L’avenir de nos enfants

Nov 17, 2013 par

L’avenir de nos enfants

Ordinairement, nous nous plions à toutes sortes de sacrifices pour que nos enfants bénéficient d’un bon métier. Même si l’expression « monde de deux jours » ne fait pas partie de notre vocabulaire quotidien, nous prêtons attention à toute chose pouvant avoir un effet négatif sur nos enfants afin qu’ils soient satisfaits de nous en tant que parents.

Si l’existence ne se limite pas au monde de deux jours, l’avenir de nos enfants ne se limite pas aussi au monde. Plus clairement nous dirions que le véritable avenir doit se définir comme étant une existence infinie inépuisable. Posons-nous la question : Est-ce avec la même assiduité que nous portons nos réflexions sur l’avenir en l’au-delà de nos enfants qui avant ou après nous ont immigré /immigreront vers le monde éternel ? Nous ne sommes pas sans savoir que nous apporterons d’ici-bas le feu ou le capital du monde outre-tombe. Par conséquent, fournissons-nous assez d’effort pour que nos « enfants – lumières de nos yeux – » aient un bon avenir dans la vie éternelle.

Mon fils est-il au paradis ?

Haritha ibn Suraqa était un jeune homme qui faisait partie des forces pionnières lors de la bataille de Badr. Il était le fils de la tante paternelle d’Anas, le serviteur du Prophète Muhammad (). Il perdit la vue suite à une flèche qu’il avait reçue de l’ennemi alors même qu’il était en train de boire de l’eau provenant d’un puits. Lorsque les vétérans de guerre retournèrent à La Mecque après le combat, sa mère se présenta au Prophète () et lui dit:

−        Ô Messager de Dieu ! Tu sais à quel point j’aime Haritha. S’il est au paradis, je patienterai en attendant la gratification d’Allah. Et s’il n’y est pas, je pleurerais sûrement profondément.

Le Prophète de l’univers répondit ainsi à cette mère soucieuse :

−        Ô Ummu Haritha ! Il n’y a pas qu’un seul paradis, mais plusieurs. Ton fils se trouve au plus haut degré du paradis, le paradis Firdaws (Bukharî, Jihad 14, Maghazi 9).

La mère soucieuse ayant appris que son fils unique avait bénéficié du bonheur éternel oublia toutes ses douleurs.

Une mère ou un père doit sans cesse penser au véritable avenir de son enfant comme le fit Ummu Haritha. Elle ou il doit lui souhaiter le plus haut degré du paradis (Jannat al-âlâ), bien plus que n’importe quelle faculté que l’enfant aimerait obtenir dans ce monde, et à cet effet elle ou il doit faire de son mieux.

Qu’y a-t-il de plus important dans ce monde que la sérénité d’un après-midi qui rafraîchit le cœur ? À côté de ces éternelles beautés intarissables, mais aussi du feu insupportable de l’enfer (que Dieu nous en préserve), quelle valeur le souffle de la brise peut-il avoir ?

Si un homme fait de son mieux pour sauver son bien-aimé du combustible de l’enfer, il lui apporte conséquemment ce qu’il y a de mieux. En d’autres termes, quiconque  s’assure que son enfant vive et meure en tant que bon musulman, il lui prépare déjà le plus éminent avenir.

La plus grande consolation

‘Umar aimait particulièrement son frère Zayd ibn al-Khattâb. Il fut profondément attristé lorsqu’il le perdit à la bataille de Yamama qui eut lieu à l’époque d’Abû Bakr. « À chaque fois qu’un bon vent souffle, disait-il avec tristesse et avec une pointe d’envie, je capte l’odeur de Zayd. Ce dernier a embrassé l’islam avant moi et est mort martyr avant moi. » Vraiment Zayd a été un héros qui, rajouté au fait d’avoir participé aux batailles de Badr, d’Uhud et de Khandaq, a pris part à toutes les batailles que le Prophète lui-même a menées. Il a goûté le nectar du martyr quand les musulmans brandissaient l’étendard à Yamama.

Lorsque ‘Umar devint calife, le célèbre poète Mutammam ibn Nuwayra lui rendit visite. Mutammam et son frère Malik qui était à l’époque chef de la tribu des Benî Yarbû avaient embrassé l’islam au temps du Prophète (), mais comme l’islam n’avait pas bien pris place au fond du cœur de Malik, celui-ci abandonna l’islam lors des mouvements d’apostasie qui eurent lieu durant le califat d’Abû Bakr. Khalid Walid, chargé de consterner les apostats, l’élimina conséquemment. D’aucuns disent que Malik était revenu à l’islam et avait été tué par erreur. Le poète Mutammam dédia un certain nombre de chants funèbres en souvenir de son frère. Ces chants étaient si légendaires que ‘Umar en était ému. Lorsque ce dernier voyait Mutammam en face de lui, la douleur qu’occasionnait le souvenir de son frère se ravivait. Il lui dit un jour :

−        Ô Mutammam ! Si j’avais le talent de réciter de jolis poèmes, moi aussi je déclamerais des chants funèbres en souvenir de mon frère comme toi tu le fais.

−        Si mon frère était parti là où ton frère s’est rendu, répondit Mutammam, je ne m’inquiéterais pas pour lui.

Un sourire de joie éclaira le visage de ‘Umar, puis il dit au poète :

−        Mutammam ! personne ne m’a jamais consolé comme tu l’as fait aujourd’hui !

Le cadeau le plus précieux

Préparer le plus bel avenir pour nos enfants n’est possible que par le biais de l’éducation islamique, car comme l’a dit le Prophète () : « Aucun parent ne pourra offrir à son enfant un cadeau plus précieux qu’une éducation islamique. » (Tirmidhî, Birr 33).

L’ensevelissement d’enfants vivants n’a plus cours de nos jours (c’était une coutume préislamique) ; en revanche, la coutume d’affamer leur âme pour les maintenir dans une sorte de mort qu’ils ne méritent pas se poursuit encore.

Est-ce que les parents qui envoient leurs enfants dans les meilleures écoles pour bénéficier des professions les plus prestigieuses protègent leurs enfants de la vie écrasante et des vents épuisants ? Sur quoi leur ont-ils appris à s’appuyer face aux coups durs du sort et des malheurs qui rendent l’homme vulnérable ? C’est la religion qui donne à l’homme la force de résister aux évènements qui peuvent bouleverser son âme. Savoir que toute chose vient de Dieu et que rien ne se réalise sans Sa volonté, incarner en soi le sentiment de l’omniprésence du Tout-Puissant à tout moment donnent à l’homme la détermination à la foi, à la fougue de la vie et à son propre contrôle.

Les âmes éduquées par l’éducation spirituelle ne flanchent pas face aux évènements qui étouffent l’homme. Être trompé par des gens envers qui l’on a confiance, perdre son emploi, perdre ses proches et rester seul en vie, même si ces situations conduisent à de profondes douleurs, la foi en Dieu et en la vie éternelle donnera la force de résister et de supporter tout cela.

Tout comme la vie ne consiste pas seulement à ce bas monde, les malheurs de toutes sortes que l’homme est à même de rencontrer ici-bas ne sont pas non plus pour lui une finalité. La plus grande pénurie « rendra les enfants comme des vieillards aux cheveux blancs » (sourate al-Muzzammil, 73/17) et fera que nos enfants resteront les mains vides le Jour du Jugement. Notre plus grand souci doit être d’assurer que nos enfants bénéficient d’une place de choix dans la vie éternelle. Parce que les souffrances qui attendent l’homme dans la vie future sont incomparablement plus terribles que celles vécues ici-bas.

Pour cette raison, éduquer chacun de nos enfants en espérant faire de lui un bon musulman/une bonne musulmane doit être notre souci le plus important pour qu’ils soient satisfaits et contents à la fois dans ce monde-ci et dans la perspective de l’au-delà. Priver nos enfants de ce bonheur n’a rien de différent du fait de les conduire en enfer en les saisissant avec nos propres mains. Ne pas éduquer nos enfants dans l’expectative de faire d’eux de bons musulmans est plus malveillant que de les enterrer vivants.

« L’université ambulante »

Le fait qu’il n’y ait pas assez d’écoles apportant une éducation religieuse aux enfants est une raison qui dispense nombre de parents de leur fournir ce type d’éducation. Ceux qui trouvent le moyen de satisfaire leurs enfants en les envoyant dans des écoles réputées sont dans l’obligation de trouver le moyen de faire d’eux de bons musulmans/bonnes musulmanes.

Je vais à présent vous recommander un texte intéressant montrant qu’il ne peut y avoir d’obstacle à l’éducation des enfants. Ce texte a été publié sous forme d’article en 2001 dans la revue « Zafer Dergesi », son auteur est Ümit Şimşek et le titre de l’article s’intitule  « l’université ambulante ». Quand le tsar russe eut occupé la Pologne, son désir fut de laisser les Polonais dans l’ignorance et de les acculturer. On leur avait interdit l’accès à l’enseignement universitaire, surtout les femmes ; tout étudiant ou étudiante surpris avec un manuel scolaire à la main était immédiatement envoyé en Sibérie. Le peuple, quant à lui, cherchait des solutions à cette oppression. C’est ainsi que les étudiants commencèrent à se réunir chaque nuit dans des lieux écartés et non-contrôlés par les autorités russes. Ils se réunissaient dans des maisons différentes et étudiaient sous la supervision de membres du corps enseignant qui délivraient des cours gratuitement. Pendant ce temps-là, des livres ayant pour fonction de faciliter l’auto-apprentissage étaient en préparation ; ceux-ci, une fois prêts, passaient de main et main. En outre, des cours particuliers étaient dispensés dans les maisons. Marie Curie, première femme bénéficiaire du Prix Nobel, les grands compositeurs, les célèbres poètes, les écrivains, les historiens et les scientifiques du pays ont été formés dans cette université ambulante.

En 1939, c’était au tour des Allemands d’occuper la Pologne. Réminiscence du passé, eux-aussi interdirent aux Polonais d’étudier, prétextant : « Il suffit à un Polonais d’apprendre à compter jusqu’à 500, d’écrire son nom et qu’il sache que son obéissance aux Allemands est une recommandation de Dieu. Et cela est suffisant ! » Encore une fois le système d’université ambulante reprit « du service ». Bien que les enseignants saisis en plein cours fussent immédiatement éliminés ou envoyés en camps de travail en 1942, un million et demi d’enfants étudièrent secrètement en dépit des poursuites impitoyables effectuées par les Nazis. Le pape Jean-Paul II fut lui-même éduqué dans une de ces écoles ambulantes.

Que retenir ? Les parents qui aiment vraiment leurs enfants et qui pensent que l’avenir ne se limite pas au monde de deux jours doivent les équiper avec l’amour de Dieu, Son Envoyé et le savoir relatif à la religion. C’est à ce moment-là seulement qu’ils auront accompli leur devoir et préparé l’avenir de leurs enfants.

Prof. Dr. M. Yaşar Kandemir

Articles liés

Tags

Partager

Exprimez-Vous