois acquérir la maturité et concevoir ta vie comme une dévotion à ta religion, à ta foi, à ta famille et à ta nation.

Tu dois méditer sur la responsabilité de représenter de telles valeurs. À aucun moment tu ne dois oublier que notre Seigneur t’a créé pour un but élevé et qu’Il ne t’a pas placé en vain dans ce bas-monde.

Ô jeune vertueux !

Prends soin d’acquérir une science à la fois exotérique (zatin) et ésotérique (batin). Ainsi tu pourras étudier les sciences qui permettent de devenir un beau serviteur d’Allah tout en apprenant un métier qui te permette de gagner honnêtement et légalement de l’argent (halal).

De nouveau, sache que pour obtenir le bonheur ici-bas et dans l’au-delà, il est impératif de travailler pour Sa satisfaction avec l’intention d’un cœur rempli d’amour et de foi. En effet, la preuve de notre amour pour Allah est notre altruisme (ou sacrifice de soi-même pour Sa cause). Tu dois appliquer tes devoirs religieux et responsabilités sociales avec sacrifice et soin, tout en espérant gagner la satisfaction d’Allah. En parallèle, tu dois rester éloigné de toutes les laideurs qui salissent ton for intérieur et amour-propre.

Tu ne dois pas oublier de placer tes devoirs envers Allah avant toute chose, d’éviter de mettre en péril ton avenir éternel à cause de tes angoisses pour ton avenir ici-bas et de quelques diplômes périssables. Tu dois vivre avec la conscience que de tels diplômes – s’ils amènent à contredire ta foi – ne te seront d’aucune importance lors de ton dernier souffle. N’attends pas ce moment-là pour te rappeler d’Allah le Très-Haut et du véritable bonheur qui se trouve dans sa Grâce.

En effet, la sourate Al-Ikhlâs nous dit : « C’est Toi [Seul] que nous adorons, et c’est Toi [Seul] dont nous implorons secours[7]. » Par conséquent, l’aide divine se fait en proportion de ton aptitude à devenir un bel adorateur.

Ainsi donc, les jeunes qui parviennent à vivre dans cette conscience se tiennent prêts à gouter à la réussite spirituelle. Ils ont évalué de la plus belle des manières la richesse que leur offrait la jeunesse, au point de ne plus commettre de fautes.

 

À aucun moment nous ne devons oublier qu’au Jour du Jugement, il nous sera demandé de rendre des comptes sur la façon dont nous avons dépensé les bienfaits d’Allah, et en particulier lors de notre jeunesse. Allah nous dit dans le Coran :

« Puis, assurément, vous serez interrogés, ce jour-là, sur les délices. »[8]

Sur le même sujet, le Messager d’Allah (ﷺ) nous informe :

« Au jour du Jugement, aucun adorateur ne pourra faire un pas sans rendre des comptes sur le lieu où il a passé sa vie, sur son usage de la science, sur l’origine et les dépenses de ses biens, et sur l’utilisation de son corps. »[9]

Seigneur, permet-nous et facilite-nous une vie prospère, particulièrement à nos jeunes frères et sœurs ; une vie qui nous permette de répondre sereinement aux questions du Jour du Jugement, arborant un visage clair et une conscience apaisée.

Seigneur, protège la jeunesse de la tromperie des voies perverses, celles qui veulent s’emparer de leur force et de leur puissance pour mieux les détourner du droit chemin.

Seigneur, attache leurs cœurs aux mosquées, fait les grandir dans un état d’adoration d’Allah.

Seigneur, offre aux sociétés éduquées par l’âme du Coran et de la Sunna, une jeunesse illuminée par la lumière de la foi…

Amin !

Osman Nuri Topbaş

[1] Par le terme « Çannakale » l’auteur désigne la bataille des Dardanelles qui eut lieu du 25 avril 1915 au 9 janvier 1916 dans l’actuelle Turquie (à l’entrée du détroit des Dardanelles dans la région de Çannakale). L’Empire Ottoman fait alors face à la coalition des forces britanniques, françaises et russes. Selon les historiens, les pertes humaines varient entre 300 000 et 500 000 de part et d’autre. NDT.

[2] Région d’Asie centrale située entre la mer Caspienne et la région du Khorasan (Nord Iran-Afghanistan). C’est la région des tribus turques Oğuz, considérées comme les ancêtres des Turcs Seldjoukides et des Turcs Ottomans. NDT.

[3] Les Seldjoukides et des Ottomans ont dirigé le Califat musulman pendant respectivement 150 (10371194) et 600 ans (12991923). De ce point de vue, l’auteur ne s’exprime ici pas seulement aux jeunes Turcs, mais bien aux jeunes musulmans à travers le monde. NDT.

[4] Alp Arslan (1029-1072) est le troisième Sultan de l’Empire Seldjoukide. Il remporta la bataille de Manzikert (actuelle Malazgirt, près du lac de Van) le 26 août 1071 contre l’armée byzantine. NDT

[5] Sultan Seljoukide de Rum de 1092 à 1107.

[6]  Il est rapporté que des fourmis rongeaient un arbre du palais de Suleyman. Ce dernier demanda donc au Sheikh ul-Islam (la plus grande autorité religieuse de l’empire) s’il était en droit de les empoisonner :

« Lorsque des fourmis entourent des arbres fruitiers,

Est-il péché de s’en débarrasser ? »

(Le Sheikh lui répondit 🙂

« Demain lorsque nous serons présentée devant Al Haqq
De Süleyman, la fourmi demandera son droit. »

« Meyve ağaçlarını sarınca Karınca
Günah varmı Karıncayı Kırınca?

Yarın Hakkın Divanına Varınca
Süleymandan hakkını alır karınca

[7] Sourate Al-Fatiha, 1/ 5.

[8] Sourate At Takthur, 102/ 8.

[9] At-Tirmidhî, Qiyamah, 1/2417.

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