La fraternité plus que la vie…

Jan 21, 2011 par

La fraternité plus que la vie…

(À Melek  d’Amérique, Halima de Hongrie et à mon frère…)

« Mon frère ! » « Mon frère ! » dis-je, au-delà de mon propre frère de sang…

« Mon frère ! » dis-je,  mais quel degré de respect ai-je accordé à mon frère en religion plus que ma vie…

Combien de fois par jour entendons –nous cette réflexion ?

Mais qui a le plus de droit sur notre comportement quotidien ?

Notre frère de sang, fils de notre mère ?

Notre frère en islam, notre frère en Allah ?

Avec tous les efforts que nous entreprenons  pour nous connaître, nous remarquons qu’il n’y a pas que le lien de sang qui devrait nous unir, mais il y a aussi la marque du lien fraternel. Semblable à la bénédiction propagée par une bonne pluie, nous distribuons cette miséricorde à toutes les créatures d’Allah.

La fraternité, c’est l’héritage du Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui).

La fraternité, c’est ce qui nous reste de lui : une reconnaissance, une bénédiction pour chacun d’entre nous.

Au–delà de la piété filiale et des liens sacrés du sang que nous portons à nos frères et sœurs, nous sommes appelés aussi à entretenir les liens sacrés de la fraternité, car la communauté musulmane ne doit jamais perdre cette bénédiction octroyée par Allah. De ce droit béni nait l’union des frères et sœurs en religion. Ainsi, le premier de  nous tous qui a mis en exergue cette bénédiction fut le prophète Muhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui). En effet, dès l’avènement de sa mission prophétique, notre Prophète a semé dans le cœur de chaque croyant ce sentiment qu’est la fraternité. De son vécu, le Prophète de l’Islam  a revendiqué  et pratiqué le fait d’être frères et sœurs. Ce n’était  pas seulement le partage d’une affection, mais il fallait aussi honorer l’amour de son prochain. Cet acte qui est exprimé uniquement pour Allah perdure depuis maintenant quatorze siècles.

Chaque fois que le musulman récite la sourate al-Fatiha, parvenu au verset « iyyâka na ‘budu », il intercède pour tous les autres fidèles ; ainsi ce croyant ne perd jamais ce lien affectif. Soyons une communauté qui vivifie la fraternité dans chaque Fatiha puisque cette sourate donne à la fraternité tout son sens sacré. Tous les jours, il nous arrive de réciter plus de quarante fois cette parole, par conséquent, nous sommes appelés  à être « sâhibu’l-wafa » (être fidèle) au sens sacré que représente dans chaque cœur la fraternité.

Bien que ses lèvres furent desséchées à cause de la soif et sollicitèrent de l’eau, Hariths (qu’Allah l’agrée) avait préféré proposer l’eau qu’il possédait à son frère en religion plutôt que de se l’approprier. Et, avec un souffle brûlant, il offrit sa vie à Allah. À l’endroit même où il rendit l’âme, il y avait trois corps de martyrs et de l’eau. Ainsi, préférer notre frère en religion plus que nous-mêmes est comparable à une jarre d’eau qui transmettrait la vie au désert si aride.

La fraternité est née et a grandi auprès du Sultan des prophètes : elle est un rappel perpétuel de son noble comportement. Avec ses habits raccommodés, il était si sincère lorsqu’il disait « mon frère »… du fond de son noble cœur, à tous ces pauvres attristés  vivant dans des maisons en ruines ou dans les bas-fonds. Le Prophète (paix et bénédictions d’Allah sur lui) savait comment sécher leurs larmes et réchauffer leurs mains et leurs pieds nus rien qu’en utilisant le feu béni de son affection. Il leur donnait tant de réconfort … Apprenons de lui… Devenons nous aussi un réconfort pour  les plus démunis…

Soyons un port d’attache pour tous ceux qui veulent nous confier leurs peines, comme Ali (qu’Allah l’agrée) lorsqu’il déclara :

« Je n’ai jamais été aussi heureux que pour ces deux actions. J’aime apaiser les peines de mon frère et j’apprécie qu’une personne qui a un problème vienne solliciter mon aide… (‘Ali al­Muttakî, VI, 598 /17049).

Devenons un port, un refuge pendant les jours d’orage.

La fraternité ne se trouve pas dans le don que l’on accorde à autrui, mais elle prend sa source dans un mot réconfortant. C’est dissiper la peine de ton frère avec un sourire modeste…

La fraternité nous interpelle dans tous nos actes : elle est une question consciencieuse sur toutes nos lèvres, quand les bombes sont dans nos mains, quand les feux brûlent. Apprenons à connaitre la valeur des nos actes et vivons pour ne plus ressentir cette absence de fraternité.

La fraternité nous oblige à énoncer les paroles les plus affectueuses comme le feraient les personnes sages et délicates qui filtrent tous leurs mots : c’est ainsi que la joie naît à l’intérieur des cœurs lorsque tu dis « mon frère ».

La fraternité ne se base aucunement sur la critique des erreurs que l’on peut constater chez son prochain, mais elle nous renvoie au contenu de nos propres cœurs. Alors on couvre la honte de son frère. La plupart du temps avec un silence, un silence sans un regard sévère ou un mot blessant. Cette meilleure attitude permet l’installation du lien de confiance entre nous tous.

La fraternité : c’est d’éviter de faire mal au pied de ton frère même si ce dernier est en train de marcher sur le tien.

La fraternité : c’est de considérer sans aucune arrière pensée tous les faits et gestes de ton semblable avec clarté, puis distinguer et reconnaître qu’il y a du bien en lui, et ensuite…

La fraternité ne fait pas de toi un miroir grossissant et enflammant des erreurs de ton frère, mais tu deviens un conseiller en lui assurant que ses erreurs l’encouragent à adopter un meilleur comportement. La plupart du temps, les mots sont comparables à des flèches acérées qui touchent à l’intégrité d’autrui et le rabaissent. Le frère ne doit pas insulter son frère, mais parfois on est dépassé par notre langue qui, transformée en serpent, mord en s’en prenant à son honneur ; elle pique ses lèvres, son sang coule, il avale le poison amer des paroles désobligeantes en l’essuyant avec un rire. On a oublié de vivre comme des enfants, émerveillés comme s’ils tenaient des ballons dans les mains ; ils vivent ainsi entre le monde des songes et celui de l’allégresse. Le croyant est soucieux de son prochain, il est empreint du goût du partage. La fraternité dans l’assujettissement et le service est distincte, elle nous transmet  l’humilité.

La fraternité : c’est de pouvoir cligner de l’œil aux étoiles sous le ciel…

Sans se connaître, c’est le lien du cœur. C’est de s’aimer sans se connaître.

La fraternité : c’est l’absence de paroles enflammées, on traverse des déserts brûlants et on franchit des océans.

En réalité, la fraternité est une route imprégnée de sens. Dans ce voyage, le croyant doit être un compagnon modeste. À l’instar de Moïse (sur lui la paix) qui entreprit un long périple en terre inconnue, comme Yousha ibn Nun qui dut se sacrifier pour cet inconnu. Ressemblant  aux premiers voyageurs de l’immigration sacrée qui, malgré le manque de nourriture, n’ont pas  hésité à partager ne serait-ce que la moindre portion de leurs repas.

Jusqu’à ce que nos cheveux blancs apparaissent, lorsqu’on s’installera tout doucement dans les bras de l’immortalité, nous devons cheminer ensemble pour parvenir au bonheur infini, pour accéder à la reconnaissance d’Allah dans chaque coin de notre vie. La fraternité est bien plus que mon frère de sang. Mère, père, mon autre amour … la fraternité est bien plus que la vie !…

Le Messager d’Allah  (paix et bénédictions d’Allah sur lui) nous a recommandé ceci :

« Dans l’au-delà, la fraternité sera tout autre ! Quand tout le monde sera paniqué, quand l’enfant appellera ses parents à l’aide, les uns et les autres s’enfuiront de tous les côtés. À cet instant là, tous ceux qui se seront aimés en Allah se diront avec bonté « je sens que je suis en train de brûler, ne t’enflamme pas toi aussi !…

Et Allah montrera Son paradis à tous ceux qui ont sacrifié leur vie à cause de Son Amour.

Je dis mon frère, plus que mon frère de sang.

Je dis « mon frère » plus loin que je puisse me connaître…

Je dis mon frère, et je perçois une autre vie ; je deviens un autre moi…

Ayşegül Zobi

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