Le monde d’ici-bas et l’au-delà

Nov 30, 2012 par

Le monde d’ici-bas et l’au-delà

Depuis que la vie existe, le problème concernant le rapport de l’homme avec le monde continue de se faire entendre ; les religions et les systèmes de pensée travaillent à améliorer le sort de l’homme face à cette réalité.

L’islam est une conception qui repose sur le fondement de la croyance en Allah et au Jour de la Résurrection et qui instaure la conviction du Jugement au centre de la vie. C’est pourquoi il considère la vie terrestre comme étant la place préparatoire de l’au-delà et est caractérisée par le temporel et l’éphémère.

Dans le Coran, il ressort que le monde d’ici-bas et la vie en son sein ne consistent qu’en jeux et divertissements, formant autant de pièges ornés pour l’humanité et rappelant de ce fait que le but principal doit être par conséquent bâti autour d’un idéal focalisé sur la demeure future. Pour les croyants doués de piété (taqwa ou crainte révérencielle d’Allah), il est indiqué habituellement que la vie dans l’au-delà sera bien plus heureuse.[1]

Il y est révélé également qu’en particulier les faveurs terrestres telles que femme, enfant, or, argent, cheval de race, animal laitier, séduisent l’homme alors que celles-ci ne sont que des profits et plaisirs éphémères relevant de la vie terrestre. Parce que, pour l’homme, la dernière station est celle qui l’emmènera en présence d’Allah[2], autrement dit dans l’au-delà. Ceci étant défini par le Paradis qui est doté d’innombrables grâces, ou bien par l’Enfer dans lequel existe une grande variété de châtiments.

Dans la conception de l’islam, partant de la foi qui s’élève tout droit vers la taqwa, s’envoler vers l’univers de l’éternité à partir d’une vie limitée dans ce monde et se placer dans le chemin de l’au-delà avec pour seule idée de sauver sa vie, c’est s’aviser. Malgré l’immensité de la vie d’ici-bas, son attirance et son charme, elle reste ennuyeuse pour l’homme.

 

Pour reprendre une expression de Mawlânâ (Rumî), le monde d’ici-bas ressemble à un hammam (bain turc) en flamme, très chaud. De la même manière que l’homme ne peut respirer dans le hammam, qu’il peut aussi s’y noyer et son âme rétrécir, le monde d’ici-bas est fait de la même veine. À la vue de sa largeur et de sa longueur, le hammam est une place étendue. Mais à cause de sa chaleur, il tarabuste et amoindrit l’homme. Quand l’homme ne sort pas du hammam, il n’est donc pas à l’aise. Celui-ci ne peut rester insensible à cette particularité, qui fait suffoquer et rétrécir le monde, que lorsque son âme sera amenée à demeurer loin de cette dimension.[3]

 

La vie d’ici-bas est semblable à un rêve. De la même manière que ce qui est perçu lors d’un rêve n’est pas appréhendé dans une dimension réelle pour s’en nourrir de soucis ou pour en jouir, les goûts et les déplaisirs vécus dans ce monde n’ont guère d’importance. Le vrai c’est l’au-delà, l’autre monde. Le sujet exprimant le fait que la vie terrestre soit un rêve n’est qu’une information qui nous est parvenue d’une source lointaine. C’est le Coran, par l’intermédiaire du Prophète (), qui nous a transmis l’information. Nous ne faisons qu’affirmer cela de manière répétitive ; cependant, il y a (et il y a eu) des serviteurs d’Allah, assidus, qui font (et qui ont fait) de cette information une vérité et qui vivent (et qui ont vécu) conformément à cela.[4]

 

Les gens qui s’adonnent avec aberration aux plaisirs et qui se passionnent pour ce monde sont semblables à ceux qui dorment et qui rêvent même dans la journée. Car, pour ceux qui ne comprennent déjà pas que l’existence ombreuse du monde ne consiste pour eux qu’en un jeu d’ombre, ils ne se rendent pas compte qu’ils sont dans le paralogisme de vouloir rajouter une réelle existence au monde. Pourtant, le monde, le sommeil et l’éveil sont presque des rêves dans un rêve. Selon l’expression d’un poète, le statut de la véritable existence que symbolise Allah est formulé en ces termes :

 

Avec Toi je suis au fait de l’existence,

Ce qui existe, ce n’est que Toi mon Seigneur !

 

Le mot « insan » (homme) qui signifie « réchauffement et adaptation » vient de la racine « uns ». C’est pour cette raison que la descendance humaine porte en elle cette particularité de réchauffement et d’adaptation rapides à son milieu. À ce sujet, on peut même affirmer que l’homme est esclave des accoutumances. Les beautés et les difficultés de la vie asservissent tant l’homme que celui-ci se « réchauffe » littéralement au monde et ne veut plus l’abandonner. C’est ainsi que l’être humain, après avoir vécu douillettement dans le ventre de sa mère, ne veut pas facilement le quitter. À cette période prénatale, il ne donne aucune valeur au monde, à sa lumière, à sa lueur, au scintillement, aux aliments ni aux innombrables boissons. À l’intérieur du monde étroit et obscur où il se trouve, il est presque satisfait de son état. Pour lui, l’approvisionnement limité et beaucoup moins satisfaisant n’est pas une chose facile à laisser.

 

Aux yeux des Amis d’Allah, ce monde est un puits étroit et sombre ; et il existe un autre monde accueillant en dehors de celui-là. Les hommes passionnés de faveurs, comme l’enfant habitué à l’obscurité dans le ventre de sa mère, les yeux fermés pareil à un rideau, ne voient pas cette réalité. Ils jouissent de la vie de ce bas monde, remplis de sentiments d’avidité et d’orgueil et sont en fait en train de s’éloigner de la demeure de l’au-delà, reconnue comme étant (la demeure) de la vie réelle. Il y a, à ce sujet, quelques belles expressions formulées par Hz. Azîz Mahmûd Hüdayî :

 

Eh ! Ne te trompe pas par ce monde mensonger,

 

Ce rassemblement se dispersera, l’assemblée ne s’amuse pas,

 

Il n’est qu’une ruine à deux portes,

 

L’invité ne s’y divertit pas,

 

N’y regarde pas l’obscurité, mais à son filet de sécurité,

 

Ne t’affoles pas quant à son jardin, mais plutôt à son lien,

 

Cela ressemble promptement au jouet,

 

Ce qui y est raisonnable ne divertit pas l’homme,

 

Ces chemins conduisent à sa vérité,

 

Passe voir les hautes murailles de son pétrin,

 

Le monde est une prison pour les croyants

 

Ce qui se trouve dans la prison ne les distrait pas facilement,

 

Eh toi, le faible ! Que penses-tu du temps ?

 

Tu comprends, le beau temps du printemps s’arrête-t-il ?

 

Apaise déjà ta charge,

 

Sinon le voyageur s’apprêtera à partir, la caravane ne s’amuse pas,

 

Va, absurde ! Va sur le chemin de Mevlâ (Allah),

 

Quel que cela soit, trouve cela à temps,

 

Un jour, tu te retrouveras au Barzah,

 

Le sultan qui placera le tabernacle ne s’amusera pas,

 

La vie sera achevée, le registre sera fermé,

 

Les serviteurs seront rassemblés par la puissance du Seigneur,

 

Son commandement se tiendra, l’ordre ne se disloquera pas,

 

Hüdayî qui fut ce sage,

 

Et  ‘Omar, ‘Uthman, Abû Bakr et ‘Ali,

 

Il n’y a point de vie sans retour.

 

Une certaine compréhension de l’éternité peut mener l’homme à concevoir le monde d’ici-bas comme éternel. En raison des afflux de la vie, il oublie sa condition éphémère, commence à le considérer ainsi que ses attraits comme sans fin et se nourrit même de l’espoir de faire allégeance avec lui.

 

À propos des précautions que l’on doit prendre concernant le monde et des faits, Abû Bakr (qu’Allah l’agrée) est l’un des modèles les plus importants duquel l’homme peut prendre exemple. Les paroles suivantes, symbolisant sa vision du monde et ses actes, sont très importantes :

 

« Les gens se divisent en deux catégories. La première réclame le monde d’ici-bas, tandis que l’autre réclame l’au-delà. Moi, je ne réclame ni l’un ni l’autre, j’ai choisi de réclamer Allah. Néanmoins, quand une chose liée à ce monde d’ici-bas fait face à une chose liée à l’au-delà, je choisis celle qui est liée à l’au-delà. »

 

Dans cette sentence est résumée, pour le croyant, l’équilibre entre le monde d’ici-bas et l’au-delà parvenu à maturité. La (véritable) direction, c’est vers l’au-delà et (surtout) vers Allah. Là-bas, on y trouve l’amitié et la loyauté. Dans ce monde-ci, point de loyauté ni de bonté, mais uniquement de la souffrance.

 

« Plein de souffrance et sans vrai bonheur », ce monde doit être considéré comme un lieu provisoire et se préparer pour un retour au lieu originel est une nécessité de la foi. C’est pour ce fait que le croyant doit renoncer au monde et opter pour l’au-delà.

 Prof. Dr Hasan Kâmil Yılmaz

[1] Voir Coran, sourate an-Nisa, 4 : 77 ; sourate al-An’am 6 : 32 ; sourate al-A’râf, 7 : 169 ; sourate Yûsuf, 12 : 57, 109.

[2]  Voir Coran, sourate al-Imrân, 3 : 14-15.

[3]  Mathnawî, III, 3544.

[4] Mathnawî, III, 1729.

 

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