La Prétention d’être le Seul à suivre Le Droit Chemin

Nov 25, 2015 par

La Prétention d’être le Seul à suivre Le Droit Chemin

QUESTION : Quelle est l’importance de l’acte consistant à saluer le Prophète Muhammad[1](ﷺ) dans le sayr-u sulûk[2] ?

RÉPONSE : Selon les soufis, l’acte de saluer le Prophète Muhammad (ﷺ) constitue l’étape clé dans la rencontre avec Allah. En effet, saluer le Prophète (ﷺ) est un signe manifeste d’amour à son égard et une des causes de notre amour pour Allah. La salutation représente la plus grande opportunité de miséricorde divine offerte à l’homme. C’est pourquoi tous ceux qui souhaiteraient atteindre l’apaisement et la paix divine tout en niant la salutation au Prophète (ﷺ) ne pourraient accomplir leur objectif. Les soufis considèrent que le Prophète (ﷺ) est la plus importante « cause » (wasilah) évoquée par Allah dans le verset 35 de la sourate al-Ma’ida (la Table Servie) : « Ô les croyants ! Craignez Allah, cherchez le moyen de vous rapprocher de Lui et luttez pour Sa cause (wasilah). Peut-être serez-vous de ceux qui réussissent ![3] » Il n’existe en effet pas de cause plus importante. De même, Allah le Très-Haut nous indique dans le verset 6 de la sourate al-Azhab (les Coalisés) : « Le Prophète a plus de droit sur les croyants qu’ils n’en ont sur eux-mêmes[4]Toujours conformément aux soufis, le fait d’obéir au Prophète (ﷺ), d’être illuminé par sa lumière, de préférer ses choix et ses préférences, représentent des attitudes essentielles du début jusqu’à la fin de la voie (sulûk). C’est la raison pour laquelle Allah l’Exalté nous ordonne de saluer le Prophète () : « Certes, Allah est Ses Anges prient sur le Prophète;  ô vous qui croyez priez sur lui et adresses [lui] vos salutations[5]. »

Le célèbre exégète soufi Ahmed ibn Ajiba a comparé l’ordre donné aux Anges de se prosterner devant Adam (as) avec l’ordre donné aux croyants de saluer le Prophète (ﷺ). Il en a conclu que l’ordre de saluer le Prophète (ﷺ) était plus honorable et plus élevé que celui de se prosterner devant Adam (as). En effet, l’ordre de se prosterner devant Adam (as) était uniquement destiné aux Anges. De plus, Allah le Très-Haut n’a pas seulement ordonné aux croyants de saluer le Prophète (ﷺ),  mais Il l’a salué en personne. C’est comme si Le Seigneur Lui-même avait voulu montrer l’exemple à Ses adorateurs. Alors qu’Allah nous a interdit toute forme d’adoration en dehors de Son culte exclusif, Il a accordé un privilège à Ses Prophètes. De fait, Allah le Très-Haut a salué le Messager (ﷺ) et nous a prescrit cette salutation comme acte d’adoration. Ainsi, de la même façon que le refus de se prosterner devant Adam (as) a causé au Shaytan son bannissement, l’absence de salutation sur le Prophète (ﷺ) tient le croyant loin de la miséricorde divine.

L’autre point important de la salutation sur le Prophète (Assalât-u assalaam) dans le « sayr-u sulûk » réside dans le fait qu’elle constitue le guide spirituel de l’aspirant (sâlik) dans le cas où ce dernier ne pourrait pas rejoindre un maître spirituel accompli (cheikh-ul kamil). La salutation qui est faite sur le Prophète () fait progresser l’aspirant sur la voie spirituelle jusqu’à devenir un véritable ami d’Allah (gerçek Hakk dostu). Par conséquent, certaines confréries (turuq ; sing. tariqa) au Yémen présentent pour seul wird[6]  la salutation sur le Prophète (ﷺ). Un des bienfaits de la salutation est qu’elle aide l’aspirant à trouver l’équilibre spirituel. En effet, l’aspirant peut parfois être impliqué de façon extrême dans d’autres dhikr et ainsi perdre son équilibre. Dans ce cas, la lumière divine (nuraniyyet) que l’aspirant acquière via le rappel peut lui faire briser la conscience de ses caractéristiques humaines et l’exposer à une excitation et une chaleur intense. Cependant, la salutation sur le Prophète (ﷺ) renforce la spiritualité (ruhaniyet) de l’aspirant tout en contenant sa fébrilité et son émotion. La salutation est semblable à l’eau froide, qui apaise et repose l’aspirant[7].  Selon une interprétation répandue parmi les soufis, l’adorateur qui sera démuni le Jour du Jugement verra ses bonnes actions rendues à leurs vrais propriétaires. Cependant, les salutations qu’il aura adressées au Prophète (ﷺ) compteront comme de bonnes actions et seront inscrites directement sur son compte. De fait, les salutations l’auront personnellement et intimement lié avec le Prophète (ﷺ).

Enfin, comme le rappelle si souvent l’Imam Rabbanî, le niveau spirituel des Compagnons est inatteignable du fait qu’ils aient pu voir le Prophète (ﷺ) au moins une fois dans leur vie. Cependant, bien que l’aspirant n’ait pas l’occasion de voir le Prophète (ﷺ) de ses propres yeux , il peut toujours espérer le voir avec l’œil du cœur grâce aux salutations constantes et sincères qu’il lui consacre.

 

QUESTION : Certains groupes religieux (jama’at) et confréries (turuq) prétendre être les seuls à détenir la vérité ou à suivre le droit chemin. Comment devons-nous considérer cette position?

Le disciple soufi (murid) ou le membre d’un groupe religieux qui loue de façon exagérée sa propre confrérie et qui ne reconnaît aucun groupe en dehors du sien agit de façon sectaire et émet des pensées négatives (sû-i zan) au sujet d’Allah. Or, Allah le Très-Haut condamne ce type de comportement dans le Saint Coran, en prenant notamment pour exemple les fidèles des autres religions. « Et ils ont dit : « Nul n’entrera au Paradis que Juifs ou Chrétiens ». Voilà leurs chimères. – Dis : « Donnez votre preuve, si vous êtes véridiques »[8]. »

Tout musulman qui est sincère dans son adoration envers Allah a les moyens de Le rencontrer et d’atteindre des stations spirituelles élevées. Malheureusement, certains hommes faibles prétendent pouvoir évaluer et juger tel ou tel groupe, n’hésitant pas à employer des termes dégradants et insultants pour désigner les autres groupes et leurs leaders. En vérité, ce sont les personnes qui emploient de telles expressions qui ne peuvent pas bénéficier de la voie spirituelle. En effet, selon Ahmed ibn Ajiba, celui qui se considère supérieur aux autres et relève sans cesse leurs défauts dénote d’un caractère bien inférieur à toutes les fautes qu’il pourrait mentionner. À ce sujet, le verset 12 de la sourate al-Hujurat (les Appartements) ne concerne pas seulement les individus mais aussi les groupes religieux. « Ô vous qui avez cru ! Évitez de trop conjecturer [sur autrui] car une partie des conjectures est péché. Et n’espionnez pas; et ne médisez pas les uns des autres[9]. »  Bien qu’il soit normal que le disciple ou le membre d’un groupe religieux aime particulièrement son leader ou son maître spirituel, il est important de ne pas injurier les autres cheikhs et de ne pas sous-estimer leur niveau spirituel.

Par ailleurs, selon Ahmed ibn Ajiba, l’arrogance religieuse n’est pas l’apanage des soufis. De nombreux fouqaha, spécialistes de l’aspect exotérique de la Chari’ah, ont aussi fauté par orgueil de leur propre savoir et par le rejet des autres savants. Cependant, la science qu’Allah nous offre ne représente que peu de chose (cf. Sourate al-Isra, v.85) et derrière tout homme détenant la science se trouve toujours une personne plus savante (cf. sourate al-Yusuf, v.76).

Au sujet des relations entre groupes religieux, l’Imam al-Haramayn al-Juwayni délivre la sagesse suivante : « Il vaut mieux peupler l’Islam de mille mécréants (kafir) plutôt que de rendre mécréant (kafir) un seul musulman ». De façon similaire, Ahmed ibn Abija déclare qu’il vaut mieux que le Paradis (salah makamı) soit constitué de mille musulmans par incertitude plutôt que de sortir un musulman de ce même Paradis.

C’est la raison pour laquelle le disciple se doit de considérer, respecter et estimer, non seulement les autres confréries, mais tous les musulmans de manière générale. En résumé, les disciples de la voie spirituelle (maneviyat yolcuları) doivent veiller à ne pas louer leur propre confrérie et à ne pas médire celle des autres.

 

QUESTION : Je lis tous les jours le Qur’an et les hadiths.  Je voudrais en outre puiser dans les hadiths et les versets pour me constituer mon propre wird. En abandonnant cette pratique, j’ai peur de commettre un péché. Qu’en pensez-vous ?

Cher lecteur, premièrement je tiens à vous féliciter pour vos efforts. À vrai dire, le plus grand objectif de tout musulman est d’organiser sa vie conformément au Qur’an et à la Sunna. Malheureusement, sans guide ni repère, cette mission peut devenir une très lourde responsabilité, engendrant même dans certains cas une lassitude spirituelle. C’est la raison pour laquelle il est important de consulter des personnes savantes et bien formées dès qu’il s’agit de questions spirituelles. Il n’est pas nécessaire que ce guide soit membre d’une confrérie soufie (tariqa). Cependant, au cours de l’histoire, les turuq ont constitué des institutions spirituelles pérennes dans lesquelles fut enseigné l’enthousiasme de vivre l’Islam. De fait, il est vraiment difficile de pratiquer les actes d’adoration sur le long terme si on ne vit pas la religion avec envie et amour. De plus, sans un savoir profond et maîtrisé du sujet, il peut nous arriver de mal interpréter un hadith ou un verset et donc commettre des erreurs dans sa mise en pratique. De plus, il se peut que le caractère obligatoire d’un hadith ait été retiré au profit d’un autre hadith (mensuh). En fin de compte, tout homme doit se concentrer sur un sujet en particulier. À cet égard, l’adage suivant est fort profitable : Un homme qui creuse cent puits d’un demi-mètre ne découvrira pas d’eau, en revanche celui qui creuse un puits de cent mètres trouvera sûrement de l’eau.

Prof. Dr. Süleyman Derin

[1] Il s’agit de prononcer des formules de paix au Prophète Muhammad (ﷺ), telles que « Assalât-u assalaam » (le salut et la paix), ou « sallallahu aleyhi wa salaam » (que le salut et la paix soient sur lui). NdT.

[2] Terme désignant dans la littérature soufie, la voie spirituelle, le parcours de l’aspirant vers Allah. NdT.

[3] Sourate al-Ma’ida (la Table servie), v. 35.

[4] Sourate al-Ahzab (les Coalisés), v.6.

[5] Sourate al-Ahzab (les Coalisés), v.56.

[6]   Litanie religieuse, rappel du divin (dhikr) spécifique à une tariqa et qui se transmet de maître (cheikh) à disciple. NdT.

[7] Ibn Ajiba, Bahru’l-Medîd, c.6, s.51-52.

[8] Sourate al-Baqara (La Vache) v.111.

[9] Sourate al-Hujurat (les Appartements), v. 12.

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