De l’écoute attentive de la révélation

Jan 23, 2011 par

De l’écoute attentive de la révélation

Mûsâ (Moïse -sur lui la paix) a été l’un des prophètes que l’on a nommé « ulu al’azm » (litt. les prophètes doués de ferme résolution). Ce grand livre qu’est la Torah lui ayant été révélé, le titre de « kâlim » lui a donc été octroyé. Kâlim, c’est l’interlocuteur de la Parole divine, celui qui parle avec Allah. Selon cette parole du Coran, Mûsâ fut le seul prophète parmi tous les autres à détenir cette spécificité et à être doté de cette qualité. Cependant, le Coran qualifie également ‘Isâ (Jésus-sur lui la paix) de Rûhullah, et Ibrahîm (sur lui la paix) de Halîlullah (l’ami d’Allah).

Selon le Coran, Mûsâ vit apparaître la Lumière divine sous forme de feu. Puis, lorsqu’elle s’approcha de lui, s’exclama :

« Ô Mûsâ ! Moi Je suis ton Seigneur. Ôte tes sandales, car tu es dans la vallée sacrée de Tuwa. Moi Je t’ai choisi. Écoute donc ce qui va être révélé : certes c’est Moi Allah : point de divinité à part Moi. Adore-Moi donc et accomplis la Salât pour le souvenir de moi. L’Heure va certes arriver. Je la cache à peine pour que chaque âme soit rétribuée selon ses efforts. Que celui qui n’y croit pas et qui suit sa propre passion ne t’en détourne pas, sinon tu périras.[1] »

Cette annonce faite par le Coran peut être évaluée en deux parties :

1.  La partie préparant à la révélation.

2.  La partie liée aux recommandations divines.

Dans la première partie, l’attention est portée sur la manière dont un prophète qualifié de « ulu al’azm » (doué de ferme résolution) est préparé à accueillir et à considérer la révélation divine.

Nous savons que Mûsâ (sur lui la paix), après s’être marié avec Safurya, la fille de Chuayb (sur lui la paix), partit avec son épouse de Madyan et empruntèrent le chemin de l’Egypte dans le but de rendre visite à sa mère et à son frère Harûn. Après un voyage particulièrement pénible, Mûsâ aperçut une lumière étincelante et lorsqu’il s’en approcha, un message divin lui fut adressé personnellement. Dans la première partie de ce message, accompagné des mêmes paroles, il fut question de la préparation progressive à recevoir la révélation.

a.  Ô Mûsâ ! Je suis Ton Seigneur.

b. Ôte tes sandales.

c.  Tu es dans la vallée sacrée de Tuwa.

d. Moi Je t’ai choisi.

e.  Écoute donc ce qui va être révélé.

L’objectif de ce message divin, au demeurant très touchant et concernant Mûsâ au premier chef, n’a pas été d’apporter quelque influence impressionnante, ou bien d’avoir été uniquement entendu par l’oreille faite de chair, mais il s’agissait pour lui d’écouter ce message avec une oreille vive tout en assurant sa perception au fond du cœur. D’autant plus que le chemin efficace de la bonne perception et de la bonne compréhension passe par une bonne phase d’écoute et de concentration attentives.

Nous remarquerons qu’un message divin analogue avait aussi fait l’objet d’interrogations chez le Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui) : Allah le Très-Haut lui ayant fait savoir qu’Il allait le charger d’une lourde tâche et que suite à cette divulgation, il aurait pour engagement de continuer ses pratiques d’adoration nocturne.[2] En effet, c’est au cours de la nuit que l’attention de l’homme est orientée de l’extérieur vers l’intérieur. Le cerveau et le cœur se réconfortent, les agents récepteurs travaillent beaucoup mieux ; en règle générale, les diverses révélations faites aux prophètes et l’inspiration des poètes et des penseurs ont toujours lieu la nuit. Ceci étant notifié dans le Coran.[3]

En outre, Allah ordonna à notre cher Prophète (pbsl) de ne pas remuer sa langue, de rester constamment concentré afin de recevoir et de mémoriser rapidement ce qui allait lui être révélé.[4]

Le Seigneur a exigé cela de tous les prophètes et attend naturellement la même conduite de la part de tous Ses autres serviteurs. Ainsi est-il stipulé dans le verset coranique suivant :

« Et quand on récite le Coran, prêtez-lui l’oreille attentivement et observez le silence, afin que vous obteniez la miséricorde (d’Allah). »[5] 

La densité qui se trouve au fond du cœur de l’homme est amoindrie par les recommandations qui lui parviennent des organes extérieurs ; à cet effet donc, l’attention est indisposée. C’est pourquoi Allah le Très-Haut, lors de la phase préparatoire de la révélation, prévenait les prophètes de toute interlocution séduisante et leur transmettait la révélation après ces recommandations :

– Pourquoi ôter ses sandales ?

– Pour éviter de se présenter devant Allah avec des sandales ayant déjà été exposées à toutes sortes d’impuretés.

– Ou bien en raison du doute sur la propreté des matières à partir desquelles elles ont été faites.

– L’interprétation la plus percutante est que la destinée de ses deux sandales se trouve dans deux univers ; ces deux univers étant le monde d’ici-bas et l’au-delà. Car il est tout autant impossible de percevoir la révélation que de rencontrer Allah l’Unique sans outrepasser les deux mondes en les sortant de son cœur.

Dans la deuxième partie, Allah le Très-Haut a énuméré les recommandations qui constituent les qualités communes de toutes les religions divines :

a.  La croyance en l’Unicité divine.

b. La prière en vue d’évoquer Allah ainsi que la relation adoration/soumission.

c.  Le souvenir de la résurrection et de l’au-delà lors de la répartie de toute chose.

a.   Le principe de l’Unicité constitue le fondement des religions divines. D’Adam (sur lui la paix) jusqu’à Muhammad (pbsl), toutes les religions et leurs prophètes ont invité les hommes à cette vérité. À cause des sentiments injectés à l’être humain lors de sa création, l’homme a besoin de se rendre utile et de se réfugier auprès d’une puissance supérieure. C’est pour cette raison que les individus insoumis à Allah se sont orientés soit vers les désirs de leur ego ou soit vers les dieux imaginaires qu’ils se sont inventés.

b.  Après la croyance en l’Unicité divine vient la soumission à Allah. La soumission (ou la résignation) est le plus haut niveau de relation existant entre un ‘abd (serviteur) et  son Rabb (Seigneur). Lorsqu’Allah demanda aux âmes « Ne suis-je pas votre Seigneur ? », ceux-ci répondirent : « Oui, nous en témoignons. » et ainsi jurèrent de le servir au sein de la relation Créateur-serviteur (Rabb-‘abd). C’est donc à ce moment-là que commença cette promesse.[6] Cet engagement augmenta la responsabilité de l’homme (vis-à-vis d’Allah). En effet, les accords et contrats sont établis pour être pris au sérieux et appliqués ; de ce fait, il est fondamental de ne pas les négliger. Afin que ce pacte conclu avec Ses serviteurs ne soit pas oublié, Allah le Très-Haut nous a initiés au rappel (dhikr). Ce terme signifie à la fois se rappeler, ne pas oublier, garder à l’esprit. Pour que le serviteur reste soumis, après avoir attesté de l’Unicité divine et pour qu’il n’oublie pas l’accord (ou pacte) entretenu avec Allah, Allah Lui-même lui a ordonné la prière. Lors de l’accomplissement de la prière, il y a à la fois la notion de rappel (dhikr), la notion de rencontre avec Allah et la possibilité de s’entretenir avec Lui. Grâce à la prière, le serviteur est pleinement en confidence avec son Seigneur ; tout en Lui exposant ses sentiments relatifs à sa pleine soumission, il Lui avoue son attachement temporaire au monde d’ici-bas.

c.   Ensuite, quant au verset coranique susmentionné, tout en faisant un rappel sur le Jour de la Résurrection, l’accent est mis sur la nécessité de ne pas se laisser abuser par les désirs éphémères de ce monde. Comme l’homme est en voyage de l’infini vers l’éternité, il s’égare à concevoir les biens de ce monde comme sans fin. C’est pourquoi il attache une trop grande importance aux choses éphémères de ce monde et néglige la vie éternelle. Or, la Résurrection et le Jugement dernier sont les plus importantes caractéristiques du principe de l’Unicité et des religions divines. Force est de constater que (de nos jours) les gens vivent de sérieux problèmes quant à la croyance à la Résurrection et au Jugement dernier.

De nos jours, les conclusions des différentes recherches et enquêtes sont identiques. Tandis que 90 % (des interrogés) disent croire en Allah, seulement 60 à 70 % disent croire en l’au-delà. Je pense qu’il y a dans cette réalité une grande influence du positivisme véhiculé à travers les médias, alors que la foi en Allah et la croyance en l’au-delà doivent être de même proportion. En effet, la croyance en l’au-delà est naturellement une conséquence de la foi en Allah.

L’aventure de l’homme créé pour être soumis à l’épreuve et le fait qu’il doit se plier à tout souci de jugement sont deux dimensions contraires à sa raison. Les individus qui ne portent pas en eux le souci qu’évoque le Jugement dernier ainsi que les soi-disant puissants (barbares) impitoyables qui s’inspirent de ce sentiment ont constitué des facteurs de trouble tout au long de l’histoire humaine. Dans les sociétés où vivent des hommes qui ont substantiellement au fond d’eux le souci de l’épreuve et de la crainte du Jugement en finalité, des œuvres précieuses qui ont contribué à accroître l’honneur de l’humanité ont pourtant été réalisées. C’est la raison qui devrait orienter l’homme, qui, à son tour, devrait être guidé par la révélation. La raison qui prête attention à la voie de la révélation parviendra à la foi, à la soumission et vivra avec la crainte du Jugement dernier.

On ne peut attendre aucune chose bénéfique pour l’humanité venant de personnes qui se nourrissent de cette pensée : « Tant pis pour celui qui tombe » et qui oppressent les faibles. Tout au long de l’histoire, quand l’humanité a été instruite dans un climat de révélation, lorsque l’homme commença à cultiver au fond de lui le souci de la foi et de la crainte du Jugement dernier, des valeurs ont été produites et ont donné lieu à ce que l’on appelle « la civilisation ».

L’humanité en général confond la prospérité avec le bonheur. D’aucuns pensent qu’à chaque fois que le niveau de prospérité s’élève, le bonheur augmente également. Mais tel n’est pas le cas. Même si la vie prospère facilite (financièrement) la vie, cela n’apporte pas la saveur du bonheur aux hommes. C’est pour cette raison qu’il y a toujours eu dans le passé et même de nos jours des personnes qui vivent dans le bonheur sans être riches financièrement.

En conséquence, le bonheur ne se situe pas dans la richesse (financière), mais dans les valeurs humaines et divines. Nous devons rechercher la lumière de la révélation et la suivre avec le cœur.

Prof. Dr. Hasan Kâmil Yılmaz


[1] Coran, sourate Tâhâ, 20/11-16.

[2]  Coran, sourate Al-Muzzamil, 73/1-5.

[3]  Coran, sourate Al-Muzzamil, 73/6.

[4]  Coran, sourate Al-Qiyamah, 75/16-17.

[5]  Coran, sourate Al-A’râf, 7/204.

[6] Coran, sourate Al-A’râf, 7/172.

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