Hussein le fou

Jan 30, 2013 par

Hussein le fou

Autrefois, dans un village turc, vivait un homme nommé Hussein le fou.

Hussein le fou se maria à l’âge de vingt ans, et le soir de ses noces, il invita deux cheikhs du village. Ces deux cheikhs engagèrent une longue discussion religieuse, et notre Hussein fut tellement captivé par ce discours qu’il décida de se rendre à Istanbul pour apprendre les sciences religieuses.

Il célébra sa lune de miel avec sa femme puis lui dit :

« Demain  matin, après la prière de l’aube, je partirai à Istanbul pour étudier les sciences religieuses. Durant mon absence, prend bien soin de notre champ. »

 

Une fois à Istanbul, il devint l’élève d’un cheikh qui lui apprit toute la science du fiqh, des versets du Coran et des hadiths…

Il étudia durant trente années sous les ordres de ce savant…et finit par connaître par cœur le Coran et les autres sciences.

Hussein avait vieilli, une barbe blanche vit le jour sur son visage… Un beau jour, il  décida de retourner dans son village. Entre temps, plusieurs questions telles que « qu’est devenue ma femme ? » ou « dans quel état se trouve mon champ actuellement ? » lui perturbaient l’esprit.

Parvenu à l’entrée de son village natal, un vieux paysan l’interpella. Celui-ci lui dit :

 

« Je me suis promis d’inviter à manger chez moi la première personne que je croiserai. Je t’en prie, sois mon invité ce soir pour dîner. »

À cette heure tardive, notre Hussein était fatigué et en plus il ne voulait pas  déranger sa femme en pleine nuit. Alors il accepta l’offre.

Après le repas, notre Hussein devenu « savant » se lança dans un long discours fort éloquent concernant  les sciences religieuses. Le paysan l’écouta avec la plus vive attention. À la fin de la discussion, il lui demanda :

 

« Mais Cheikh, quelle est la première qualité que l’on doit acquérir pour étudier le début de la science ? »

Hussein lui répondit :

 

« Le début de la science, est-ce Alif (première particule/lettre arabe du Saint Coran). »

Le paysan lui répondit que non. Alors Hussein répliqua :

 

« Alors le début, est-ce « Au Nom de Dieu ». »

Le vieil homme hocha la tête négativement. Notre Hussein se mit en colère, son surnom « le fou » prit le dessus. Il s’offusqua en rétorquant :

 

« Est-ce l’amour divin ! »

« Non plus » insista  le paysan.

 

Au tour de Hussein de demander :

 

« Mais qu’est-ce que c’est alors ? »

Sur ce, le paysan lui demanda :

 

« Si tu tiens à le savoir, travaille donc pour moi pendant une année, tu m’aideras à labourer mon champ …Comme tu le vois,  je suis très vieux maintenant. Ton aide me sera précieuse. »

Hussein s’opposa à cette proposition, il voulait la réponse à sa question tout de suite.

 

Le paysan lui indiqua :

 

« Puisque tu n’as pas compris le début de la science en trente années d’études, ce n’est pas en un soir que tu vas l’apprendre. »

Hussein hurla de rage ! Mais il pensait qu’il avait déjà passé trente années de sa vie à étudier les sciences religieuses… une année de plus ne changerait pas grand-chose.

Alors il finit par accepter la proposition.

L’année qui suivit lui parut longue, interminable et insoutenable …Mais il travailla sans relâche pour apprendre une partie de cette science qui lui faisait défaut.

Enfin le dernier jour arriva. Hussein dit au vieux paysan :

 

« J’ai accompli mon année de travail pour toi. Informe-moi maintenant de ce qu’est le début de la science ? »

Le paysan lui répondit :

 

« Pas encore …Attends demain matin après la prière de l’aube,  je t’informerai à ce moment-là et tu pourras ainsi retourner chez toi. »

Hussein s’exclama :

 

« Mais enfin, ça fait un an que je travaille pour toi ! Que tu me le dises demain ou ce soir, qu’est-ce que cela change pour toi ? »

Le paysan lui conseilla de patienter encore un peu.

Le lendemain, comme prévu, Hussein demanda au paysan la réponse à sa question.

 

Le vieil homme lui répondit :

 

« Mon fils, le début de la science, c’est la patience. »

En entendant ces mots Hussein redevint le fou qu’il était ! Il fut pris par un élan de colère qui le poussa à insulter le paysan de tous les noms ! Il hurla :

 

« Une année, rien que pour m’apprendre cela ! Ce n’est pas à moi que tu vas apprendre la patience, vieux fou ! Je connaissais bien avant de te connaitre d’innombrables versets et hadiths à ce sujet. Tu m’as fait perdre mon temps ! Maintenant, écarte-toi, je rentre chez moi ! »

 

Enervé, Hussein prit le chemin de sa demeure…

En arrivant chez lui, il aperçut sa femme à travers la fenêtre du salon. Elle avait vieilli elle aussi. Mais soudainement il vit un homme entrer dans le salon ! Cet homme prit sa femme dans ses bras, lui chuchota quelque chose à l’oreille qui la fit rire. »

La vue de cette scène remplit Hussein d’une rage profonde. Sa femme le trompait avec un autre homme…Tout son honneur était bafoué. Alors il prit son arme à feu (à  cette époque les hommes turcs pouvaient se promener armés d’un pistolet) et se décida à pénétrer chez lui pour tuer sa femme ainsi que cet homme qui était avec elle.

Au moment où il allait fracasser la porte d’entrée, il entendit les dernières paroles du vieux paysan :

 

« Mon fils, le début de la science c’est la patience. »

 

Cette recommandation résonna en lui .Alors Hussein se résigna et se dit à lui-même :

 

« Cette nuit, je me rendrai à la mosquée du village et je questionnerai les gens sur ce qui est advenu à ma femme. »

C’était bientôt l’heure de la dernière prière de la journée. Hussein s’assit dans la cour de la mosquée avec quelques fidèles en attendant l’appel à la prière. Il demanda à deux hommes qui étaient assis à côté de lui :

 

« Dites-moi, il y avait autrefois un homme qu’on appelait Hussein le fou. Il y a longtemps, il est parti pour Istanbul. Avez-vous de ses nouvelles et de sa famille ? »

Un des hommes lui répondit :

 

« En ce qui le concerne, on ne sait rien. On sait seulement qu’il a disparu. Mais sa pauvre femme par contre est tombée enceinte le lendemain de sa lune de miel. Ensuite elle a élevé seule son enfant, sans se remarier. D’ailleurs son fils est l’imam de la mosquée, il ne va pas tarder à venir pour diriger la prière… tiens justement le voilà ! »

Hussein fut bouleversé quand il vit l’imam, car c’était l’homme qu’il avait aperçu avec sa femme chez lui ! Il tomba en pleurs…en se disant que s’il n’était pas resté une année auprès de ce paysan, il aurait certainement tué sa femme et son enfant…
Il comprit à cet instant précis que le vieil agriculteur n’était autre qu’un maître soufi déguisé en paysan.

Irfan Öztürk

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