Introduction à la Civilisation Musulmane (V)

Fév 24, 2017 par

Introduction à la Civilisation Musulmane (V)

Pr. Mustayeen Ahmed Khan

 [Mustayeen Ahmed Khan est né à Delhi (Inde). Il a commencé ses études à Karachi (Pakistan), puis au Government College de Lahore, où il a obtenu le Master of Science en chimie en 1970. Plus tard, il a obtenu le grade de Doctorat de Spécialité Troisième Cycle, suivi du Doctorat d’État ès Sciences Physiques de l’Université Louis Pasteur à Strasbourg (France).

Il a commencé sa carrière professionnelle à la Pakistan State Oil Company à Karachi et a ensuite enseigné la chimie dans diverses universités algériennes. À partir de 1990, il a été maître de conférences à la Faculté de Pharmacie de l’Université d’Angers (France). Il est aujourd’hui à la retraite.

En plus de ses travaux en chimie, il est l’auteur de six ouvrages et d’une vingtaine d’articles consacrés à l’histoire et la théologie.]

*****

XIème siècle : première moitié

  Début de la confrontation entre les Ghaznavides et les Seldjoukides. Les Seldjoukides, dynastie musulmane du XIème et XIIIème siècle descendant du chef de tribu Seldjouk, étaient originellement des Turcomans d’Asie Centrale.

1000-1024.  Le Sultan Mahmûd Ghaznavide (m.1030) conquiert Peshawar, continue l’invasion de l’Inde, remporte une victoire sur une coalition d’Hindous et met à sac leur ville sainte de Mathura (Muttra), ainsi que la ville de Somnath avec son temple renommé.

1015-1152.  Règne de la dynastie Hammadide au Maghreb Central (Algérie actuelle).

  1. L’armée Ghaznavide est vaincue par les Seldjoukides.

 1030-1050.  L’est puis l’ouest de la Perse sont conquis par les Seldjoukides, qui remportent également des victoires en Syrie et en Asie Mineure.

Les Acteurs

 Théologie et jurisprudence

 Le traditionniste Al-Hakîm An-Nishapurî (m.1014) qui dans son livre Mustadrak (Connaissance) a apporté des corrections au Çahîh de l’Imâm Al-Bukhârî.

  • Le théologien Shaykh Al-Mufîd (m.1023) dont l’œuvre principale Kitâb al-Irshâd (Livre des Directives) retrace l’histoire des douze Imâms des Shiites Duodécimains (Imâmiya).
  • Le grammairien et théologien de l’école asharite, Abû Mançûr Ibn Tahir ‘Abd Al-Qahhâr Al-Baghdâdî (m.1037) dont les œuvres principales sont Kitâb Uçûl ad-Dîn (Livre des Fondements de la Religion) et Farq bayn al-Firâq (Différence entre les Sectes). Avec ses travaux sur la théorie des nombres, il fut également un arithméticien de grande renommée. Dans son chef d’œuvre At-Takmilâ fi Hisâb (Le Parfait en Arithmétique), il montre que 945 est le plus petit nombre abondant impair – un résultat que l’on attribue au mathématicien Claude Gaspar Bachet (m.1638) ![1]
  • Le politicien, jurisconsulte et faqîh (juriste de la loi islamique) shafi’ite ‘Alî Ibn Muhammad Abû Al-Hasan Al-Mawardî de Baçra (m.1058). son travail de renommée mondiale Akhâm as-Sultâniyya (Les Décrets Royaux) a été traduit dans plusieurs langues ; il est également l’auteur du fameux kitâb Adâb Dîn wa Dunyâ (Bonnes Manières dans le Monde Spirituel et Matériel).
  • Le théologien soufi renommé Abû Al-Hasan Al-Qazwînî (m.1050), qui était un des hommes de Baghdâd les plus vénérés de son temps.
  • Le philosophe mutazilite, juriste et théologien ‘Abd Al-Jabbâr Ibn Ahmad Hamdânî. On le surnomme également Qâdî al-Qudâ (Le Juge des Juges) pour son irréprochable intégrité.

Science et technologie

 Le mathématicien Abû Sa’îd Ahmad Ibn Muhammad As-Sijzî (du Séistan, Sijistân) en Iran (m.1020), qui a travaillé sur les problèmes de sections coniques et sur la trisection d’un angle. Il a observé qu’un corps lourd ne tombe pas sur la terre selon une ligne perpendiculaire, ce qui lui a permis de tirer la conclusion des deux mouvements de la matière : linéaire et circulaire. Ainsi, il est le précurseur de la théorie de la rotation de la terre ! Ses travaux sont mentionnés par son collègue contemporain et ami, Al-Birûnî.

  • Le grand mathématicien de la famille Banû ‘Irâq, Abû Nasr Mançûr Ibn ‘Alî Ibn ‘Irâq (m.1036). il fut disciple d’Abû Al-Wafâ’ Al-Buzajânî et maître d’Al-Birûnî.
  • Le mathématicien, astronome, physicien, géographe, historien et médecin Abû Rayhân Muhammad Ibn Ahmad alias Al-Birûnî, latinisé en Aliboron (m.1048/1050). Originaire de Khiva dans le Khwarezm, il est allé en Inde avec le Sultan Mahmûd Ghaznavide, a appris le sanscrit et a traduit les sciences indiennes en arabe et persan. Il a laissé une excellente description historique de l’Inde dans son livre Târîkh al-Hind (Histoire de l’Inde). Il a réalisé de nouvelles tables trigonométriques et a dédié son œuvre mathématique, Qânûn al-Mas’ûdî, au Sultan Mas’ûd de Ghazna. Grand expérimentateur, il a déterminé de manière très précise les masses volumiques de 18 pierres précieuses et métaux sans l’aide d’instruments de précision et a construit une maquette mobile représentant les mouvements des corps célestes. Enfin et surtout, cinq siècles avant Copernic, il a conçu la théorie selon laquelle la Terre tourne sur son axe tout en tournant autour du soleil ; cependant, sa découverte est passée inaperçue ![2]
  • Le mathématicien, contemporain d’Al-Birûnî, Abû Al-Jûd Muhammad Ibn Al-Layth connu pour ses travaux sur les intersections coniques.
  • Un des plus grands mathématiciens musulmans Abû Bakr Muhammad Ibn Husayn Al-karajî (de la ville de Karaj). Il est aussi connu sous le nom d’Al-Kharkî (de Karakh, une banlieue de Baghdâd). Il est mort en 1019 ou 1029. Son travail principal porte sur les fractions arithmétiques et en continuant les travaux de Diophante et d’Abû Kâmil, il a présenté une nouvelle algèbre combinée à la géométrie, où, à côté des formes habituelles de l’équation du second degré, il a traité de certaines équations du degré 2n. Son œuvre montre comment le sens de la rigueur peut s’allier, dans le maniement des nombres irrationnels, à des formes plus souples que celles de l’algèbre géométrique d’origine grecque. C’est lui qui a établi la règle d’addition des puissances. Ses ouvrages de renommée mondiale sont Kitâb al-Kâfî fi al-Hisâb (Le Livre Suffisant pour le Calcul), Badî’ fi al-Hisâb (Le Calcul Admirable), Al-Fakhrî fi al-Jabar wa al-Muqâbala (L’Honorifique dans l’Algèbre) – livre dédié au Vizir Fakhr Al-Mulk – et Kitâb ‘Ilâl Hisâb al-Jabar wa al-Muqâbala (Livre des Causes du Calcul Algébrique). Le livre Liber Abbaci de Léonard Fibonacci de Pise, datant de 1202, doit beaucoup, directement ou indirectement, aux travaux d’Al-Karajî.[3]
  • Le mathématicien Abû Al-Hasan Khushyar Ibn Labbân Al-Jîlî (m.1029), originaire de la région de Jîlân au sud de la Mer Caspienne, dont les travaux les plus importants concernent l’arithmétique indienne et le calcul sexagésimal. Il a continué les travaux d’Abû Al-Wafâ’Al-Buzajânî. Son œuvre principal est Az-Zîj al-Jâmi’ wa al-Bâligh (Les Tables Compréhensibles et Mûres).
  • Abû Al-Qâsim Asbagh Ibn As-Samh de Grenade (m.1035), auteur de Hisâb al-Mu’âmalât (Arithmétique Commerciale) et Hisâb al-Hawa’î (Calcul Mental).
  • Abû Al-Hasan ‘Alî Ibn Abî Rijâl, latinisé en Abenragel ou Alboacen, de Cordoue qui s’est installé par la suite à Tunis où il est mort vers 1040. Son œuvre connue est Bari fi Ahkâm an-Nujûm (Livre sur les Constellations).
  • Les mathématiciens et astronomes andalous : Maslama Ibn Ahmad Al-Majrîtî, de Madrid (Majrît)[4] (m.1007) ; Abû Al-Qâsim Ahmad Ibn ‘Abd-Allah, connu sous le nom d’Ibn Saffar, de Cordoue (m.1035) ; et Abû hakam ‘Umar Ibn ‘Abd Ar-Rahmân Al-Karmânî (de Carmona). Ce dernier, né à Cordoue et décédé à Saragosse, est également un physicien ; c’est lui et son maître, Maslama Ibn Ahmad, qui ont introduit les œuvres des Ikhwân aç-Çafâ’ en Espagne.
  • L’astronome Abû Al-Hasan ‘Alî Ibn ‘Abd Ar-Rahmân Ibn Yûnus Al-Miçrî (m.1009) qui était attaché à l’observatoire de Dâr al-Hikma au Caire. Son ouvrage célèbre Zîj al-Kabîr Al-Hâkimî (Tables Astronomiques) est dédié au Calife Fatimide Al-Hâkim. On dit que sept jours avant sa mort, alors qu’il était en bonne santé, Ibn Yûnus a prédit correctement sa mort !
  • Le mathématicien, physicien, médecin et philosophe Abû ‘Alî Hasan Ibn Al-Haytham, latinisé en Alhazen (m.1039/41). C’est l’un des plus grands expérimentateurs du monde : son œuvre Kitâb al-Manâzir (Le Livre d’Optique) est la base de l’optique moderne et fut la principale source de Kepler pour son travail sur l’optique au XVIIème siècle. Dans son livre, traduit en latin en 1270 sous le titre Opticae thesaurus Alhazeni libri vii, il y décrit les théories de la réfraction, de la réflexion, de la vision binoculaire, de la focalisation par des lentilles, ainsi que les théories sur l’arc-en-ciel, sur les miroirs sphériques et paraboliques, les aberrations sphériques, la réfraction atmosphérique et sur l’apparent grandissement des corps célestes au voisinage de l’horizon terrestre. Il a révolutionné la physiologie de la vision. Avant lui, Ptolémée et Euclide pensaient qu’un objet était visible lorsque des rayons émanant des yeux tombaient dans l’objet. Alhazen montra la fausseté de cette affirmation et prouva même le contraire, i.e. que ce sont les rayons qui vont de l’objet jusqu’à l’œil et que c’est lorsqu’ils atteignent la rétine que l’objet devient visible. Il est le premier à avoir utilisé la chambre noire lors d’expériences. Ses découvertes furent également de grande importance en astronomie : il a découvert que tous les corps célestes, dont les étoiles, émettaient leur propre lumière, sauf la lune qui recevait cette luminosité du soleil. En mathématique, il est connu pour son Problème d’Alhazen, dans lequel il a résolu une équation du quatrième degré grâce à une hyperbole. Cependant cette méthode de résolution de problèmes utilisant les congruences s’appelle maintenant le théorème de Wilson[5], du nom du mathématicien anglais du XVIIIème siècle, John Wilson. Jusqu’au XIXème siècle, tous les savants occidentaux dépendaient du travail d’Ibn Al-Haytham. Il est indéniablement considéré comme le père de l’optique moderne.
  • Le chimiste Abû Al-Hâkim Muhammad Ibn ‘Abd Al-Mâlik Al-Khwarizmî, qui a écrit en 1034 un célèbre traité de chimie et d’alchimie ‘Ayn aç-Çanâ’a wa ‘Awn aç-Çunnâ’ (Essence de l’Art et de l’Aide eux Travailleurs).
  • L’iraquien Masawiyah Al-mardinî (m.1015) qui était le médecin de cour du Calife Al-Hâkim en Égypte. Il a écrit une pharmacopée en 12 tomes, connue sous le nom d’Antidotarium sive Grabadin en Europe où elle est restée le livre de référence en pharmacie pendant des siècles.
  • Le médecin Ibn Al-Jazzar de Qayrawân, latinisé en Algizar (m.1009).
  • Abû Al-Faraj ‘Abd Allâh Ibn At-Tayyib, latinisé en Benattibus (m.1043), chef de l’hôpital Adudide à Baghdâd, fondé par le Sultan Adud Ad-Dawla. Il a rédigé plusieurs commentaires et traités originaux en médecine.
  • Le grand savant persan Abû ‘Alî Husayn Ibn ‘Abdullâh Ibn Sînâ, latinisé en Avicenne (m.1037). c’est un des hommes les plus remarquables de l’Histoire par l’étendue de ses connaissances et l’activité de son esprit. En philosophie, ses travaux Shifa’ (Guérison) et Ishârât wa Tanbîhât (Directions et Remarques) ont laissé une profonde impression sur le monde musulman et sur le monde occidental. Shifâ’, encyclopédie des sciences philosophiques, est divisée en quatre parties : logique, physique, mathématique et métaphysique. En littérature et en philosophie son ouvrage Hayy Ibn Yaqzân (Vivant Fils du Vigilant) a influencé les intellectuels d’Afghanistan, d’Iran, d’Asie Centrale et de tout le monde arabe. Cent ans plus tard, Ibn Tufayl, en Occident, écrivit un livre sous le même titre. Ibn Sînâ a écrit d’innombrables livres sur des sujets aussi variés que l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie, la physique, la zoologie, la botanique et la musique ! En physique, il a fait des recherches sur l’énergie interne d’une substance opposée à son énergie externe, sur la divisibilité indéfinie de la matière, sur les relations entre la lumière et la chaleur, sur la propagation des rayons lumineux et leurs actions sur des substances translucides et sur la propagation de la chaleur, sa production lors d’un mouvement ou par concentration de rayons lumineux dans un miroir concave. Il est considéré comme le père de la géologie. Ses théories sur la formation des montagnes et sur la croûte terrestre sont quasiment identiques à celles enseignées aujourd’hui. Sans son Kitâb al-Aqsâm al-Ulûm al-‘Aqliyya (Livre de la Division des Sciences Rationnelles), il donne une classification analytique des sciences connues à son époque. Cependant, sa renommée n’est pas due à tout cela !… Le monde l’a couronné sous le titre de Prince de la Médecine. Il a écrit une encyclopédie médicale en cinq volumes, Al-Qânûn fî at-Tibb (Le Canon de la Médecine). Son livre a été enseigné jusqu’au XVIIIème siècle dans tous les instituts médicaux européens, et même jusqu’au milieu du XXème siècle dans le monde musulman. À l’Université de Francfort-sur-l’Oder, le programme des enseignements médicaux resta exclusivement basé sur les travaux d’Ibn Sînâ et d’Ar-Râzî (Rhazes) jusqu’au XVIIème siècle ; à l’Université de Montpellier, « Le Canon » a été commenté jusque dans les années 1850. En Europe, « Le Canon » fut surnommé la Bible de la Médecine, et on dit qu’aucun livre médical ne fut autant lu. Il fut traduit en latin par Gérard de Crémone au XIIème siècle. Une version latine de cet ouvrage fut imprimée à Strasbourg en 1473. Rappelons que l’impression selon le procédé de Gutenberg ne débuta qu’en 1450. Beaucoup d’historiens et de savants reconnaissent que le monde n’a jamais connu de scientifique comme Ibn Sînâ, maître dans une si grande variété de domaines.
  • Le chirurgien-oculiste Abû Al-Qâsim ‘Ammâr Ibn ‘Alî de Mossoul, en Iraq, latinisé en Canamusali. Travaillant au Caire sous le règne du Calife Al-Hâkim (996-1020), il a écrit son fameux Kitâb al-Muntakhab fi ‘Ilaj Amrâd al-‘Ayn (Livre des Maladies de l’œil et de leurs Remèdes) dans lequel il donne des détails de différentes opérations. Il a inventé l’aiguille creuse et se trouve être le premier chirurgien à utiliser la succion pour les opérations de la cataracte.
  • L’oculiste iraquien ‘Alî Ibn ‘Îsâ, latinisé en Jésus Haly (m.1030), auteur d’un important traité d’ophtalmologie en trois tomes Tadhkirat al-Kahhâlîn (Mémorandum des Oculistes). Le premier tome est consacré à l’anatomie et la physiologie de l’œil ; le deuxième aux maladies de l’œil visibles de l’extérieur ; et le troisième aux maladies internes. Il faudra attendre le XVIIIème siècle pour trouver de meilleurs travaux dans ce domaine en Europe. Cette supériorité donna lieu à de nombreuses copies et imitations pendant tout cet intervalle.

Lettres et culture

  Le philosophe, philologue, historien, alchimiste et physicien Abû ‘Alî Ibn Miskawayh (m.1030). son chef d’œuvre sur l’éthique Tahdhîb al-Akhlâq (Sur la Culture et le Caractère) est aujourd’hui encore populaire en Orient ; on en dénombre pas moins de 120 éditions !

  • Abû Al-Hasan ‘Alî Ibn Hilâl Ibn Al-Bawwâb (m.1022/31), le fameux calligraphe de Baghdâd qui a inventé les écritures cursives rayhâni et muhaqqiq, et amélioré les styles calligraphiques naskhî et tawqî, inventés un siècle plus tôt par Ibn Muqlah. Étant un hâfiz al-Qur’an (personne qui connaît le Coran entier par cœur), il a produit 64 manuscrits du Coran, dont un exemplaire magnifique en écriture rayhânî est préservé dans la Mosquée Lâleli à Istanbul.
  • L’écrivain et poète Sharîf Ar-Radî (m.1016). il est célèbre pour sa compilation de Nahâj al-Balagha (Chemin des Adultes) – un recueil de discours, de lettres et de sermons de ‘Alî Ibn Abî Tâlib. Son Diwân (Livre de Poésie) présente un intérêt historique. Il fut disciple du Shaykh Mufîd.
  • Le poète Abû Al-‘Alâ’ Al-Ma’arî de Syrie (m.1057). Aveugle dès son enfance, il avait une mémoire prodigieuse. Sa Risâlât al-Ghufrân (Épitres du Pardon), dans lesquels il visite le paradis et rencontre ses prédécesseurs – poètes athées qui ont trouvé le pardon –, est probablement une des sources de la Divine Comédie de Dante Alighieri.
  • Le poète persan Asadî (m. entre 1030 et 1072) qui a initié l’art de la munazara – joute littéraire entre deux personnages ou choses personnifiées, par exemple, entre le maître et le valet, entre la plume et le sabre, etc. il fut le maître de Firdûsî.
  • Le grand poète persan Abû Al-Qâsim Hasan Ibn Ishâq connu sous son pseudonyme Firdûsî de Tûs (m.1020). Son chef-d’œuvre Shâhnameh (Livre des Rois) a été traduit dans toutes les langues du monde. Il consiste en 60 000 couplets, réalisés dit-on, en 35 ans. C’est un recueil colossal de légendes qui vont des premiers rois fabuleux de l’Iran jusqu’à la conquête du pays par les Arabes.
  • Le poète persan Farrukhi (m.1037) du Séistan (Sijistân), connu pour son élégie à la mort du Sultan Mahmûd Ghaznavide.

Divers  

  • Rédaction du premier document de la littérature islamique en turc, le Qudatghu-bilik (La Sagesse qui rend Heureux). Il fut écrit vers le milieu de ce siècle en l’honneur du Prince Buqra Khan de la tribu turque Al-Afrasyab (Ilek Khan).

XIème siècle : seconde moitié

  • Désordre en Égypte ; l’ordre est rétabli par Badr Jamâlî (m.1094), qui devient gouverneur d’Égypte pour les Fatimides.
  • 1055. Le Seldjoukide Tughril Beyg (m.1063) prend Baghdâd et met fin à la dynastie Buyide.
  • 1055-1147. Règne de la Dynastie Almoravide (Al-Murâbitûn) au Maghreb et en Espagne.
  • Yûsuf Ibn Tashfin s’empare de Fès et fait de cette ville un centre de science et de culture.
  • Les Seldjoukides conquièrent Damas et Al-Quds (Jérusalem).
  • En Espagne, les forces chrétiennes prennent Tolède aux Musulmans.
  • Confronté à l’avancée chrétienne en Andalousie, Yûsuf Ibn Tashfin déclare le jihâd (guerre sainte), bat les forces d’Alphonse VI, annexe le sud de l’Espagne et l’unit au Maghreb, créant ainsi l’Empire Almoravide.
  • 1090. Les Turcs traversent le Danube et s’installent dans les Balkans.
  • Début des premières Croisades. Les forces chrétiennes sont battues en Asie Mineure.
  • 1097-1099. L’armée chrétienne pille et ravage Nicée (aujourd’hui Iznik, ville de Turquie) et Al-Quds.

Les Acteurs

Théologie et jurisprudence

  • Le théologien, juriste, historien et poète Abû Muhammad ‘Alî Ibn Ahmad, originaire de Cordoue, connu sous le nom d’Ibn Hazm (m.1064). Il a commencé une analyse critique de l’histoire et on le dit précurseur d’Ibn Khaldûn. Ses travaux majeurs sont Marâtib al-‘Ulûm (Les Rangs de la Science), Jâmi’ Sîra (Biographie du Prophète), Fadl al-Andalûs (Les Savants d’Andalousie), Tawq al-Hamâma (Le Collier de la Colombe), Kitâb al-Akhlâq wa Siyar (Le Livre des Mœurs). Outre plusieurs traités sur la jurisprudence, son œuvre la plus importante est Kitâb al-Façl fi al-Milal wa al-Ahwâ’ wa an-Nihal (Histoires comparatives des Religions). Dans son Kitâb al-Ihkâm (Le Livre des Décrets), il expose sa doctrine de s’en tenir au sens apparent (zâhir) de texte coranique, d’où son attachement à l’école du Zahirisme.
  • Le juriste de l’école hanbalite Qâdî Abû Ya’lâ Al-Farra’ (m.1065), auteur de Kitâb al-Mu’tamad (Le Livre Sûr), œuvre estimée.
  • Le traditionniste et jurisconsulte Abû Bakr Al-Bayhaqî (m.1066), disciple d’Al-Hâkim An-Nishapurî. Ses ouvrages principaux sont Kitâb al-Ma’rifa (Le Livre de la Connaissance) sur les traditions, et Masbût qui est un véritable corpus du shafi’isme.
  • Abû Ja’far At-Tûsî (m.1068), un des plus grands théoriciens de l’Imamisme. Son œuvre principale sur les traditions complète la série des quatre grands recueils de hadîths des shiites duodécimains.
  • Le théologien Abû Al-Qâsim Al-Qushayrî (m.1073) qui a montré dans sa Risâla (Épitre) que le soufisme est conforme à la doctrine asharite.
  • Le philosophe et théologien de l’école asharite, Abû Al-Ma’al ‘Abdullâh Ibn Yûsuf Al-Juwaynî, surnommé Imâm Al-Harmayn (m.1085). Sa profession de foi Risâla Nizâmiya (Épitre de Nizâm) Al-Mulk, fondateur de la Madrasa Nizâmiya. Il fut maître de l’Imâm Al-Ghazâlî.
  • L’Imâm Abû Bakr As-Sarakhsî (m.1096), probablement le plus grand jurisconsulte du monde musulman. Al-Mabsût, son traité sur la loi, comprend 30 volumes. On raconte que l’Imâm As-Sarakhsî a été incarcéré dans un puits pendant 14 ans, car il avait donné une fatwâ (édit religieux) contre la surtaxe imposée par les dirigeants de l’époque. Le geôlier ayant permis à ses disciples d’approcher jusqu’au bord du puits, ils ont pu copier une douzaine de livres, dont Al-Mabsût, dictés par l’Imâm du fond du puits !
  • Shaykh Abû Al-Hasan ‘Alî Ibn ‘Uthmân Al-Jullâbî Al-Hujwirî[6] de Ghazna, surnommé Data Ganj Bakhsh (m.1071/76). Il est l’auteur d’un traité renommé de soufisme, Kashf al-Mahjûb li Arbâb al-Qulûb (Le Dévoilement des Mystères pour Ceux qui possèdent un Cœur). Ce livre, célèbre sous son titre abrégé Kashf al-Mahjûb, littéralement « Dévoilement de Ceux qui sont Voilés), est devenu le traité de base dans ce domaine. C’est le premier grand Walî Allâh (Ami de Dieu) à venir s’installer dans le sous-continent indien et à y commencer l’islamisation. Il est le « Saint Patron » de la ville de Lahore[7].

 

Science et technologie

 

  • Le mathématicien Abû Al-Hasan ‘Alî Ibn Ahmad An-Nasawî du Khurâsân (m.1075), qui a continué les travaux d’arithmétique et d’algèbre d’Al-Khwârizmî. Il est l’auteur du livre Al-Muqni’ fi al-Hisâb al-Hindî (Pertinence du Calcul Indien). Il a remarquablement remplacé le système sexagésimal par les fractions décimales.
  • Le mathématicien Muhammad Ibn ‘Abd Al-Bâqî.
  • L’astronome et mathématicien andalou Abû Ishâq Az-Zarqalî, latinisé en Azarchiel ou Arzachel (m.1100). Il est né à Cordoue mais a passé la plus grande partie de sa vie à Tolède. Il a proposé une nouvelle théorie sur les corps célestes, a changé et amélioré le Planisphère de Ptolémée. Ses « Tables de Tolède » furent traduites en latin. Mais il a surtout inventé un nouveau type d’astrolabe connu sous le nom d’As-Safiha (Assafea Azarchielis, l’Astrolabe d’Arzachel), qui ne nécessitait pas de tables auxiliaires pour son utilisation, contrairement aux autres astrolabes en vogue. Ses travaux ont été commentés par Jacob Ziegler en 1504 et, en 1534 à Nuremberg, Johann Schoner a publié une œuvre renommée sur cette invention : « La Théorie d’Arzachel, le Père de l’Astronomie, sur le Safiha. »
  • L’oculiste persan Zarîn Dast.
  • Le philosophe, astrologue et médecin égyptien Abû Al-Hasan ‘Alî Ibn Ridwân, latinisé en Haly Rodoam (m.1067), auteur de plusieurs commentaires médico-philosophiques dont les plus connus sont sur Galien, Hippocrate et Ptolémée.
  • Le médecin Abû Sa’îd Ubayd Allâh de Baghdâd (m.1058), le dernier – et considéré comme le meilleur – membre de la fameuse famille Bakhtiyashu.
  • Le médecin Abû Al-Hasan Al-Mukhtâr Ibn Butlân, latinisé en Elimiter, qui a composé les fameuses tables synoptiques nommées « Tables de la Santé ». Collègue et ami d’Abû Sa’îd ‘Ubayd Allâh à Baghdâd, il est mort à Antioche (Antakya, en Turquie) vers 1066.
  • Le médecin et pharmacologue Abû Al-Mutarrif ‘Abd Ar-Rahmân Ibn Muhammad Ibn Yahyâ Ibn Al-Wâfid de Tolède (m.1074), auteur du Kitâb al-Adwiya al-Mufrada (Livre des Remèdes Simples). Il utilisait des méthodes diététiques et a mené des recherches sur l’action des médicaments. Il a également écrit un traité sur la balnéothérapie (thalassothérapie).
  • Le médecin Yahya Ibn ‘Îsâ Ibn Jazla, latinisé en Bengezla (m.1100). auteur d’un grand traité de médecine.
  • Le médecin iraquien Abû Al-Hasan Sa’îd (m.1101) qui, avec Ibn Jazla, introduit de nouvelles méthodes d’enseignements à l’aide de tableaux synoptiques.
  • Le géographe et historien Abû ‘Ubayd ‘Abd Allâh Al-Bakrî de Cordoue (m.1094). Il a élaboré une « Description Géographique de l’Espagne » et un « Dictionnaire Géographique ».
  • Le grand ingénieur ‘Abdullâh Ibn Yûnus. Lorsque Yûsuf Ibn Tashfin fonda la ville de Marrakech, il nomma ‘Abdullâh ingénieur en chef pour la construction du réseau d’approvisionnement en eau de la ville.
  • L’agronome andalou Abû ‘Umar Ibn Hajjâj de Séville.

Lettres et culture

  • Nizâm Al-Mulk (m.1092), le Grand Vizir (Premier Ministre) des deuxième et troisième Sultans Seldjoukides, Alp Arslan (m.1072) et Mâlik Shâh (m.1092). Il est l’auteur de Siyasat Nameh (L’Art de Gouverner), un des meilleurs traités de science politique et d’administration publique en Islam.
  • L’historien et sociologue Sa’îd Al-Andalûsî (m.1070).
  • Abû Al-Fadl Bayhaqî (m.1077), meilleur historien de l’époque ghaznavide, auteur de Târîkh-i-Ghaznawiyan (Chroniques des Ghaznavides) qui va jusqu’au règne du Sultan Ibrâhîm Ibn Mas’ûd.
  • Les poètes persans Qatran (m.1072) et Naçîrî Khusrû (m.1088).
  • Le Prince Ibn Zaydun de Cordoue (m.1071), maître de la forme poétique muwashshah, développée en Espagne.

[1] Cf. Histoire des Mathématiques, École des Mathématiques et Statistiques, Université St-Andrews, Écosse.

[2] Cf. S. Hunke.

[3] Cf. Pareja.

[4] Quand la ville était juste un simple château construit par Muhammad I vers 860, l’eau était fournie par des conduits souterrains appelés majrâ en arabe, matrices en latin. Ce terme donna le nom de la ville Majrît en arabe et Madrid en Roman.

[5] Cf. Britannica et Hunke.

[6] Jullâb et Hujwir sont deux petites villes proches de Ghazna.

[7] On appelle Walî Allâh (Ami de Dieu) un mystique de l’Islam, un Soufi ; pour faire le parallèle avec la terminologie chrétienne, on pourrait dire un Saint.

Articles liés

Tags

Partager

Exprimez-Vous