L’obéissance au Prophète ( ) par amour et déférence

Jan 21, 2011 par

L’obéissance au Prophète ( ) par amour et déférence

Pour que la religion puisse être vécue avec amour, affection, sérénité et saveur, il est indispensable que le Coran et la Sunna soient présents à chaque étape de la vie. Concernant une telle approche de l’esprit, l’élément le plus important consiste à ce que le cœur soit orné « d’amour », car cet amour amène avec lui la foi et le sacrifice. Cet amour dont il est question ne peut se construire que grâce au courant spirituel qui se situe entre les cœurs.

Anas ibn Malik, l’un des Compagnons du Prophète ( ), raconte :

Un homme vint au Prophète ( )  et lui demanda :

« Ô Messager d’Allah ! Quand est-ce qu’aura lieu le Jour du Jugement dernier ? »

Le Prophète ( )  répondit :

« Qu’as-tu préparé pour ce Jour ? »

L’homme répliqua :

« L’amour d’Allah et de Son Messager. »

Le Prophète ( ) lui dit alors :

« Si c’est ainsi, tu seras en compagnie de l’objet de ton amour. »

Anas continue de commenter ainsi ce récit :

« Outre la foi musulmane, il n’y a rien d’autre qui puisse faire autant plaisir que cette parole de l’Envoyé d’Allah ( ) : « Il est certain que tu seras en compagnie de l’objet de ton amour. » Voilà, moi aussi, j’aime Allah, Son Messager, Abû Bakr et aussi ‘Umar ; et même si je n’ai jamais pu agir comme eux ont agi, je garde néanmoins l’espoir de demeurer parmi eux. » (Muslim, Birr, 163)

Nous pouvons connaître notre Prophète ( ) selon la mesure de l’amour que nous lui portons. Un sentiment de similarité est vécu entre l’amour lui-même et l’objet aimé. Ce hadith : « L’homme est en compagnie de l’objet de son amour  » (Bukharî, Adab, 96) exprime l’unité des cœurs. Autrement dit, celui qui aime essaie de ressembler à l’objet aimé selon le degré de son amour envers lui en commencant à s’en inspirer. La plus importante spiritualité que nous devons bénéficier également du Prophète ( ), c’est de pouvoir intérioriser son amour au plus profond de nous.

Avec le regard affectionné d’Abû Bakr

Lorsqu’on parvient à un niveau très élevé en matière d’amour, la véritable amitié se définit par conséquent. Au regard de toute l’humanité, c’est Abû Bakr qui incarne le summum de cette véritable amitié puisqu’il était uni de cœur avec le Prophète ( ) et avait sacrifié sa vie, ses biens et tout ce qu’il possédait pour lui. Les sacrifices qu’Abû Bakr effectua ont été pour lui le plus grand honneur qu’il pouvait exprimer envers le Prophète ( ). Ainsi, en raison de l’horizon de cet amour si singulier, il déclara ceci :

« Trois choses m’ont été accordées dans ce monde :

–  Contempler le visage du Prophète

–  Ma fille devenir son épouse

–  Mettre mes biens à son service. »

En d’autres termes, le fait qu’Abû Bakr ait donné tout ce qu’il possédait à Allah et à Son Messager ( ) a permis à sa foi de rayonner. De plus, cette relation avec le Prophète ( ) était si intense que même après sa mort il faisait vivre au fond de lui son souvenir et œuvrait de la même manière que de son vivant. Tel cet exemple relaté par Abû Hurayra :

Un jour, Abû Bakr monta sur le minbar :

« Comme vous le savez, le Messager d’Allah ( ) se tenait l’année dernière à cette même place où je me tiens présentement » dit-il alors que des larmes coulaient de ses yeux.  Puis il voulut répéter les mêmes paroles, mais sa gorge fut nouée (par l’émotion). Lorsqu’il voulut les répéter une troisième fois, il ne put se contenir et se mit à pleurer. (Voir. Tirmidhî, Deavât, 105)

Tous les cœurs sages qui connaissaient le lien intime qui unissait le Prophète ( ) et Abû Bakr tentaient à chaque occasion de bénéficier de lui ; grâce aux souvenirs attachés à notre Prophète ( ), ils essayaient d’apaiser leur nostalgie.

Al-Bara Ibn Âzib, un des Compagnons, évoque de la manière suivante le désir qu’avait son père d’écouter un souvenir relatif précis au Prophète ( ) :

Abû Bakr acheta une selle à mon père et me sollicita pour que je l’emmenasse jusque chez lui quand soudain mon père s’exclama : « Non ! Pas avant que tu évoques la façon dont vous avez émigré de La Mecque à Médine alors que les idolâtres étaient à vos trousses. » (Voir Bukharî, Ashâbu’n Nabî, 2, Ahmad, I, 2)

De même, ces paroles d’Abû Bakr expriment de la plus belle façon le lien intime qui l’unissait au Prophète ( ) :

« Aimer le Messager d’Allah est plus important que de saisir l’épée dans la voie d’Allah. » (Bağdadî, Târihu Bağdad, VII, 161)

Maints exemples similaires ont été aperçus à Badr, Uhud et Khandaq.

Un amour sans réserve

Les Compagnons avaient un tel amour pour le Prophète ( ) qu’ils se sentaient redevables à vie, aussi offrirent-­ils tous leurs biens dans la voie d’Allah et de Son Messager. À titre d’exemple parmi les plus évocateurs, citons ce fameux jour d’Uhud où l’armée de l’islam connut une grande débâcle. En effet, un groupe de polythéistes, profitant de l’inattention des musulmans, prirent pour cible le Messager d’Allah ( ) et passèrent à l’offensive. Une partie des croyants parmi les Ansars et les Muhajjirouns encerclèrent le Prophète ( ) afin de le protéger ; d’un commun accord, et en son nom, ils s’entendirent pour mourir comme des martyrs, disant :

« Que notre visage soit un bouclier devant ton visage et que notre corps soit sacrifié pour toi ! Que le salut d’Allah soit sur toi à chaque instant ! Jamais nous ne nous séparerons de toi ! »

Avec la force qui leur restait, ils combattirent jusqu’à leur dernier souffle. (Ibn Sa’d, II, 46 ; Al-Waqidî, I, 240)

Abû Talha était un excellent archer qui tirait particulièrement vite. Lors de la bataille d’Uhud, alors que le combat était intense, deux-trois flèches néanmoins se brisèrent dans sa main. Le Messager d’Allah ( ) s’adressa à tous ceux qui possédaient encore des flèches dans leur carquois :

« Déposez vos flèches auprès d’Abû Talha ! »

À ce moment donné, quand le Prophète ( ) voulut se retourner pour examiner la situation de l’ennemi, Abû Talha dit :

« Que ma mère et mon père te soient sacrifiés ô Messager d’Allah ! Ne lève pas la tête ! Peut-être que l’une des flèches provenant de l’ennemi pourrait t’atteindre. Que mon corps soit le bouclier de ton corps. Que tout ce qui peut t’atteindre puisse m’atteindre aussi ! » (Bukharî, Mağazî, 18)

Sa’d ibn Abî Waqqas, alors qu’il était à côté du Prophète de l’univers ( ) et qu’il faisait pleuvoir ses flèches sur l’ennemi, face à son esprit de sacrifice, se vit entendre de la part du Prophète ( ) :

« Ô Sa’d, n’hésite pas à lancer tes flèches ! » Que ma mère et mon père te soient sacrifiés ! »  Avec une certaine envie, Hazrat ‘Ali dit à propos de ce grand compliment :

« Moi je n’ai jamais entendu le Prophète dire « que ma mère et mon père te soient sacrifiés » excepté à Sa’d. » (Tirmidhî, Adab 61, Manâkib 26 ; Ahmed, I, 92)

Une fois la bataille de Uhud achevée, le Prophète ( ) s’enquit de la situation de Sa’d, car de tout ses Compagnons, il ressentait pour lui bien une affection particulière. De fait, il envoya l’un de ces derniers sur le champ de bataille afin de le quérir. Le Compagnon, malgré les recherches effectuées, ne put retrouver Sa’d. Cependant, alors qu’il fût sur le point de s’en aller, en guise de dernier espoir, il se mit à crier :

« Eh Sa’d ! C’est le Messager d’Allah qui m’envoie. Il m’a ordonné de lui rapporter si tu es vivant ou bien mort en martyr ! »

À ce moment, Sa’d, qui vivait ses derniers instants et qui n’avait plus la force de répondre, ayant ouï que le Messager d’Allah ( ) s’inquiétait de son sort, rassembla toutes ses forces et dit : « Je suis ici, parmi les morts ! »

Le Compagnon (qui avait été envoyé par le Prophète) se précipita près de Sa’d et trouva son corps transpercé de coups d’épée. Il put néanmoins recueillir ses dernières paroles sous forme de gémissements :

« Allah m’est témoin ! Tant que vos yeux ne bougent pas, si vous ne protégez pas le Messager d’Allah de ses ennemis et s’il lui arrivait quoi que ce soit, vous n’aurez aucune excuse devant Allah ! » (Muwatta, Djihâd, 41 ; Hâkim, III, 221/4906 ; Ibn Hishâm, III, 47)

Il convient de noter que les attaques perpétrées à l’encontre du Sultan des prophètes de son vivant se poursuivent aujourd’hui de façon différente, couvrant des formes variées telles que l’insulte la plus abjecte et/ou la langue emplie de venin. À l’époque du Prophète ( ), les Compagnons furent pour lui un bouclier, au risque de leur vie. De nos jours, cela signifie pour nous montrer de l’attention et de la sensibilité à l’égard de l’héritage du Prophète ( ). Ladite attention est une exigence que nous assumons en tant que communauté de Muhammad ( ).

N’oublions pas que les prophètes ne laissent aucun héritage matériel ; celui qu’a légué le Prophète ( ) à sa communauté, c’est sa personnalité, son identité et sa piété. Son plus grand trésor est le Coran et la Sunna. Par conséquent, il est nécessaire que nous prenions garde à ce trésor et à cet héritage, que nous fortifiions notre foi par sa moralité et que nous soyons ses dignes représentants en tout temps et en tout lieu. Il ne faut pas oublier également que cette attitude représente pour nous un test de foi.

Dans son esprit, le Messager d’Allah ( ) se joint pour ainsi dire aux soucis de sa communauté jusqu’au Jour du Jugement. Tout au long de son existence, il lutta pour sauver l’humanité jusqu’à sa mort ; jusqu’à son dernier souffle, il invoqua son Seigneur en faveur de sa communauté et il n’y eut jamais de conscience aussi substantielle que la sienne.

En effet, il accordait inlassablement un amour et une attention inégalés à l’égard de ses Compagnons. Il était leur confident, et, dès l’aube, il se trouvait toujours auprès des personnes nécessiteuses. Ainsi, avec l’aide d’Allah, il éduqua une communauté de croyants qui l’aima en retour.

Le message provenant de son être empli de grâce est : « Il est celui qui solutionne le problème et qui dispense son amour à l’ensemble de la communauté. »

Les Compagnons qui ont évolué dans un tel climat d’amour disaient à notre Prophète ( ) : « Que ma mère et mon père te soient sacrifiés ô Messager d’Allah ! » Ils sacrifièrent en effet leur vie pour lui ; c’était pour eux comme quelque chose de savoureux. Parmi de nombreux exemples, nous pouvons citer celui vécu lors de l’évènement de Radji :

Le Messager d’Allah ( ) avait envoyé des enseignants auprès de tribus proches (de Médine) afin de leur apprendre l’islam. Les tribus d’Adal et de Kare furent parmi celles qui sollicitèrent l’octroi de maîtres enseignants. Un groupe de dix enseignants leur fut donc envoyé. En chemin, ils furent pris dans une embuscade, huit d’entre eux tombèrent martyrs et les deux survivants furent capturés. Les tribus qui capturèrent ces deux Compagnons, à savoir Zayd et Khubayb, les remirent entre les mains des polythéistes de La Mecque afin de les tuer. De ce fait, avant de les exécuter, un polythéiste demanda à Zayd :

« Voudrais-tu échanger ta place avec Muhammad pour garder la vie sauve ? »

Zayd regarda Abû Sufyân avec compassion (l’homme qui lui avait posé la question) et lui répondit :

« Non ! De plus, je préfère en échange renoncer à vivre heureux avec ma famille plutôt que de savoir que son pied puisse être blessé ne serait-ce que par une épine ! »

Abû Sufyân fut stupéfait par cette incomparable preuve d’amour. Il déclara :

« Je suis vraiment surpris ! Jamais, de par le monde, je n’ai rencontré de gens qui aiment autant Muhammad que ses Compagnons. » (Wakidî, I, 360 ; Ibn Sa’d, II, 56)

Bon nombre de non-musulmans qui ont analysé et examiné avec honnêteté la vie du Prophète ( ) n’ont jamais réussi à cacher leur admiration à son égard. Ainsi, Thomas Carlyle affirma cette vérité comme suit :

« Aucun empereur qui avait pourtant une couronne posée sur la tête n’a jamais été autant respecté et considéré que Muhammad qui raccommodait lui-même son vêtement. »

En effet, connaître notre Prophète ( ) dans le vrai sens du terme et bénéficier de sa personne consiste à lui témoigner du respect et de l’amour. Pour cette raison, aucune sorte d’affection particulière ne doit habiter le cœur du croyant à l’exception de celle exprimée envers Allah et Son Messager ( ). Ni biens ni avoir, ni enfants ni amour de la vie… car tout cela va rester ici-bas ; quant à l’amour d’Allah et de Son Messager ( ), il demeure infini et représente le trésor du bonheur éternel.

Si vous aimez Allah…

Hasan Al-Basrî rapporte : Les Compagnons demandèrent au Prophète ( ) :

« Ô Messager d’Allah ! Nous aimons tant Allah le Tout-Puissant. Pourrais-tu nous dire ce que cet amour implique ? »

Sur ce, Allah le Tout-Puissant révéla le verset suivant : Dis : « Si vous aimez vraiment Allah, suivez-moi, Allah vous aimera alors et vous pardonnera vos péchés. Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (Coran, Al-Imran, 3/31) (Voir. Tabarî, Djamiu’l Bayân, nr. 6845, 6846)

C’est-à-dire que celui qui aime Allah doit aussi aimer (et suivre) le Prophète ( ). Aimer le Prophète ( ), c’est aimer Allah. Lui obéir, c’est obéir à Allah, et se révolter contre lui, c’est se révolter contre Allah.

Afin de se conformer au Messager d’Allah ( )  et de le suivre, Hazrat Alaeddîn Konevî posa les conditions suivantes à ses disciples :

  1. Dire « salât-u salâm » lorsqu’un des noms sacrés du Prophète ( ) est prononcé.
  2. Ne pas parler à voix haute lorsqu’on visite sa tombe et garder un bon comportement.
  3. Faire montre de respect envers Médine car c’est la ville du Messager d’Allah ( ) et y apporter son offrande.
  4. Éviter de comparer toute parole et toute œuvre (sacrées) avec des choses qui peuvent minimiser son nom et sa renommée. Par exemple, quand on affirme que le Messager d’Allah ( ) aimait telle ou telle chose, il faut que dans notre cœur nous ayons le désir d’aimer cette chose comme l’éveil d’une beauté ou d’une joie.
  5. Ne pas poser sur le Coran ou sur des recueils de hadiths d’autres livres ou objets quelconques.
  6. Ne pas déchirer ou jeter un morceau de papier sur lequel le nom d’Allah ou de Son Messager ( ) y serait inscrit. Manifester beaucoup de respect envers tous les livres religieux. Dans le cas où ces livres ne sont pas utilisés, les dissimuler ou les enterrer afin que nul ne puisse les fouler aux pieds ou les brûler.

Salawât ash-Sharîfa

L’amant ou l’amoureux imite constamment son bien-aimé selon le degré d’amour qu’il éprouve à son égard, il le gardera dans son cœur et le mentionnera sans arrêt. La plus grande richesse inhérente à cette relation, en l’occurrence s’agissant du Prophète ( ), est le fait de se souvenir de lui. En revanche, désavouer ce fait serait l’une des raisons de l’échec moral. C’est pourquoi le Prophète ( ) a dit :

« Si je me souviens d’une personne et que celle-ci ne m’apporte aucune sérénité profonde, elle n’est pas de moi et je ne suis pas d’elle. Ô mon Seigneur ! Fais que ceux qui veulent continuer à se joindre à moi puissent (préalablement) poursuivre Ton intérêt. Que ceux qui coupent tout lien avec moi puissent avoir également tout lien coupé avec Toi. » (Daylamî, Al-Firdaws, III, 634)

Le Prophète ( ) a dit aussi (dans d’autres hadiths) :

« L’avare est celui qui ne m’adresse pas ses salutations (salât-u-salam) quand on se remémore de moi en sa présence. » (Tirmidhî, Daawat, 100)

« Celui qui oublie de m’adresser ses salutations (salât-u-salam) sera désorienté sur le chemin menant au paradis. » (Ibn Mâja, Ikâmat, 25)

C’est pourquoi exprimer la salawât ash-sharîfa est quelque chose de particulièrement important. De plus, en accomplissant la prière et en formulant la tahiyyât, il nous a été prescrit de saluer le Messager d’Allah ( ). S’il arrivait de saluer n’importe quel individu pendant l’accomplissement de la prière, cela l’annulerait immédiatement ; cependant, Allah le Tout-Puissant a établi que le fait de saluer Son Messager ( ) pendant l’accomplissement de la prière soit une condition requise.

L’Imam Al-Ghazalî a dit :

« (Lorsque tu dis à Allah) : « Inscrit dans nos cœurs le visage et la grandeur de notre Prophète alors que nous sommes en train de prier », sois assuré qu’Il te fusionnera avec lui et t’apportera encore de belles réponses. » (Ihyâ` ‘Ulûm AdDîn, I, 224)

Hâlid al-Baghdâdî a rapporté ce qui suit de la part de Shihâb ibn Hajar al-Makkî :

« La partie tahiyyât récitée lors de l’accomplissement de la prière est une allocution faite au Prophète ( ), semblable à un signe qu’Allah le Tout-Puissant adresse aux croyants pour qu’ils puissent l’en informer. De cette façon, le Prophète ( ) se trouve présent à côté de ceux qui accomplissent la prière, et le Jour du Jugement dernier, il sera témoin en leur faveur. De plus, se rappeler de cela est un instrument qui permet l’élargissement du cœur qui possède néanmoins ses propres limites. »[1]

 AU CŒUR DE L’AMOUR DU PROPHÈTE ( )

 La délicatesse ottomane

Pendant plus de six siècles, nos ancêtres les Ottomans protégèrent avec amour et respect le Coran et la Sunna sous leur bannière, montrant à leur égard un attachement profond et présentant à la face du monde le visage souriant du Coran. De fait, ils reçurent l’honneur de dispenser le droit et la justice et, en outre, toute la sensibilité qu’ils manifestèrent envers le Prophète ( ) fut plus élevée que l’extraordinaire civilisation qu’ils avaient établie.

À l’emplacement du tombeau de notre Prophète ( ), la première mosquée fut édifiée par Memlük Sultânı Kayıtbay, celle dont tous les amoureux du Prophète ( ) espèrent de tout temps visiter. L’entretien des parties endommagées ainsi que la construction du dôme vert remontent au sultan ottoman Mahmut II. Celui-ci, au moment où il fallut changer le dôme, envoya d’Istanbul les meilleurs architectes et artisans. Ces derniers, avant d’entamer les travaux nécessaires, se mirent à réfléchir profondément, car il fallait monter sur le dôme existant et enlever les briques qui s’y trouvaient. Afin de ne pas déranger l’esprit de notre Prophète ( ) et d’agir en toute circonspection, ils prirent la décision suivante

« Au cours des travaux que nous allons présentement entamer, nous ne parlerons pas de choses qui concernent le monde d’ici-bas. Par exemple, lorsque nous demanderons une brique, nous dirons « Allah », de l’eau, nous dirons « Bismillah » et pour un marteau nous dirons « Lâ ilâha illâllah ! »

Ainsi, le dôme vert fut bâti dans cet esprit de foi, de respect et de soulagement. En outre, les travailleurs qui ont pris part à la rénovation de la Masjid an-Nabawî (la Mosquée du Prophète) avaient leurs ablutions rituelles lorsqu’ils levaient chaque pierre et prononcer la basmala[2] lorsqu’ils la posaient. Qui plus est, quand il fallait planter un clou et ne pas faire de bruit, ils installèrent des protections spéciales.

À la fin du 18ème siècle, les souvenirs de « Tayyibatu’l Azkar » de Derviş Ahmed Peşkârîzâde ainsi que les principes suivis lors de Rawza al-Mutahhara ont été relatés avec respect et modestie :

« Après l’accomplissement de la prière de la nuit, les croyants, afin d’effectuer les principes attachés à Rawza[3], prennent des lanternes, marchent dans chaque coin du Haram al-Sharîf, parviennent au Bab as-Salâm et ferment la porte. Quand ils aperçoivent quelqu’un, ils disent «  Bismillah » et lui font signe de sortir. En effet, les mots d’ici-bas ne peuvent être manifestes à l’intérieur du Haram al-Shârif. De même, toutes les fois où il y a quelqu’un à l’intérieur de Hujra al-Sharîf, ils s’adressent à lui en disant : « Lâ ilâha illâllah ».

Trois heures avant le lever du soleil, le responsable des muezzins annonce une seule fois devant la porte : « Lâ ilâha illâllah ». Les gardiens qui sont à l’intérieur entendent ceci et répondent : « Muhammad-u Rasûlullah » et ouvrent la porte. »

Il ne fait aucun doute que nous devons emprunter de nos ancêtres cette délicatesse et cette politesse singulières. Parmi celles-ci, il y a le fait d’aller rendre visite au Prophète ( ) lors d’un Hajj (grand pèlerinage) ou d’une Omra (petit pèlerinage). Là-bas, il ne faut pas prononcer un seul mot appartenant à ce monde d’ici-bas, mais délaisser les paroles vides de sens afin de purifier la langue et le cœur, demeurer retenu et discret en récitant la salawât ash-sharîfa et poser son visage près de celui du Messager d’Allah ( ).

Il y a quelques temps, Ziyâeddin, un des sages de Médine, disaient à tous ceux qui venaient dans ces lieux sacrés :

« Tous ceux qui viennent ici doivent pénétrer dans Rawza en marchant sur la pointe des pieds, et de la pointe des pieds ils doivent retourner chez eux et à leur repos. »

Autrement dit, ils doivent préserver la sérénité de leur foi au milieu de l’agitation de ce bas monde et de garder à l’esprit cette dimension dans quelque lieu où ils se trouvent.

Voici un autre exemple qui exprime le respect et la déférence que l’on manifestait au Prophète ( ) pendant l’époque ottomane:

Le sultan Abdulhamid Han II avait fait construire un chemin de fer qui ralliait Istanbul à Médine. La particularité était que toutes les gares avaient été installées dans les lieux où le Prophète ( ) s’était lui-même arrêté. De plus, afin de ne pas perturber le repos du Prophète ( ), la gare de Médine avait été construite à deux kilomètres de Rawza et tous les chemins qui se trouvaient à Médine avait été couverts de feutre pour qu’il n’y ait aucun bruit au passage des wagons.

Les divers services qu’ont rendus les Ottomans dans ces Sanctuaires Sacrés (La Mecque et Médine) ont été mis en vers par le poète Nabi :

« Abstiens-toi d’abandonner toute délicatesse car c’est la voie du bien-aimé Prophète ! … »

Nos ancêtres qui par leurs actions exceptionnelles visant à mettre en évidence l’amour et le respect envers le Prophète ( ) ont accompli tant de belles choses qui ont rappelé l’esprit du Prophète et qui demeurent encore aujourd’hui des coutumes.

En vertu de cet amour exprimé à l’égard du Messager d’Allah ( ) et devant cette disposition à préserver l’émoi suscité par la foi portée à son zénith, il était de coutume que trois livres soient lus aux fidèles dans les mosquées par des personnes ayant reçu l’autorisation préalable. À ces trois livres furent donnés les titres de « Sharîf » : Bukharî –i Sharîf, Shifa-i Sharîf et Mathnawî-i Sharîf.

Les Ottomans, qui avaient un respect et une déférence extraordinaires pour le Coran, ont fait de ces « dépôts spirituels légués par le Prophète ( ) » un trône dont le but était d’en faire un exemple unique d’affection. Quand ils partaient en guerre au nom d’Allah, on leur octroyait le nom de « Mehmetcik », ce qui leur donnait la possibilité d’expérimenter dans leurs actions «  l’idéal de Muhammad ».

De plus, les Ottomans célébraient avec grande ferveur les jours de fêtes religieuses. Un poil de barbe appartenant au Prophète, une datte provenant de Médine ou bien de l’eau de Zamzam provenant de La Mecque suscitaient constamment chez eux le souvenir du Prophète ( ). Particulièrement lors des commémorations célébrées à l’occasion de sa naissance, toute la communauté se levait tel un seul homme et le saluait comme s’il était venu en personne…

C’est une leçon qu’il faut assurément retenir des Ottomans. Il est très intéressant de noter que dans les grandes mosquées, les Ottomans ont pris soin de choisir des non-voyants parmi leurs muezzins. Effectivement, il y a quelques temps encore, cette tradition était préservée dans des mosquées telles que Suleymaniye ou Fatih (à Istanbul). On croyait à ce propos que cela n’était que circonstanciel et nul n’y prêtait vraiment attention, mais nous savons à présent que les bases de cette particularité proviennent directement de la Période du Bonheur (Asr al-Saâda), car à côté de Bilal al-Habashî, le muezzin de la Mosquée du Prophète (Masjîd an­Nabawî), il y avait un autre muezzin dont le nom était Abdullah ibn UmmMaktum[4].

Ainsi donc, nos ancêtres, dans le dessein de préserver la sainte mémoire du Messager d’Allah ( ),  avaient laissé, il y a peu de temps encore, des muezzins officier en permanence dans les mosquées, ceci portant la marque évidente d’une infinie délicatesse.

Sans aucun doute, tout cela, cette délicatesse et cette sensibilité, ne s’est jamais vu ailleurs hormis chez les Ottomans. C’est une exception morale qu’ils ont poursuivi avec splendeur pendant dix siècles.

Veuille Allah nous permettre de posséder les finesses de cœur de nos ancêtres ! Que la contigüité de notre cœur avec le Prophète ( ) soit éternelle ! Que sa Sunna soit dans notre vie ! Qu’Il nous pardonne et use de miséricorde envers nous à cause du respect que nous témoignons à l’égard de Son Bien-aimé ( )… Amin !

Osman Nûri Topbaş Efendi

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  [1] Mektûbât-ı Mevlânâ Hâlid, s. 118; Risâletü’r-Râbıta, (Mevlânâ Safiyyüddîn, Reşahat hâmişinde) s. 225-226.

2 La basmalaBismillah ar-Rahman ar-Rahim]est une expression en langue arabe qui veut dire “au nom d’Allah, le Très-Miséricordieux, le Tout-Miséricordieux” et que l’on utilise avant de lire les sourates du Coran, mais que l’on utilise aussi avant de commencer toute action.

[3] Rawza Mubarak : c­’est- à-dire la tombe bénie du Prophète ( ).

[4] Abd-Allah ibn Umm-Maktum est l´un des Compagnons du Prophète Muhammad ( ). Il est l’un des premiers convertis à l’Islam au sujet duquel la sourate « Abasa » fut révélée. Le Prophète ( ) eut par la suite une très haute considération pour ce personnage et plusieurs fois, celui-ci dirigea la prière lorsque le Prophète ( ) fut en expédition. Malgré le fait qu’il fut aveugle, il participa à des batailles. Il mourut lors de la bataille d’Al-Qadisiya en étant fermement attaché à l’étendard musulman.

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