La Tabaski : ressentir la proximité d’Allah

Jan 21, 2011 par

La religion qui traite de la relation de l’homme avec son Créateur est une discipline qui assure le plus haut niveau de croyance possible. Le Créateur, pour sa part, veut une perception et une conception consciencieuse de cette proximité. La recherche de cette proximité devient par conséquent le sens fondamental de l’aventure de l’homme sur terre.

Le Créateur fait savoir qu’Il est beaucoup plus proche de l’homme que de sa propre veine jugulaire. « Quel que soit le lieu où l’homme se trouve, Il est avec lui ». Est-il dit.
L’intention de ces particularités, c’est d’offrir à l’homme cette faculté de perception afin qu’il puisse fonder une existence et un monde selon cette perspective. Les règles relatives à la religion portent en elles cet objectif d’éducation tout en étendant cette conscience en faveur de l’homme. Avec les prières, le jeûne, le pèlerinage, l’aumône légale (zakat) et le sacrifice accompli durant la Tabaski que nous accomplissons saisonnièrement chaque année…

Il existe une pratique en islam nommée « dhikrullah » signifiant « évoquer Allah ». Toutes les adorations, en tout lieu, sont ordonnées selon un « dhikrullah ». « Dhikrullah », c’est la reconnaissance du Créateur dans chacun de nos comportements, ne jamais L’oublier, c’est développer en nous, à chaque respiration, l’esprit de la puissance inégalée du Créateur.

La « kalima ach-chahada », qui est l’un des cinq piliers de l’islam, insinue la notion d’engagement. Nous savons que nous vivons en présence du Créateur et nous disons pour ce fait : « Ô mon Seigneur ! En ma qualité d’être humain, j’ai cette conscience de Ton existence dans mon esprit. Je me suis lié à Toi. » Ceci étant l’interprétation la plus fondamentale de l’existence sur terre. Le comportement global des musulmans, déterminant ladite adoration, porte un sens et une mission beaucoup plus intérieure que toutes les autres dimensions. Par exemple, le Coran nous révèle ceci : « La viande et le sang des sacrifices ne montent pas vers Allah, seule Lui parviendra la crainte (taqwa) des hommes. » Quant au terme « taqwa », il est désigné comme étant le sentiment de respect envers le Créateur, de crainte à Son égard, mais aussi comme la perte de son propre bien-être.

Le Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui) donne des recommandations relatives à la prière et au jeûne. Il nous révèle qu’une prière accomplie sans profonde spiritualité n’est récompensée que par la fatigue occasionnée par les mouvements (de la prière). Dans la même perspective de qualité, le jeûne ne sera sanctionné que par la sensation de faim. En partant de là, imaginons une personne qui n’a pas pu bénéficier d’un sentiment de purification à son retour de ‘Arafat. Est-ce par conséquent concevable d’être insatisfait d’un tel voyage ?

L’Envoyé d’Allah (paix et salutations d’Allah sur lui) fait un rapport entre l’ascension et la prière. Lorsque nous nous sommes positionnés en vue d’effectuer notre prière, nous avons l’impression de ressentir, puis d’attendre la montée de notre spiritualité vers Allah. La prière est alors en mesure de nous saisir et de nous emmener vers une contrée très proche… et de là-bas, lorsque nous quittons cette contrée, nous ressentons dans notre veine jugulaire le jaillissement du pouls divin.

Vivre la Tabaski de la même manière nous revient comme un devoir.

Le terme « Tabaski » porte le sens de « rapprocher ». Cela signifie que les animaux que nous saisissons et que nous emmenons, soit par le cou ou par la queue, ou parfois agressés à coups de gourdin en dehors de tout lieu d’abattage, constituent la source d’une autre atmosphère spirituelle. On peut alors se poser la question suivante : « Est-ce que c’est l’animal sacrificiel qui tend son cou à l’écoute de la basmala  (Bismillahi rahmani rahim) qui est bienveillant, ou bien est-ce que c’est l’homme qui ne porte pas la moindre parcelle de conscience relative à la raison de l’aiguisement de son couteau ? En recherchant la proximité, ne tomberons-nous pas dans une distance aussi éloignée que celle existante entre l’est et l’ouest ?
Seriez-vous étonnés si l’on affirme que la Tabaski est dhikrullah ? C’est la raison pour laquelle chaque pas doit être fait selon cette perception : « S’Il est avec nous, quel que soit le lieu où nous nous trouvons », il nous revient, en termes de devoir, de percevoir Sa présence.

Les discussions liées aux devoirs que l’islam exige doivent également être menées autour de cette affectivité. Les hommes qui postulent en particulier pour des connaissances attachées aux différents moyens de communication doivent faire preuve d’une sensibilité qui porte sur la signification profonde des actes d’adorations. Au cours de discussions où est débattu le fait de savoir si la Tabaski est obligatoire (fard) ou recommandé (sunna), il est dommage que naissent consécutivement des problèmes d’ordre psychologique pouvant inhiber l’homme de son climat spirituel. Si la « Sunna » est l’ensemble des comportements adoptés par le Messager d’Allah (paix et salutations d’Allah sur lui), exposant, dans une sensibilité spirituelle, « la proximité d’Allah ». Est-ce que le fait de se lancer dans ces groupes (de discussion), qui déclarent que « ces sunnas peuvent ne pas être accomplies », serait un acte de justice envers l’humanité ?  Avec un véritable esprit de réflexion, ne regardons-nous pas de temps en temps la relation homme-religion avec un esprit logique de légalité ? Dans chaque phase de la relation homme-religion, n’est-il pas juste d’établir une relation basée sur le sentiment de « proximité d’Allah » ? Est-ce qu’en réalité l’islam n’est pas présent pour nous amener dans cette direction ? Non loin de ce que l’on nomme fard, wadjib et sunna, souvent même le terme « mustahab », voulant dire « acte religieusement apprécié », ne prend-il pas de grandes significations spirituelles lorsqu’il est associé au désir de « proximité d’Allah » ?

Le Messager d’Allah (paix et salutations d’Allah sur lui) a dit que le sourire est une aumône…

Supposons que demain c’est jour de fête. En conséquence, il y aura des sorties qui seront effectuées par tous les chemins et sous la lumière des sunnas du Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui), un abrasement aux sunnas « salam » dans la perspectives des recommandations du Prophète aux hommes, une sortie qui portera en toute intégrité sur l’amour d’Allah, et, de plus, des sorties qui seront animées de pratiques exclues… laquelle doit être choisie ? Ceux qui croient que la Tabaski est une « sunna », ne peuvent-ils pas faire un tel rajout à cela : « Oui, en effet, c’est une sunna, mais cela a été accompli par le Prophète et, par conséquent, elle doit être établie en fonction de cela » ?
Si nous pouvions, à chaque instant de notre vie, nous « équiper » des sunnas de notre Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui) ! Mais cela est-il réellement applicable ?
Le Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui) a été l’être le plus proche de la porte de l’inspiration divine et a mené son existence terrestre consécutivement à cette inspiration spirituelle. Si nous pouvions lui ressembler… Il était celui qui avait accompli des dizaines de sacrifices lors du Pèlerinage d’Adieu. Ces sacrifices, pris dans un sens affectif, comment peuvent-ils exprimer un sentiment de gratitude et une recherche de la proximité d’Allah ?

Implorons-Le pour que nos sacrifices nous conduisent à Sa proximité.
Accomplir le sacrifice de la Tabaski
L’islam ne ratifie jamais la torture de l’animal apprêté pour la Tabaski et, en aucun sens, il ne le permet pendant les autres moments de la vie quotidienne. Surcharger les animaux, les torturer, les laisser affamés et/ou assoiffés sont des pratiques considérées comme des péchés. Le Prophète (paix et salutations d’Allah sur lui) nous révèle qu’une femme est entrée au paradis parce qu’elle avait offert de l’eau à un chien assoiffé.
En matière d’éthique, de culture et d’adoration en islam, sacrifier un animal lors de la Tabaski n’est pas synonyme de guerre livrée contre l’animal en question. À la place de l’expression « sacrifice de l’animal » autant dire « c’est un animal béni », car il est admiré dans sa qualité et est gardé avec soin. En Anatolie, les femmes posent un voile sur la toison des moutons sacrificiels… les enfants les font paître et les abreuvent. On dirait qu’ils font parti intégrante de la famille.
Dans tout cela, encore une fois, le sacrifice de l’animal est réalisé dans une perspective de vie établie par le Tout-Puissant, Celui qui donne la vie à toute créature.

Si la Tabaski, dans votre perception, est synonyme d’exposition de sang versé, il n’est donc pas difficile de photographier de telles scènes dans les endroits réservés à cet effet. De cette manière, vous changeriez le principe essentiel de la Tabaski en « lac de sang ».

D’une vision à l’autre, existe-il une différence ?

Ce qui révolte l’homme le conduit également à commettre des erreurs. Certes l’erreur est humaine, et l’homme en commet. S’il pouvait réussir à les surmonter…
Cependant, profiter de toutes ces erreurs humaines et vouloir organiser, au nom de la Tabaski, des cérémonies sanguinaires dans l’unique but de photographier n’est pas le signe évident d’une bonne intention…

Dans la vie des hommes existe également une influence déterminante des valeurs de jugement. L’homme se sacrifie bien souvent pour quelques valeurs qui le dépassent. Pendant que dans les familles musulmanes les enfants aussi partagent un climat particulier et, dans ce climat, ces familles considèrent comme un péché le fait de laisser verser le sang pour des raisons injustes. En effet, la Tabaski est intériorisée et conçue à l’instar de la foi accordée à tout autre acte d’adoration.
Oui, l’enfant aime s’amuser avec l’animal consacré à la Tabaski, il prête attention à son bêlement, l’abreuve et le fait paître, il l’admire comme la Tabaski, ses parents inspirent l’enfant sur le fait que l’animal a été choisi dans ce cas pour le paradis… Tout cela est réalisé dans un climat de spiritualité … La Tabaski n’est pas qu’un processus d’égorgement, mais un processus conduisant à la sensation de jouir de la proximité d’Allah. Les souvenirs qui renvoient à l’évolution de l’établissement de la Tabaski (voir les récits relatifs à Hazrat Ibrahim et à Hazrat Ismail) assurent la rencontre de l’esprit qui unit l’animal sacrificiel et la proximité d’Allah.
Dans les pays musulmans, les gens indifférents à la Tabaski, qui ne regardent que le côté extérieur, ne voient que le sang qui coule.
Tous ensemble dans un climat de fraternité islamique
À la veille de ‘Arafat, des millions de musulmans, vêtus de leur linceul blanc, saints de toute idée matérialiste, se réunissent sous la Présence, levant leurs mains et implorant la bénédiction pour toute l’humanité.
Le lendemain, tous les musulmans du monde se chargent de ce devoir spirituel qui consiste à rechercher la proximité du Seigneur dans le climat d’affection particulière propre au « sacrifice de la Tabaski ». Parvenir au terme de ces quatre jours, par la grâce d’Allah, et vivre cette sensibilité affective face à la puissance du Créateur : quelle joie pour tous ces croyants !

Allah le Miséricordieux… la proximité d’Allah…

Durant toute son existence, le musulman est confronté à toutes sortes d’épreuves… chaque acte d’adoration lui fait bénéficier d’un souffle de spiritualité musulmane…

La Tabaski est identique…

Ceci est la perspective de la Tabaski dans le Coran :

« Ni leurs chairs ni leurs sangs n’atteindront Allah, mais ce qui L’atteint de votre part c’est la piété. Ainsi vous les a-t-Il assujettis afin que vous proclamiez la grandeur d’Allah, pour vous avoir mis sur le droit chemin. Et annonce la bonne nouvelle aux bienfaisants. » (Coran, Al-Hajj, 22/37)

Ce verset signifie qu’en dehors de la chair et du sang qui coule, la Tabaski porte une autre particularité : la chair et le sang n’atteindront pas Allah, ce qui L’atteint c’est le sentiment de Sa proximité. Voici ce que révèle au autre verset coranique :

« Le jour où ni les biens, ni les enfants ne seront d’aucune utilité, sauf celui qui vient à Allah avec un cœur sain. » (Coran, Ash-Shu’ara, 26/88,89)

Ce jour est celui des grands comptes. Sous la clarté de la Résurrection, toute chose deviendra pure et le cœur sera définitivement relié à Allah…

Voilà, l’homme tente d’implanter le pilier de ce cœur à travers les Tabaskis, les pèlerinages, les prières, les takbirs qu’il accomplit.
La veille de ‘Arafat, les takbirs de la course commune vers Allah débutent dès la prière de l’aube… « Allahou Akbar, Allahou Akbar, la ilaha ilallah, wallahou Akbar. Allahou Akbar wa lillahil hamd ».

Ces takbirs sont émis à chaque fin de prière obligatoire et ce durant quatre jours. Rassemblés en qualité de croyants, leurs cœurs se purifient dans cette atmosphère spirituelle alimentée de nombreux takbirs : « Mon Seigneur ! Tu es le Plus Grand, le Plus Puissant ! »
Puis les sacrifices de la Tabaski s’accomplissent. La Fête est commémorée. Le bienfait de tout acte accompli par le musulman orne son cœur.
Après ces quatre jours, nous pouvons contempler notre cœur en le prenant dans la paume de la main. Son état est-il assez propre pour parvenir jusqu’à Allah ?

La tabaski est adoration. Elle porte également le sens de la soumission à Allah. Toutes les adorations doivent être accomplies avec une conscience immensément profonde. Le sacrifice de la Tabaski, quant à lui, doit être accompli avec un sentiment de crainte envers Allah, mais aussi avec un sentiment de bienfaisance et d’affection.

Dans la Tabaski, il existe un monde étendu, à perte de vue, dans lequel s’est mélangé l’amour père-fils entre Ibrahim et Ismail, en même temps qu’un sentiment de rapprochement envers Allah. Le sacrifice de la Tabaski doit être accompli en vivant de ce monde très étendu qui est à perte de vue. Ce n’est pas non plus une prise rageuse du couteau, mais amoureuse. Ce n’est pas non plus une pratique « d’entre-égorgement » avec l’animal en question, mais celui-ci doit être considéré comme un cadeau joyeux qui apporte le bonheur. Ainsi, on doit entretenir des sentiments de respect à l’égard de l’animal.

En disant « Bismillahi Allahou Akbar » on doit être comme Ibrahim et nos enfants comme Ismail… et faire l’invocation suivante : « En vérité, mes prières, mes adorations, ma vie, ma mort appartiennent à Allah, le Créateur et le Maître des cieux qui n’a ni conjoint ni de ressemblant sur terre ! »

La Tabaski est en même temps une fête et une période où les joies sont étendues. Elles nécessitent d’être étendues partout sur la surface de la terre…

Puis, dans cet élan, notre cœur comblé de joie, nous contribuons à satisfaire nos parents et nos enfants. Nous avons la nécessité d’apporter cette joie à nos voisins, à nos concitoyens et à tous les musulmans que nous connaissons en partageant avec eux la viande de notre animal sacrifié à l’occasion, en se rendant visite mutuellement, en se serrant les mains, en s’embrassant.

Ahmet Taşgetiren

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