Différence entre Civilisation Spirituelle et Civilisation Matérielle

Oct 19, 2014 par

Différence entre Civilisation Spirituelle et Civilisation Matérielle

             Tout être humain vient au monde en tant que bébé ignorant de tout, de lui-même, en particulier de sa famille, ainsi que des personnes se trouvant dans son entourage qui l’éduquent et le façonnent dans une atmosphère culturelle. Les enfants grandissent et deviennent des adultes qui transmettent à leurs descendants, toute leur vie durant et de génération en génération, les valeurs qu’ils ont acquises et les caractéristiques de leur peuple. De cette façon, chaque société construit sa personnalité en fonction de ses propres valeurs.

                Le façonnage d’une personnalité est l’activité la plus importante et la plus décisive de la culture qui est elle-même une émanation de la civilisation. L’objectif final de la civilisation en général, et plus particulièrement d’une civilisation ayant une orientation spirituelle, est la formation de l’homme.

La finalité aussi bien que les méthodes adoptées par le concept de la civilisation spirituelle sont naturellement spirituelles. Étant donné que le but du concept de civilisation matérialiste est la domination de ce bas-monde, l’humain utilise comme méthode l’apprentissage et l’application des techniques qui lui permettent de le modeler. Pourtant, la civilisation spirituelle vise non seulement la formation d’un individu imbu d’une personnalité, mais aussi la mise en place d’un moyen de base pour le conduire à cet objectif. Bref, il s’agit de « s’assembler autour des modèles de personnalité et acquérir une nouvelle forme avec leurs couronnes ».

Selon les civilisations à but spirituel, le monde est comme une école ou un centre d’examen crée pour l’éducation et l’évaluation de l’homme.  Il existe « des signes et des exemples » pour guider les êtres humains se trouvant entre les cieux et la terre, des lieux parés d’outils didactiques.

Apparemment, l’objectif principal des matérialistes ne consiste peut-être pas à former une personne bien éduquée, au contraire, il est plus aisé de dire que le concept de civilisation matérialiste, fondé sur l’égoïsme et les désirs de l’homme, a pour objectif principal d’établir la domination de celui-ci sur toutes les autres créatures pour qu’elles lui rendent service selon ses souhaits et transforment l’univers en un lieu confortable et commode pour lui. D’ailleurs, les résultats émanant du travail de l’homme démontrent à suffisance qu’il œuvre dans cette logique.

Tout au long de l’histoire de l’humanité, l’objectif de la science fut « la connaissance de soi », celui de l’éducation, « la formation des êtres matures », et que le développement des théories sur l’équilibre de la nature eut pour objectif d’atteindre « la sagesse », mais tout cela a complètement changé sous le poids de la vision de l’ethnocentrisme européen par rapport au monde.

L’histoire de la philosophie nous enseigne que même ceux qui essayaient d’expliquer les incidents naturels à l’aide des méthodes scientifiques n’avaient pas l’intention d’en développer des méthodes techniques. Au contraire, ils recherchaient plutôt « un modèle de comportement juste ». Parmi les grandes figures qui ont fondé la science moderne, l’un des plus grands penseurs grecs dénommé Démocrite, lors du développement de sa théorie des atomes, a recherché l’unité d’évaluation du comportement moral. Il expliqua dans le développement de sa théorie, prenant appui sur les doctrines morales,  que « si la patience et la persévérance avaient un impact sur le mouvement calme et résolu des atomes, de la même façon la colère et l’impatience entraîneraient la férocité et l’embrouille des atomes ». Dans toutes les anciennes civilisations, les établissements scolaires étaient non seulement rattachés aux temples d’adoration et fondés sur l’éducation de l’esprit, mais ils avaient aussi  adopté un système d’éducation visant l’acquisition de la sagesse.

Pourtant, dans la conception dominante du monde résultant de la civilisation occidentale, l’objectif du savoir et de l’éducation a changé. Dans ce changement, l’expression « le savoir, c’est le pouvoir » du célèbre homme politique et philosophe anglais Roger  Bacon a valu son pesant d’or.  Les nouveaux établissements scolaires ont été conçus selon son objectif résumé dans la citation suivante : « Nous ne pouvons pas nous contenter des richesses de la vitrine de l’espace naturel, nous devons entrer en possession des trésors de ses vestibules ».

Cette conception a été parachevée par de l’idée selon laquelle : « La science consiste à torturer la matière pour s’emparer de ses mystères »[1].

Finalement, l’éducation et l’édification de la personnalité de l’homme n’occupent plus une place de choix dans le système éducatif. Cela est justifié par le fait que les valeurs morales telles que la patience, la sobriété, la modestie étaient perçues comme « les contraintes à endurer à cause de l’indigence des ancêtres ». La recherche du bonheur dans la spiritualité, la reconnaissance de la prééminence de la vertu et de la morale étaient perçues comme des prétextes d’auto-consolation dans la pauvreté. Des valeurs inhérentes à l’époque telle que la chasteté quand les moyens de contrôle des naissances n’étaient pas encore à l’ordre du jour, ou la patience avant le temps des moyens de transports et de communication rapides, n’étaient plus possibles. La force, la rapidité, la fortune et l’abondance étaient devenues les valeurs fondamentales.

Le concept de civilisation fondé sur le développement matériel s’est dirigé rapidement et directement vers son objectif à l’aide de ses propres moyens et a connu un progrès considérable. D’ailleurs, toutes les richesses souterraines et superficielles de l’univers sont au service inconditionnel de l’homme tel qu’il le veut. D’autre part, les êtres humains restaient perplexes quant à l’utilisation de tout le pouvoir, tout le grand potentiel, tous les énormes moyens qu’il avait développés. Même quand ils savaient comment les utiliser, ils ne parvenaient pas à montrer la volonté et la résolution de faire le nécessaire.

Cette situation résulte de ce que le célèbre penseur Henri Bergson relevait en disant : « Les instruments mécaniques, en agrandissant la taille et la fonction des organes, ont rendu gigantesque le corps de l’homme. Néanmoins, le développement spirituel s’est au contraire affaibli. Par conséquent, l’homme est parvenu à une situation ou son quotient spirituel ne peut pas remplir son corps gigantesque. C’est pour cette raison que l’esprit est devenu aussi faible qu’il ne pourra plus gérer une machine. C’est ici que réside la différence entre les deux concepts »[2].

En vérité, sans l’éducation de la personnalité, les potentialités apportées par le développement matériel sont, soit utilisées pour le divertissement, soit inutiles ou d’une utilité amoindrie par leurs méfaits. Bien plus, à force d’utiliser négativement la plupart de ces potentialités, l’essence de l’homme et de la nature a été sérieusement endommagée.

De nos jours, les ressources telles que l’ordinateur et le téléphone portable fréquemment utilisées par les jeunes peuvent leur permettre de se connecter à un océan intarissable de savoir. Mais cette gigantesque ressource, au lieu d’être utilisée pour le savoir, est plutôt utilisée pour les désirs les plus nuisibles tels que les jeux de hasard, l’adultère et le commérage. L’immense moyen de communication et de transport à la disposition des êtres humains suffit pour faire les échanges commerciaux dans les bourses se trouvant à l’autre bout du monde, mais s’avère insuffisant quand il faut atteindre la baraque se trouvant juste après le fer-blanc implanté immédiatement derrière les gratte-ciel du quartier.

Chaque année, des sommes d’argent et des efforts énormes sont utilisés dans le tournage des films pour le divertissement des êtres humains ainsi que dans les organisations d’événements tels que les compétitions, les concerts, afin d’obtenir un succès fascinant, alors que l’éducation des orphelins et des enfants pauvres n’est pas réussie. Similairement, les ressources médicales sont utilisées dans la chirurgie esthétique pour le supposé rajeunissement de certaines personnes pendant qu’une ribambelle d’autres personnes continuent à mourir à cause du manque d’eau potable. Qu’en serait-il du manque de médicaments et d’aliments ? De plus, cela ne concerne pas seulement des personnes se trouvant dans des continents éloignés. Dans les villes les plus grandes et les plus riches du monde, il existe aussi des jeunes qui traînent oisivement dans la drogue, la prostitution, la criminalité à cause de la pauvreté et du manque d’éducation.

Quelle est la cause de « l’oppression » multiforme de la majorité de la population mondiale ? Pourquoi l’homme fait-il montre de cruauté face à ses frères ? Quelle est la cause de son désintérêt face à leurs malheurs ? Pourquoi reste-t-il spectateur face à leurs problèmes ?

Il est évident que rien n’est prémédité, car cette situation ne résulte pas d’une décision délibérée où l’on déclare : « Je serai un homme insensible, inconscient, irréfléchi, prisonnier de mon ego. Je vais adorer les idoles de l’économie pour pouvoir réaliser mes ambitions. » Mais, comme il n’existe pas un modèle supérieur de personnalité à suivre par les êtres humains, Ils ne savent pas que « pour  le faire le bien, ils doivent être non seulement volontaires, mais aussi patients face aux désirs de l’âme,et déterminés face aux obstacles » qu’ils rencontreront.

La plupart des personnes ne sont pas assez fortes mentalement pour rompre avec l’influence de la culture dans laquelle ils ont grandi et pouvoir donner une nouvelle orientation à leur mode de vie. Comme nous le disions au début, la plupart des gens adoptent la culture dans laquelle ils ont grandi, et ce dans sa forme la plus complète, puis la transmettent aux générations futures. Malheureusement, de nos jours, l’humanité dans sa plus écrasante majorité est éduquée selon la vision des puissances dominatrices, lesquelles promeuvent le modèle de la personne accrochée à ses désirs charnels, cela servant d’exemple aux générations futures.

Néanmoins, cette conduite ne peut pas durer éternellement, car c’est encore à l’homme qu’il revient de protéger les acquis de la civilisation matérielle afin d’accéder à un niveau supérieur.

Il n’existe pas de civilisation où les hommes se limitent au transfert de ce qu’ils ont appris, car ils travaillent pour  avancer pas à pas vers les valeurs et les objectifs qu’ils se sont fixés. Il peut en être de même pour la construction d’une personnalité avec des caractéristiques suréminentes. Le système éducatif actuel forme des scientifiques concepteurs d’armes chimiques à destruction massive, des inspecteurs corrompus qui permettent la pénétration du marché par des produits alimentaires et autres médicaments nuisibles à la santé de l’homme, des dirigeants qui pillent les entreprises pour lesquelles ils travaillent afin d’assouvir leur soif de richesse personnelle. Aussi peu soient-ils, tous ceux qui ont atteint la raison doivent se sentir concernés par le comportement de l’humanité et endiguer sa progression en aspirant à une personnalité éminente.

H. Kübra ERGİN



[1]           Will Durant : Extrait du livre des contes philosophiques.

[2]              Extrait du livre d’Henri Bergson intitulé : Les deux sources de la morale et de la religion, cité par Mustafa KÖK : Point de vue du monde mystique et Bergson p. 224.

 

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