Le Droit d’Allah sur Ses Créatures

Fév 10, 2015 par

Le Droit d’Allah sur Ses Créatures

D’après Mou’adh ibn Jabal (ra), le Prophète (saws) a dit:

Le Prophète (saws), qui me portait en croupe sur un âne, me dit : « O Mou’âdh ! Sais-tu quel est le droit d’Allah sur Ses créatures (serviteurs) et quel est le droit des créatures (serviteurs) sur Allah ?» Je dis : « Allah et Son Messager le savent mieux que moi ». Il dit : « Le droit d’Allah sur les créatures (serviteurs) est qu’elles l’adorent sans rien Lui associer; et le droit des créatures (serviteurs) sur Allah est qu’Il ne soumette pas au supplice celui qui ne Lui associe rien. »[1]

Les principes fondamentaux

Ce hadith nous enseigne que les principes fondamentaux de la soumission à Allah résident dans la reconnaissance de Ses bienfaits à travers la foi et le comportement, dans un rappel constant de Sa présence (Tawhid).

L’objectif de la création

L’objectif de la création est la reconnaissance et la soumission (adoration) au divin. Allah le fait savoir directement dans le Coran:  « Je n’ai créé les djinns et les hommes que pour qu’ils M’adorent.”[2] “Ô hommes! Adorez votre Seigneur, qui vous a créés vous et ceux qui vous ont précédés. Ainsi atteindriez-vous à la piété. »[3]

Un appel commun

Depuis Adam (as), tous les prophètes appellent au même message, à savoir le rattachement de notre foi, de nos paroles et de nos actes au principe du Tawhid.

« Nous avons envoyé dans chaque communauté un Messager, [pour leur dire]: « Adorez Allah et écartez-vous du Tagut »[4]. » 

La réalité de l’univers

La réalité de l’univers provient du Tawhid, c’est-à-dire de l’unicité d’Allah, de Sa dissemblance avec toute autre créature et de l’absence d’association. Cependant, l’histoire de l’humanité a souvent été le spectacle de débats et de confrontations entre les amoureux du Tawhid qui s’efforcent de guider les hommes vers la perception du divin et ceux qui associent des égaux à Allah, usant de mauvaises interprétations afin de détourner les hommes du droit chemin (shirk). La lutte entre la guidance et la perdition, le Tawhid et le shirk, réapparaît constamment dans l’histoire de l’Homme. Néanmoins, « l’association à [Allah] est vraiment une injustice énorme »[5]. Aller à l’encontre du principe du Tawhid constitue en effet une offense à l’égard de toute forme d’existence. En effet à l’image de l’univers, seule la foi en l’Unique peut apporter l’harmonie. C’est uniquement à travers une telle foi que le droit à l’égard des autres créatures peut être respecté.

Le droit d’Allah (al-haqq ul-Lah)

Il ne peut y avoir de vraie religion sans le pilier du Tawhid. Néanmoins, avec le temps, cette centralité, ce principe, se perd au détriment de religions déformées, détournant les hommes du droit chemin. C’est la raison pour laquelle le message de l’unicité d’Allah est rappelé aux hommes via les révélations faites aux prophètes. La dernière fois que le Très-Haut rappela la réalité du Tawhid de manière claire et explicite fut lors de la révélation islamique. La sourate 112 du Coran, sourate Al-ikhlâs, trace les contours du Tawhid et détermine son essence. Le hadith rappelé en introduction enseigne lui aussi le Tawhid comme fondement de la soumission au divin, défini comme « le droit d’Allah sur Ses serviteurs ».

Le droit d’Allah renvoie donc à l’aptitude de se soumettre entièrement à Lui. C’est l’état spirituel dans lequel se trouve notre cher Prophète (saws) : « Ne M’associe rien; et purifie Ma Maison pour ceux qui tournent autour, pour qui s’y tiennent debout et pour ceux qui s’y inclinent et se prosternent.”[6]

L’expression « adorer » ou « se soumettre » renvoient à l’évocation profonde d’Allah, à un culte uniquement tourné vers Lui, animé par une foi sincère.

Pour devenir un véritable adorateur – c’est-à-dire quelqu’un qui complète humblement les actes d’adoration – la première étape consiste à être habité par la foi du Tawhid. Toute soumission au divin qui n’expérimenterait pas ce lien d’unicité ne connaîtrait pas la véritable saveur de l’adoration car l’associationnisme (shirk) n’est que perversion, apportant tristesse ici-bas et châtiment dans l’au-delà.

Un engagement essentiel

La définition de l’adoration (‘ibadah) est toujours liée au concept de non-associationnisme, quel que soit le principe premier, le verset ou le hadith. À vrai dire, avant même de s’engager à ne rien associer à Allah, on trouve le principe du Tawhid. À l’origine de cet engagement on trouve la Jahiliyya[7], période durant laquelle les hommes associaient à Allah une multitude d’idoles malgré leur croyance en Lui. Grâce à cet engagement de ne rien associer au Très-Haut, les gens abandonnèrent ces cultes. Ainsi, le fondement de la foi réside dans cette vigilance à ne jamais remplacer Allah par un autre objet d’adoration. En d’autres termes, l’engagement de ne rien associer à Allah constitue à la fois la définition et l’orientation première du Tawhid. L’abandon du shirk, c’est le Tawhid. Lorsque l’on récite la « shahada » – lā ilāha illa Lah[8] – on célèbre le Tawhid. Quelles que soient les raisons ou les circonstances, tant que le shirk n’est pas abandonné, le Tawhid ne peut être contemplé. Tant qu’on ne se purifie pas du shirk, les portes de la soumission au divin restent closes.

Le fait de n’associer aucune chose à Allah est un engagement profond. Par le terme « chose », l’aspirant au divin entend tout concept ou objet relatif au monde matériel et spirituel. Quel que soit le sujet, juridique ou social par exemple, l’adorateur ne nourrit pas la volonté de remplacer l’orientation et la décision d’Allah par d’autres références. Non seulement il refuse de contester, d’entacher ou de changer le principe inviolable du Tawhid, mais il récuse aussi de l’adapter ou de le soumettre à des valeurs et des pensées mondaines. En effet, la religion ne peut se mélanger aux mondanités, d’autant plus dans un monde dénoué de spiritualité, fermé à la religion et diffuseur de nouvelles formes de shirk. L’engagement de n’associer aucune chose à Allah résonne avec d’autant plus de véhémence dans un monde où le Tawhid apparaît sans défense, où les personnes se réclamant de l’Islam avouent leur incapacité devant ce qu’ils appellent un « fait accompli ». Malheureusement, nous nous accoutumons à cette modernité indifférente au retour du shirk et à son installation dans notre environnement quotidien. D’un associationnisme contemporain qui, en dessinant une société totalement insoumise à la sagesse divine, constitue la plus grande injustice perpétrée à l’encontre de la création.

Le droit à l’adoration (al-haqq ul-‘ibād)

Dans le hadith cité en introduction se trouve à la fois la définition du droit d’Allah et celui de Ses créatures ou serviteurs. Cette description revient toujours clairement dans les autres versions du hadith[9]: « Le droit d’Allah sur les créatures (serviteurs) est de croire en Son unicité sans rien Lui associer; et le droit des créatures (serviteurs) sur Allah est qu’Allah ne les soumette pas au supplice».

Évidemment, il est connu qu’Allah le Très-Haut n’est tenu de faire aucune chose. Personne ne « possède » un droit sur Lui. Néanmoins, s’Il a fait cette promesse, s’Il a définit ce droit, Il le réalisera certainement par Sa Grâce et Son Excellence : “Allah, vraiment, ne manque jamais à Sa promesse.”[10]

Le Prophète (saws) nous a annoncé la bonne nouvelle de cette miséricorde, la promesse que toute personne qui évite le shirk et qui est habité par le Tawhid sera protégée de tout supplice. Dans toutes les versions du hadith qui nous sont parvenues, le rapporteur – le grand compagnon Mou’adh ibn Jabal (ra) – voulut transmettre la bonne nouvelle au peuple. Cependant, le Prophète (saws) ne lui en donna pas l’autorisation. Il (saws) craignait en effet que les gens tombent dans une forme de fainéantise et abandonne leurs actions dans le bien ainsi que leur sincérité dans leur soumission à Allah : «Ne la leur annonce pas (la bonne nouvelle) car ils ne compteraient plus sur leurs propres œuvres».[11]

Néanmoins, par peur que la communauté conserve un droit moral sur lui après son départ vers l’au-delà, Mou’adh ibn Jabal (ra) nous transmit ce hadith alors qu’il rendait son dernier soupir.

La réalité d’aujourd’hui

Certains groupes ignorants, ou certaines personnes qui n’ont pas atteint une maturité spirituelle, se permettent de déformer la nature des obligations religieuses sous prétexte d’avoir atteint personnellement les vérités divines (haqiqat). Ils prétendent ainsi que les actes d’adoration ne sont pas obligatoires. Dans leur perversion de la définition du licite (halal) et de l’illicite (haram), ils affirment sans aucune preuve que l’abandon des actes rituels ne représente pas une cause de punition divine ou de perdition.

Pourtant, la vie exemplaire du Prophète (saws) plaide pour l’exact opposé : “et adore ton Seigneur jusqu’à ce que te vienne la certitude (la mort).[12]

Ainsi donc, une personne qui s’affranchit d’actes que le Prophète (saws) respectait scrupuleusement ne peut être reconnue comme membre de sa communauté. Quiconque fuit l’adoration ne peut trouver d’excuse, car sans le Tawhid nulle repentance ; sans adoration, nulle soumission au divin et nul bonheur.

Il se trouve des personnes qui d’un côté mènent une vie totalement contraire à la religion et de l’autre acceptent toutes les autres voies qui se présentent à elles. Certaines ordonnent même aux autres de les suivre. Ce sont ces mêmes personnes qui acceptent les versets de La Mecque mais se soulèvent contre ceux de Médine[13], qui disent « oui » à l’Islam, aux nobles principes sociaux que cette religion véhicule, mais récusent catégoriquement la Shari’a. La dure réalité de nos pays[14] est résumée par l’attitude de ces gens qui importent leur haine dans les mosquées et maudissent la Shari’a à haute voix lors de la prière au défunt (salat ul-janaza). En réponse à cette impasse, les hommes doivent être habités par le Tawhid. En d’autres termes, ils doivent pouvoir accepter le « droit d’Allah » sur eux et vivre en conformité, à l’intérieur des limites citées dans le hadith. Sans quoi les hommes se laisseraient gagner par la triste réalité de ceux qui acceptent la prière (salat) mais refusent l’aumône légale (zakat), de ceux qui invoquent l’impératif de modernisation afin de détourner les cœurs de la guidance.

Il est pourtant possible de donner à la modernité et à l’excellence (c-à-d. la réalité du Tawhid traversant les époques) la juste part qui leur revient, sans pour autant les déstabiliser par des éléments de shirk. À cet égard, la promesse d’accéder au bonheur et d’être protégé contre tout supplice est réservée à celles et ceux qui rendent à Allah Son droit ; non à ceux qui se perdent dans des compréhensions incorrectes et passionnelles, dans des interprétations associationnistes et dans d’autres égarements ombrageux.

Pr. Dr. Ismail Lutfi Çakan

[1] Al-Bukhârî, Tawhid 1, Libas 101, Jihad 46, Isti’dhan 30 ; Muslim, Iman 48-49 ; At-Tirmidhî Iman 18 ; Ibn Maja Zuhd 35 ; Ahmed Ibn Hanbal, II, 309, 525, 535, III, 260-261.

[2] Sourate 51, Ad-Dhâriyât, verset 56.

[3] Sourate 2, Al-Baqara, verset 21.

[4] Sourate 16, An-Nahl, verset 36.

[5] Sourate 31, Luqmân, verset 13.

[6] Sourate 22, Al-Hajj, verset 26.

[7] L’époque dit de « l’ignorance », celle qui précéda la Révélation faite au Prophète (saws) dans la Péninsule arabique.

[8] L’attestation de foi: “il n’y a de dieu que Dieu”.

[9] L’existence de plusieurs versions d’un même hadith s’explique par le fait qu’une parole du Prophète (saws) peut être rapportée par plusieurs Compagnons, suivie d’une chaîne de transmission différente (isnad) au cours de l’histoire.

[10] Sourate 3, Al ‘Imrân, verset 9 ; sourate 13,  Al-Ra’d, verset 31 ; sourate 39, Az-Zumar, verset 20.

[11] Cf. note n.1.

[12] Sourate 15, Al-Hijr, verset 99.

[13] Les versets révélés à La Mecque sont souvent décrits comme purement spirituels, et ceux descendus à Médine comme portant une dimension politique et juridique. Bien que cette vision ne soit pas dépourvue de raccourcis, la période mecquoise recouvre en effet les premières révélations et donc la découverte de la quête du divin alors que la période médinoise renvoie plutôt aux premiers développements de  l’Oumma et de la vie en société.

[14]  c.-à-d. les sociétés majoritairement musulmanes.

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