De la moralité exemplaire des amis d’Allah

Jan 21, 2011 par

De la moralité exemplaire des amis d’Allah

 

La fraternité islamique est un devoir divin qu’Allah a placé entre les croyants. Quand ce devoir divin est appliqué avec justesse, la conséquence est alors extraordinaire : il devient une source de sérénité, de joie et de bonheur pour la communauté et les individus. La fraternité en islam consiste à saisir l’affection du cœur des croyants, à rester un ami sincère et de cœur, à être réjoui de la joie exprimée par son frère, à se soucier de la peine de ses amis, à être une source de réconfort dans les moments difficiles et, en cas de nécessité, à faire personnellement des sacrifices.

Ainsi, le Messager d’Allah (sallallahualayhi wa sallam) dit ceci :

 « Parmi les sujets d’Allah, il y a des individus qui ne sont ni prophètes ni martyrs, mais le Jour du Jugement, en raison de leur rang éminent devant Allah, les prophètes et les martyrs les regarderont avec admiration. »

Les Compagnons lui dirent :

« Qui sont-ils et quelles bonnes actions ont-ils commis ? Dis-le nous, nous aussi nous voulons leur témoigner de l’amour et du respect, ô Messager d’Allah ! »

Le Messager d’Allah (sallallahualayhi wa sallam) leur répondit :

« Ils constituent une telle appartenance que même en ayant aucun lien de parenté, de commerce et de relation entre eux, ils s’aiment pour l’amour d’Allah. Par Allah ! Leurs visages sont lumineux et chacun demeure sur des coussins de lumière. Lorsque les hommes (le Jour du Jugement Dernier) seront dans la crainte, eux ne seront pas affligés. » Et il leur récita les versets coraniques suivants : « En vérité, les bien-aimés d’Allah seront à l’abri de toute crainte, et ils ne seront point affligés, Ceux qui croient et qui craignent [Allah]. Il y a pour eux une bonne annonce dans la vie d’ici-bas tout comme dans la vie ultime. Il n’y aura pas de changement aux paroles d’Allah. Voilà l’énorme succès ! » (Coran, Yunus, 10/62-64) (Abû Dâwûd, Büyû, 76/3527; Hâkim, IV, 170)

De plus, notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam), concernant le fait d’aimer son frère en religion au nom d’Allah, dévoila que cela est un moyen d’obtenir Son amour :

« Un homme était allé rendre visite à un frère dans un village voisin. En chemin, Allah envoya un ange (sous forme humaine) à cet homme.

L’ange dit : « Où vas-tu ? »

L’homme répondit : « Je vais rendre visite à un frère dans ce village. »

L’ange lui demanda : « Y vas-tu pour lui demander un service ? »

L’homme dit : « Je vais le voir car je l’aime en Allah. »

L’ange lui dit : « Alors, je t’informe que je suis un ange d’Allah, et je t’annonce qu’Allah t’aime comme tu as aimé ton frère. » (Muslim, Birr, 38 ; Ahmed, II, 292)

Dans un autre hadith il est stipulé ceci :

 Le Prophète a dit : « Il y a sept catégories de personnes qu’Allah accueillera sous Son ombre au jour où il n’y aura aucune ombre sauf la Sienne : parmi celles-ci, il y a la catégorie abritant deux personnes qui s’aiment pour Allah, qui se rencontrent pour cette raison et se quittent sur le même sentiment. » (Bukhârî, Adhân, 36)

En définitive, l’objectif fondamental des croyants relatif à la fraternité en islam est de parvenir à l’amour d’Allah. Recevoir les invocations émises par la fraternité islamique, c’est bénéficier de la proximité d’Allah.

Si bien que la notion soufie de « ikhwan » ou « frère de la voie » implique le fait de vivre une fraternité particulièrement profonde et raffinée, nécessitant l’entraide sur la chemin qui mène à Allah, la solidarité concernant les sujets religieux et spirituels, ainsi que le fait de combler les lacunes de son frère et de partager tout sentiment.

L’ami d’Allah, Bishr al-Hafî, envoya Aswad ibn Sâlimâ auprès de Mâruf al-Kerhî. Aswad ibn Salîm dit (à ce dernier) :

« Bishr désire que tu sois son frère. Comme il ne peut pas l’exprimer ouvertement, il m’a envoyé (pour te l’annoncer). Il désire que tu l’acceptes comme frère, mais il craint de ne pas pouvoir accomplir les devoirs qui incombent à un frère. »

Sur ces paroles, Mâruf al-Kerhî dit :

« Je ne voudrais pas me séparer d’un homme qui est mon frère autant la journée que la nuit. » Puis il lut un hadith exprimant la vertu de l’amour au nom d’Allah et révéla le sens de la véritable fraternité en religion et la manière dont elle doit se vivre :

« Le Messager d’Allah (sallallahualayhi wa sallam), en faisant de Hazrat ‘Ali son frère, a permis dans sa science qu’il lui soit associé. Il lui donna sa fille préférée. Maintenant, sois témoin, comme il t’a envoyé, moi, au nom d’Allah, je l’accepte comme frère. Même s’il ne vient pas me rendre visite, moi j’irai lui rendre visite. Dis-lui, afin que nous nous retrouvions dans les réunions où l’on discute. Qu’il ne me cache rien de ses états, qu’il m’informe au sujet de tous ses états… »

Quand Ibn Salîm informa Bishr al-Hafî de la situation, il en fut très heureux et l’accepta avec beaucoup de satisfaction.

La fraternité en islam est supérieure…

La fraternité en islam est un lien si fort et absolu qu’elle ne peut être comparée à la fraternité et à l’amitié provisoires, à l’amitié qui dure toute une vie et même à la fraternité de sang issue des parents et de la famille.

Dans l’Histoire, un tel exemple de « ‘uhuwwa » (c.-à-d. de fraternité religieuse, d’amitié sincère), autrement dit de fraternité tout court, a été notifié par le Messager d’Allah de la manière suivante :

« Si je devais prendre un ami parmi les hommes, j’aurais choisi Abû Bakr. Mais la fraternité en islam est davantage supérieure. » (Bukhârî, Salât, 80)

En effet, la fraternité islamique représente le sommet de l’amitié. Hazrat Abû Bakr (radiyallahanhu), celui qui était « l’ami intime de l’hégire » (Yâr-i-Gâr), le second des deux, le plus grand parmi les véridiques, est l’exemple parfait de cette amitié. Il reçut des éloges du Prophète  (sallallahualayhi wa sallam), comme « que toutes les portes se referment à l’exception de celle d’Abû Bakr », « Abû Bakr est de moi, moi je suis d’Abû Bakr ». Tout ceci montre à quel point le cœur d’Abû Bakr, témoin au secret prophétique, était uni à celui du Prophète (sallallahualayhi wa sallam). Certes le Seigneur des prophètes porte plus d’importance à la fraternité qu’à l’amitié qui le lie à son cher ami… En effet, plusieurs exemples de fraternité religieuse ont été relevés dans la vie d’Abû Bakr.

La fraternité de sang est une situation passagère qui appartient à ce monde d’ici-bas. De même que nous n’avons pas choisi notre père et notre mère en venant au monde, de même nous n’avons pas choisi nos frères et sœurs. En revanche, nous présentons une initiative dans le choix de nos frères en religion, chose que nous n’avons pas dans le choix de nos frères (et sœurs) de sang. Ce qui va être bénéfique pour la personne, c’est la juste décision qu’elle aura à prendre concernant ce sujet.

Hassan al-Basrî a dit :

« Nos amis et nos frères sont plus aimants que les membres de nos familles. Car les membres de nos familles se rappellent de nous dans cette vie tandis que nos amis nous recherchent le Jour du Jugement Dernier. » (Ihyâ, c.II ; sf 437)

Quant à Muhammad ibn Isfehanî :

« Les enfants et la famille de l’homme, comment peuvent-ils être semblables aux frères en religion ? Les enfants et la famille prennent l’héritage et l’absorbent dans la joie et l’abondance. La bonne fraternité, quant à elle, entreprend les funérailles, pense à ta situation dans le tombeau et, lorsque tu es couché sous terre, fait des invocations à ton intention. »

Comme cela peut être aperçu, la condition la plus importante en matière de fraternité religieuse est la reconnaissance. C’est-à-dire, grâce à la fraternité, permettre que l’affection dure toute la vie et, après la mort, poursuivre cette affection à la famille et à son ami en se rappelant de lui par des invocations excellentes.

La fraternité entre les Ansars et les Muhajirouns (les Autochtones et les Immigrés)

Pour que l’on comprenne ce que signifie la fraternité en islam, Allah nous a donné l’exemple de celle qui a existé entre les Ansars et les Muhajirouns. En les présentant ainsi, Il espère que nous nous rendions compte de notre situation.

L’entente de notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam), à l’exemple de celle qui a existé entre les Ansars et les Muhajirouns, s’est matérialisée en un tableau de vertu unique. C’est ainsi que tous les Ansars ont déclaré leurs biens en les affichant en plein jour afin de les partager avec leurs frères émigrés. Face à cela, ces derniers, dont les cœurs étaient comme un trésor de foi pleine et entière, déclarèrent en retour :

« Mon frère ! Que ton trésor et tous tes biens te soient sacrifiés ! Montre-moi le chemin menant au marché, ce sera suffisant ! » Démontrant par là une grande sagesse.

La fraternité islamique a exposé de multiples exemples afin de dépasser (en termes de valeur) le lien de parenté.

En effet, pendant la bataille de Badr, où la croyance a combattu la mécréance, Hazrat Abû Bakr a combattu son fils, Abu Ubayda ibn Djerrah son père, Hazrat Hamza son frère. Les relations fraternelles ont pris le dessus sur les relations mondaines…

Le spectacle de l’immense fraternité islamique vécue pendant la bataille d’Uhud fut décrit par Zoubayr ibn Awwâm (radiyallahanhu) :

«  Ma mère Saffiya sortit les deux tenues qu’elle avait amenées :

« Je les ai amenées pour que l’on en fasse un linceul pour mon frère Hamza. »

Nous les prîmes et les emmenèrent près de Hamza. À côté de lui se trouvait un autre martyr qui gisait sans linceul. Nous eûmes alors honte de déposer les deux tenues sur Hamza et de laisser l’autre martyr sans linceul. Nous dîmes subséquemment :

«  L’une des tenues revient à Hamza et l’autre au martyr Ansari ! » Comme l’une des tenues était plus petite que l’autre, nous fîmes un tirage au sort. » (Ahmed, I, 165)

Cette fraternité exposée dans ce tableau de vertu fut récompensée par Allah le Tout-Puissant et, tel un message éternel, elle fut inscrite dans le Coran :

« Il [appartient également] à ceux qui, avant eux, se sont installés dans le pays et dans la foi, qui aiment ceux qui émigrent vers eux, et ne ressentent dans leurs cœurs aucune envie pour ce que [ces immigrés] ont reçu, et qui [les] préfèrent à eux-mêmes, même s’il y a pénurie chez eux. Quiconque se prémunit contre sa propre avarice, ceux-là sont ceux qui réussissent. » (Coran, Al-Hashr, 59/9)

Dans ce verset précité, la fraternité dirige beaucoup de situations en matière de droit. Selon l’analyse que nous pouvons en faire, le but de la fraternité islamique n’est pas le simple fait de partager ensemble des moments aisés en discutant ou en buvant du thé ou du café, mais son but est l’approche montrée précédemment ainsi que le partage des afflictions vécues pendant les moments difficiles. De plus, c’est préférer l’intérêt (le moi) de son frère et accomplir à son égard des sacrifices.

Ne sois pas mauvais, sois un amour ! …(Ne sois pas un poids, sois un ami !)

Quelqu’un dit un jour à Junayd al-Baghdadî, l’ami d’Allah :

« La véritable fraternité, à notre époque, a considérablement diminué. Où sont-elles ces fraternités exercées au nom d’Allah ? »

Junayd al-Baghdadî lui répondit :

« Si tu cherches une personne pouvant supporter tes afflictions, tu ne peux trouver une telle fraternité. (En revanche), si tu cherches une fraternité envers laquelle tu puisses apporter ton aide au nom d’Allah et accueillir les afflictions de ceux pour lesquels tu seras un support au nom d’Allah, il en existe beaucoup. »

Notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam) a dit : 

« Le croyant a de bonnes relations avec les autres et les autres ont de bonnes relations avec lui. Celui qui n’a pas de bonnes relations avec les autres n’obtiendra pas pour lui-même de bonnes relations. » (Ahmed, II, 400; V, 335; Hâkim, I, 73/59)

Ainsi donc, la condition première de la fraternité islamique consiste à abandonner le fait d’être un fardeau : c’est-à-dire ne pas être un fardeau pour son frère sans raison ; tout au contraire, c’est faire en sorte de lui ôter le sien. L’amitié qui n’a aucun fardeau et celui qui ne donne aucun souci, son affection demeure en conséquence éternelle.

Dans la fraternité islamique, il y a des devoirs qu’il faut remplir sans aucune condition ; leur application est un droit envers notre frère en religion. Le Prophète (sallallahualayhi wa sallam) les nomme comme suit :

« Un Musulman a six devoirs à accomplir à l’égard de son frère : s’il le rencontre, qu’il le salue (que la paix soit sur toi), s’il l’invite, qu’il accepte (l’invitation), s’il recherche un conseil, alors qu’il le conseille, s’il éternue et qu’il loue Allah (en disant alhamdulillah), qu’il dise « Yarhumakallah » – que la miséricorde d’Allah soit sur toi -, s’il tombe malade, qu’il lui rende visite et s’il meurt, qu’il le suive (pour ses funérailles). » (Muslim, Salâm, 5)

« Dispenser le salut, donner à manger aux pauvres et aux nécessiteux, ainsi, comme l’ordonne Allah le Très-Haut, le Majestueux, vous serez (vraiment) des frères. » (Ibn Maja, Et’ime, 1)

Dans le droit inhérent à la fraternité, il faut que notre horizon soit le plus large possible car notre degré de fraternité démontre la sagesse de notre cœur. Comme ceci :Le croyant qui est en position favorable doit aider son frère en religion qui est dans une mauvaise position et qui vient lui demander de l’aide. Ceci est le premier degré (dans l’échelle) de la fraternité, à l’instar du verset coranique suivant : « Et sois bienfaisant comme Allah a été bienfaisant envers toi. » (Coran, Al-Qasas, 28/77) 

Hazrat ‘Ali (radiyallahanhu) a dit :

« Il y a deux richesses dont je ne sais laquelle me fait le plus plaisir. La première consiste au fait qu’un homme vienne à moi en pensant que je vais lui venir en aide (me choisir) et, avec toute sa sincérité, me demander de l’aide. La seconde est le fait qu’Allah le Tout-Puissant veuille réaliser Sa volonté par mon intermédiaire et de Lui rendre la tâche facile. Je préférerais résoudre l’affliction d’un musulman plutôt que d’obtenir tout l’or et l’argent du monde. » (‘Ali al-Muttakî, Kanzu’l Ummâl, VI, 598/17049) 

Le second degré est : « tu les reconnaîtras à leur aspect » (Coran, Al-Baqara, 2/273). Cela consiste à faire disparaître la peine qu’éprouve son frère sans qu’il ait besoin de l’exprimer. Dans ce verset précité, pour la personne qui, par pudeur, refuse d’exprimer sa peine, il est conseillé de la reconnaître à son aspect (son visage), ceci étant un degré de fraternité particulièrement élevé.

À l’exemple de Hazrat ‘Umar (radiyallahanhu) dont la sensibilité de cœur le fit promener tel un fantôme dans la nuit, portant sur son dos un sac de farine jusqu’au lever du jour.

À l’époque de nos ancêtres Ottomans, tous les voyageurs pouvaient rester pendant un délai de trois jours dans les maisons d’hôtes et les caravansérails sans qu’aucune chose ne leur soit demandée et on leur donnait de plus à manger. Quand ils partaient, si leurs chaussures étaient usées, on leur en donnait de nouvelles. Les riches faisaient le tour des prisons afin de libérer ceux qui y étaient prisonniers à cause de leurs dettes contractées. Les croyants riches, en particulier pendant le mois béni de Ramadan, faisaient le tour des échoppes, y faisaient ouvrir une page consacrée aux dettes et, sans connaître l’identité des personnes endettées, versaient la somme adéquate. C’était comme une sorte de charité, le donateur et le bénéficiaire ne se connaissaient pas ; c’était juste au nom d’Allah, en faveur de la fraternité islamique.

C’est ainsi qu’à l’époque de l’Empire Ottoman, les fondations sont devenues un lien d’aide et de compassion, fruit de cette conscience fraternelle. Par ailleurs, on a pu y constater la présence de plus de vingt-six mille fondations ; nos ancêtres, sur ce côté visant à appliquer ce principe religieux, sont de bons exemples en la matière.

Parmi nos ancêtres, Bezmi Âlem Vâlide Sultan (mère du Sultan Abdül Mecit), à l’origine d’une fondation qu’elle créa à Damas, est une figure très importante. Dans le cadre du service de cette fondation, les objets cassés par les serviteurs et les objets détériorés étaient changés pour qu’ils ne soient pas dans un état d’infériorité.

Nos ancêtres, encore une fois, ont atteint en matière de fraternité religieuse des sommets si élevés qu’aucun peuple jusqu’à aujourd’hui n’a pu les surpasser.

Un degré supérieur : parvenir à la bonté pieuse (al-birr), c’est-à-dire vouloir pour son frère en religion des choses voulues pour soi-même et ne pas voir son frère différent de soi-même.

Au cours de la bataille de Badr, trois hommes étaient montés sur un seul chameau en raison de la pénurie (de chameaux). Il s’agissait de notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam), de ‘Ali et d’Abû Lubâba (radiyallahanhumâ) qui, à tour de rôle, enfourchaient l’animal. Même si les deux derniers, avec sincérité et du fond de leur cœur, voulurent céder leur tour au Prophète, ce dernier ne les considéra pas différents de lui et respecta l’ordre établi concernant ce point. (Voir Ibn Sa’d, II, 21)

En effet, notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam) a dit :

« Si quelqu’un ne demande pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même, il ne pourra pas être un véritable croyant. » (Bukharî, Iman, 7)

‘Othmân (radiyallahanhu) est un autre exemple de vertu. Au cours de la pénurie d’eau qui avait une fois affectée Médine, il racheta le puits de Rûma et l’offrit aux musulmans. Selon le récit, il fit la queue pour y puiser de l’eau comme le firent les autres musulmans.

Nos ancêtres les Ottomans, à propos de cette pensée effective à l’égard de leurs frères de foi, ont eu une sagesse et une sensibilité importantes, remplies de grâce et de finesse. Par exemple, quand une personne malade se trouvait dans une habitation, cela était signalé à l’extérieur par une fleur de couleur rouge posée sur le rebord de la fenêtre, avertissant les vendeurs et les enfants du quartier qu’ils devaient passer silencieusement devant cette habitation et éviter des comportements pouvant déranger la personne malade.

La plus haute station relative à la fraternité islamique est celle d’îsar. Le croyant doit préférer son frère à son moi, devant lui céder son droit et le tenir supérieur à lui-même. En cas de nécessité, accepter d’être dans le besoin et penser aux besoins de son frère avant soi-même. Ceci est du niveau des croyants, des sages et de tous ceux qui ont atteint Allah.

Notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam) pensait beaucoup plus à sa communauté qu’à lui-même. Tant que ses fidèles n’étaient pas rassasiés, lui-même et sa famille ne l’étaient pas. Il donnait aux nécessiteux tout ce qu’il avait dans les mains. Durant des jours, chez lui, le four ne brûlait pas car il n’y avait pas de pain.

Parmi les croyants, il y avait Abû Hurayra (radiyallahanhu)  qui souffrit un jour de la faim. Comme il n’avait rien trouvé à manger, il mit une pierre sur son ventre. Sur ces entrefaites, il rencontra Abû Bakr et, pensant qu’il allait lui donner un peu de nourriture, lui demanda de réciter un verset. Abû Bakr, après lui avoir donné ce qu’il avait demandé, s’en alla. Puis ‘Umar vint et il agit de la même façon car, en ce temps-là, les deux hommes ne possédaient absolument aucun moyen. Ensuite, notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam) vit Abû Hurayra. Ayant lu dans son cœur ce qui se passait tout en regardant son visage, il l’invita chez lui et lui offrit un bol de lait. Même si Abû Hurayra fut très heureux de voir le lait, notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam) lui demanda d’inviter des gens de la Suffa. Ces derniers étaient des hôtes musulmans qui n’avaient ni bien ni famille, ni même une personne qui leur soit proche. Toutes les fois où notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam)  recevait un don en forme de charité, il le leur envoyait et ne gardait rien pour lui. Par contre, s’il recevait un cadeau, il en gardait une partie et offrait le reste.

Le fait que le Messager d’Allah (sallallahualayhi wa sallam) convia les gens de la Suffa déplut à Abû Hurayra car il pensait que le lait n’allait pas suffire pour tout le monde. Mais, pensant qu’il ne pouvait pas contester l’ordre du Messager d’Allah (sallallahualayhi wa sallam), il alla quand même les quérir. À son retour, le Prophète (sallallahualayhi wa sallam) lui ordonna d’offrir le lait aux gens de la Suffa. Ces derniers, ayant pris le bol, burent la totalité du lait et le lui rendirent. Après que tous les gens de la Suffa eurent bu le lait, le Prophète (sallallahualayhi wa sallam) tendit le bol à Abû Hurayra (radiyallahanhu) et lui dit :

« Assieds-toi et bois ! » Il s’assit donc et but le lait jusqu’à satiété. Quand il voulut redonner le bol au Prophète, celui-ci lui dit une nouvelle fois :

« Assieds-toi et bois ! » À la fin, Abû Hurayra dit :

« Non ! Je jure devant Allah qui t’a envoyé comme Prophète que je suis à présent rassasié. » Puis le Prophète (sallallahualayhi wa sallam) prit le bol de lait, remercia Allah et après avoir dit « Bismillah » but ce qu’il restait. (Voir Bukharî, Riqâq, 17)

De même, l’évènement suivant, survenu au cours de la bataille de Khandaq (ou bataille du Fossé), est particulièrement significatif :

« Les croyants qui étaient en train de creuser des tranchées vinrent auprès du Messager d’Allah (sallallahualayhi wa sallam) et l’informèrent qu’il y avait une roche très dure qu’ils ne parvenaient pas à briser. Notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam), qui n’avait pas mangé depuis trois jours, avait attaché une pierre sur son ventre (pour calmer les ardeurs de la faim). Il descendit donc dans la tranchée et donna un coup de pioche à la roche qui devint semblable à de la farine. Pendant ce temps, Jâbir (radiyallahanhu) demanda  au Prophète (sallallahualayhi wa sallam) l’autorisation de rentrer chez lui. Parvenu chez lui, il relata à sa femme que le Messager d’Allah souffrait atrocement de la faim puis lui posa la question suivante :

« Qu’y a-t-il à manger ? »

Sa femme lui répondit qu’il y avait un peu d’avoine ainsi qu’un chevreau. Jâbir égorgea le chevreau et fit mettre la viande sur le feu et le pain au four. Puis il retourna auprès du Prophète  (sallallahualayhi wa sallam) et lui dit :

« Ô Messager d’Allah ! Je dispose d’un peu de nourriture, je t’invite donc chez moi ainsi que de deux ou trois personnes (supplémentaires). » Le Messager d’Allah lui demanda quelle était la quantité de nourriture qu’il possédait. Suite à la réponse que Jâbir formula, il s’exclama :

« Oh ! Comme c’est considérable (et) comme c’est beau ! Dis à ta femme de ne pas saisir le poêle du feu jusqu’à ce que j’arrive ! »  Puis il dit à ses Compagnons :

« Levez-vous ! »  Les Muhajirouns et les Ansars se levèrent comme un seul homme. Jâbir, affolé, courut vers son épouse et lui dit :

« Oh ! Qu’est-ce qui nous tombe sur la tête ! Le Messager d’Allah arrive en compagnie des Muhajirouns, des Ansars et de tous ceux qui étaient près de lui. »

Sa femme lui dit alors : « T’a t-il demandé la quantité de nourriture que nous détenons ? »

« Oui, il me l’a demandé » lui répondit Jâbir.

Sa femme, qui était pieuse, lui dit alors :

« Dans ce cas, il n’y a pas lieu de s’affoler. » Et elle réconforta son mari.

Peu de temps après, tous les croyants étaient présents (chez Jâbir). Notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam) dit à ses Compagnons :

« Entrez, ne vous serrez pas ! » Le Messager d’Allah (sallallahualayhi wa sallam) découpa le pain, plaça la viande au-dessus en fermant à chaque fois le poêle et le four et offrit aux Compagnons ce qu’il avait pris. Il fit la même chose avec la viande et le pain jusqu’à ce que tous fussent rassasiés. À la fin, il resta même une quantité de viande non négligeable.

Le Messager d’Allah (sallallahualayhi wa sallam) dit à la femme de Jâbir :

« Mange donc ceci et offres-en à tes voisins, car la famine a mis tout le monde à mal.  (Voir Bukharî, Magazî, 29 ; Wakidî, II, 452)

Préférer à son propre égo la volonté de son frère en religion, affirmer « mon frère  d’abord », les paroles suivantes attribuées à Ibn ‘Umar (radiyallahanhu) sont particulièrement significatives et reflètent la sagesse du cœur :

« Nous avons été témoins qu’au cours de telles périodes, nul n’accordait plus d’importance à son frère en islam qu’à l’argent ou à l’or. Maintenant nous sommes dans une période dans laquelle nous aimons plus l’or et l’argent que notre frère. » (Haysamî, X, 285)

Au cours des diverses périodes pendant lesquelles l’équilibre entre la matière et la morale se modifièrent, touchant particulièrement l’affection de la foi, il y eut des pertes certaines puis des cassures se produisirent dans les esprits ; ce tableau prenant en conséquence une apparence encore plus mauvaise. À cause de petites appréciations et intérêts de ce monde, des disputes émergèrent parmi les croyants, des cassures se firent et la froideur s’installa ; l’ignorance, l’égoïsme et l’insensibilité engendrèrent des difficultés à l’intérieur même de la communauté de foi. En revanche, notre guide de la prospérité, en l’occurrence notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam), ordonne au croyant de préférer la volonté d’autrui dans le but de fonder une affection plus sincère.

Mais l’affection concernée n’est pas seulement une affaire sans intérêt : elle consiste à se soucier des afflictions de son frère et à pardonner ses fautes. Il faut parler de sacrifice et de don de soi sinon il ne peut y avoir d’affection réelle.

De cette façon, la fraternité islamique ne reste pas à l’état d’allégation sans réelle application, elle ne peut être vécue qu’avec son langage et son application propres. Les croyants qui ont porté la sagesse de cette réelle affection sont ceux qui ont reçu la bonne nouvelle d’être frères avec notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam).

Un jour, notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam) a dit :

« J’aurais beaucoup voulu voir nos frères. Ils me manquent beaucoup. »

Les croyants envers qui le Prophète s’était adressé lui répondirent :

«  Ne sommes-nous pas tes frères, ô Messager d’Allah ? »

Notre Prophète (sallallahualayhi wa sallam)  leur répondit :

« Vous êtes mes Compagnons, mes frères sont ceux qui ne sont pas encore arrivés. » (Muslim, Tahâra, 39 ; Fadâil ,26)  

Pour que nous soyons dignes de l’amour du Messager d’Allah et figurer parmi « ses frères », il est obligatoire que nous nous souciions des afflictions vécues par les musulmans en étant à leur service. Car servir celui qui déjà le sert équivaut à servir Allah le Tout-Puissant, et servir sa communauté équivaut à servir le Prophète (sallallahualayhi wa sallam).

Que notre Seigneur, en faisant de nous des frères dignes, nous permette d’accomplir cette responsabilité selon Sa volonté ! Qu’Il remplisse nos cœurs d’inspiration et d’esprit fraternels !

Amin !

Osman Nûri Topbaş Efendi

 


[1]  Yâr-i-Gâr : Ami de la Grotte. C’est une expression utilisée pour exprimer le fait qu’Abû Bakr ait accompagné le Prophète dans la grotte de Thawr pendant l’hégire (ou immigration). Avec le temps, cette expression est utilisée pour exprimer les amitiés vécues pendant les moments difficiles et troubles.

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1 Commentaire

  1. hakku

    Salamullahi aleykum
    Nous entendons et nous aimons entendre parler de la fraternité, et les tableaux vivants que Compagnons (r.a) du Prophète (s.a.s)ont peints en ce domaine relèvent du mythe ou de l’imaginaire, s’ils n’étaient des témoignages que la critique a passé au crible fin sans pouvoir les réfuter.
    La Umma garde encore(wa alhamdulillah) des reflets de ces tableaux-joyaux dans les différents sociétés qui sont les siennes .Bien qu’éparpillés et en petit nombre,ils sont la levure de la fraternisation nécessaire et indispensable qui verra et fera pousser la Umma vers laquelle tout musulman doit œuvrer.

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